Quelle justice pour sortir de la violence en République Démocratique du Congo ?

Dr Lazare Lufakalyo, PhD 

Expert en Analyse et Transformation des conflits en Afrique des Grands Lacs

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Le pouvoir actuel fait de la lutte contre la corruption une priorité de ses actions « pour un véritable État de droit », et c’est à la demande pressante des bailleurs de fonds de la RDC, les États-Unis et le FMI en tête. C’est dans ce but et en dépit de la pandémie de Covid-19 documentée dans le pays à partir du 10 mars 2020, date à laquelle un premier cas a été confirmé sur le territoire, qu’une enquête judiciaire sur le détournement présumé des fonds alloués au programme présidentiel des 100 jours a été lancée. Nous nous trouvons alors en droit de nous interroger si la justice va réellement contribuer à éliminer l’impunité et les structures sous-jacentes à l’origine des situations de violences persistantes incluant la pauvreté de la population accentuée par les pillages des ressources du pays et la corruption.

Pour cela, nous analyserons/apprécierons tout d’abord les réactions populaires à la convocation devant le parquet général de Kinshasa puis la détention provisoire de plusieurs personnalités impliquées dans la réalisation du programme, ensuite les observations et commentaires sur les mécanismes et structures publiques et enfin l’opportunité de réussite des actions judiciaires engagées.

Pour commencer, nous considérons qu’une grande partie de l’opinion publique se montre sceptique quant à l’aboutissement de ladite saga judiciaire pour la simple raison qu’elle doute de l’indépendance et impartialité de la justice en RD Congo. Elle ne voit pas au pays une justice à effet dissuasif sur la politique d’influence en cours, une justice susceptible d’aider à déraciner la culture de corruption, de retro commission, de détournement et de clientélisme dans la passation des différents marchés publics, la redistribution des ressources et les emplois. Des pratiques entretenues par l’impunité ayant abouties non seulement à l’opacité des institutions publiques mais aussi au manque des notions de redevabilité des mandataires et d’autonomie des provinces (malgré la décentralisation). Non seulement, elle s’insurge contre la mauvaise gestion de la ‘respublika’ par les hommes d’Etat; mais également celle des leaders des associations de la société civile se comportant comme des ‘’notables et courtiers locaux en développement’’ ne rendant compte qu’aux seuls organismes de financement.

Partant, il s’observe des mécanismes et  institutions publiques qui ne répondent pas aux besoins de base des individus créant ainsi la violence structurelle. Celle-ci est traduite par le fait de priver une partie des citoyens de leur droit (la diaspora exclue de droits de vote et d’acquisition d’une double nationalité) ; des formes de discrimination institutionnalisée (entretien du déni de la parité entre les hommes et les femmes) ; des pratiques de  contestation de la nationalité de certaines communautés ethniques alors que la législation nationale la leur reconnait.

Le malheur est que lesdites institutions sont animées par les élus du peuple ; élites politiques et mandataires de l’Etat, qui affichent des comportements conflictuels notamment la manipulation des populations à des fins politiques et le détournement des deniers publiques maintenant ainsi les gens dans le développement de survie. Pour une population vivant avec moins d’un dollars américains le jour, il est évident que l’idée en tête soit de rechercher la seule satisfaction des conditions minimales d'existence au détriment de l’épanouissement humain intégral.

Globalement les effets de ces attitudes menacent la paix. Une paix que nous souhaitons positive tel que définie par Johan Galtung, sociologue norvégien et l’un des pionniers des études modernes sur la paix  né en 1930. Pour Galtung, la paix positive, c’est la paix avec pain quotidien ; la sécurité physique, économique, écologique, sociétale et militaire des populations. Cette paix-là, est sans violence culturelle ni violence   structurelle. Elle est l'accomplissement des individus, allant bien au-delà de la satisfaction des besoins fondamentaux pour l’épanouissement et le développement personnel.

Ainsi donc, comme les populations sont confrontées aux effets “visibles’ ’de la violence directe (des morts, des déplacements internes et des dégâts matériels dues aux conflits armés) ainsi qu’aux effets “invisibles” plus dommageables sur la durée telles que la discrimination des femmes et des groupes minoritaires ainsi que la perpétuation de la culture de la violence (les groupes armés), il faut encourager le processus d’une justice indépendante et impartiale. Une justice disant bien la loi peut sans doute aider à remédier à l’injustice sociale, désamorcer les attitudes conflictuelles et violentes des élites politiques et gestionnaires des institutions publiques et les transformer en mandataires redevables. Cette justice - là aura le pouvoir de modifier les perceptions et les relations entre les communautés, et celles entre les institutions (présidence, parlement, cours et tribunaux) qui sont au cœur de la violence.

Dr Lazare Lufakalyo, PhD,

Expert en Analyse et Transformation des conflits en Afrique des Grands Lacs

 

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