Alpha Condé, candidat de la vendetta

Alors que sa candidature à la prochaine élection présidentielle est vivement contestée par l’opposition, le Président Alpha Condé semble vouloir polariser la campagne autour d’un duel, voire d’une guerre, contre son principal rival, Cellou Dalein Diallo, et, à travers lui, contre ses électeurs.

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 La stratégie d’affrontement choisie par Alpha Condé n’est pas anodine et ne se réduit pas à une simple joute électorale dans un cadre démocratique. Dans sa guerre contre le candidat libéral de l’UFDG, le Président guinéen semble prêt à faire feu de tout bois afin d’assurer sa réélection, au risque de déstabiliser et de décrédibiliser le pays. Dernière tactique en date : le blocage inopiné, fin septembre, des frontières du pays avec la Guinée-Bissau et le Sénégal. Une mesure habituelle avant un scrutin mais qui est en réalité destinée à obstruer la campagne de Cellou Dalein Diallo. En effet, la mesure ne concerne pas l’ensemble des pays riverains de la Guinée, mais uniquement les deux par lesquels pourrait transiter le convoi de fournitures de campagne, commandées à Dakar (tee-shirts, casquettes et drapelets… ) du candidat de l’UFDG [actuellement bloquées]. Une mesure qui entrave par ailleurs la circulation transfrontalière, ce qui affecte de nombreux Guinéens établis à l'étranger et présumés électeurs de l’UFDG qui se voient potentiellement privés de vote. Ce procédé résume à lui seul la stratégie d’obstruction qu’impose Alpha Condé à son opposant.

Attiser les tensions intercommunautaires

Le Président Condé a décidé de faire jouer la fibre identitaire Malinké afin d’assurer la relative cohésion de son bloc électoral. « Cette élection n’est pas seulement une élection, c’est comme si nous étions en guerre, a-t-il notamment lancé en malinké. Les autres candidats ont fait un bloc pour me combattre (…). Si vous votez pour un candidat malinké qui n’est pas du RPG, c’est comme si vous votiez pour Cellou Dalein Diallo. Vous devez le savoir. Dans la région du Fouta (fief de l’UFDG), c’est Cellou seul qui est candidat. » Ce faisant, Alpha Condé ancre la campagne non pas dans une dualité idéologique ou programmatique mais bien dans une dualité de personnalités incarnant leur ethnie respective. Une essentialisation dont les implications peuvent s’avérer extrêmement délicates.

S’il ne s’agit pas de nier la réalité ethnique dans le jeu politique guinéen, il importe pour les candidats aux élections présidentielles de savoir s’élever au-dessus de leur base électorale afin de rassembler au-delà des différences communautaires. C’est une condition à la cohésion du pays dans un contexte de crise sécuritaire régionale, précisément marquée par l’exploitation de querelles ancestrales par des groupes terroristes. Un risque, aggravé par une répartition ethno-géographique peu homogène, que semble avoir compris le candidat Cellou Dalein Diallo qui affiche une rhétorique pluraliste et parvient à rassembler l’opposition derrière lui dont des dissidents du camp Condé, pourtant d’origine Malinké, telle Aminata Touré. 

Tronquer le fichier électoral

Les irrégularités du fichier électoral avaient provoqué le retrait de l’Organisation International de la Francophonie (OIF) et de la CEDEAO de la supervision du référendum de mars 2020. Si cette dernière a finalement validé la nouvelle mouture destinée à l’élection présidentielle du 18 octobre, l’OIF a quant à elle décidé de ne pas couvrir le scrutin tant le fichier souffre toujours de graves irrégularités. L’une des plus emblématiques concerne la mise à l’écart des diasporas angolaise et sénégalaise lors de la correction du fichier. Or les diasporas au sein de ces deux pays sont composées à près de 90% de Peuls. Certains experts estiment que le fichier a dès lors été tronqué d’environ 17% de ses électeurs. De quoi contribuer à attiser les tensions communautaires en plus de cibler précisément le noyau électoral de Cellou Dalein Diallo.

Pour Alpha Condé, le pouvoir semble être un fin en soi, quitte à risquer une crise post-électorale d’ampleur avec des répercussions potentiellement régionales. Pour disqualifier les dissidences dans son propre camp, il polarise la campagne autour d’un duel l’opposant à Cellou Dalein Diallo, et n'hésite pas à haranguer ses militants quant à la nécessité de voter pour lui en tant que Malinké "Si vous votez pour un candidat malinké qui n’est pas du RPG, c'est pour Cellou"(propos tenus lors d'une visioconférence le 19 septembre). Une situation regrettable au sein d’un pays dont les rapports inter-ethniques restent cordiaux et largement moins marqué par les antagonismes qui caractérisent ses voisins sahéliens, mais que l’attitude de l’actuel Président guinéen pourrait modifier dans un futur proche. 

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