TROIS LECONS QUE NOUS POUVONS APPRENDRE DU CORONAVIRUS

En ce moment où l’humanité entière – dans ce qui lui reste d’humain ou mieux dans son instinct de survie – fait face à l’une des épidémies les plus dangereuses de ce début du 21ème siècle, est-t-il approprié de parler en « bien » du coronavirus ? Ce virus mortel terrorisant et mortifère ? C’est à cet exercice, non moins périlleux, que je décide de me lancer.

Je viens de suivre sur RFI (Radio France Internationale) que la Chine va soutenir les hôpitaux italiens en envoyant une équipe de médecins chinois ayant fait face à la crise à Wuhan. C'est la bonne nouvelle de ma journée entre des coups de fils depuis Genève (Suisse) avec ma famille en RD Congo, des amis résidants à Kampala (Ouganda), une amie italienne en vacances à Zanzibar en Tanzanie, ponctués de discussions sur Facebook, WhatsApp etc avec des ami.e.s et connaissances d'Afrique et d'ailleurs sur...le coronavirus. Il faut avouer, au regard de la psychose et des egos de certain.e.s - des miens peut-être aussi -, que certaines discussions ont parfois pris des virages imprévisibles. Mais, passons à l’essentiel.

Il est minuit. Avant de me coucher, j'allume ma radio (oui, je la préfère souvent à la télé !) et j’apprends que la Chine va envoyer des médecins pour aider l'Italie à faire face au coronavirus. Une idée me vient en tête : et si les Etats faisaient de cette épidémie une occasion de renforcer le multilatéralisme et de travailler ensemble pour conjurer les défis majeurs auxquels ils font face – même si la plupart de ces défis sont, disons-le, le fruit des décisions de certains d’entre eux ? Je veux dire de ceux qui ont les moyens d’imposer leur hégémonie à d’autres ou qui chercher à faire ainsi?  Hier, je discutais encore avec deux amis au téléphone sur les leçons que nous pouvons tirer de cette épidémie de coronavirus. Ils se reconnaitront.

Voici, selon moi, trois leçons que l'humanité peut - si elle le veut bien - tirer de la propagation du coronavirus sur presque tous les continents:

1. Malgré la puissance des Etats, l'être humain, peu importe sa couleur (s'elle en a déjà une, j'ignore la mienne, passons), ses origines, son niveau d'instruction (dans un monde où les diplômes sont, plus que jamais, idolâtrés), sa religion, son rang social etc., reste fragile. Face à certaines situations, les nations puissantes et faibles se trouvent toutes désarmées -à des proportions différentes bien-sûr- et partagent ce qu'on peut qualifier de "destin tragique commun".

2. Cette Chine tant honnie que chérie ! On a observé ces dernières années, en réaction à la montée en puissance de la Chine, une forme de campagne mondiale anti-Chine menée avec une mauvaise foi à la fois dégoutante et répugnante surtout dans ses rapports ave l’Afrique. Précisons au passage que toutes les critiques ne sont pas infondées. Passons. Si des médecins chinois peuvent venir aujourd'hui en terre européenne appuyer leurs confrères et consœurs italien.ne.s à faire face à ce « destin tragique commun », on peut finalement se dire que la croissance économique de la Chine n'était pas si mauvaise chose que cela. Il y a quelques années j'aurai dit qu'elle était même une bénédiction pour l'occident. Un proverbe du Bushi (RD Congo) dit que le salut peut venir même de nos pires ennemis. Oui, la Chine était - ou reste- en guerre commerciale et stratégique notamment avec les États-Unis.

3. Hier, dans un épisode de la série-télé américaine "Madam the Secretary", - je ne vais pas une série sur la radio quand même ! -, j'ai vu comment des astronautes russes et chinois ont sauvé six astronautes américains qui étaient bloqués dans une station spatiale américaine. Ces images me sont revenues en apprenant l’envoie des médecins chinois en Italie. Quel défi peut résister à l'humanité lorsque toutes les nations travaillent ensemble malgré leurs différences, sources de richesse au demeurant ? Un de mes maîtres, le Professeur Moise Cifende Kaciko – Professeur de droit international en RD Congo - enseigne qu'il y a des défis qui ne peuvent être conjurés que collectivement par les Etats. La lutte contre le coronavirus n'est-t-elle pas une des illustrations de cette synergie des Etats pour face aux défis de la société dans un monde de plus en plus connecté et globalisé ? Encore faut-il qu'ils en aient la volonté! 

En ce moment où le mot « coronavirus » erre sur les lèvres et caresse les doigts des millions de personnes à travers le monde, l’heure n’est plus aux rires ou aux pleurs, mais à la compréhension. On dit souvent que l’histoire enseigne, mais où sont les élèves ?

 

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