La Guinée dans la rue

Ce lundi 14 octobre 2019, la Guinée est traversée par un vaste mouvement de mobilisation nationale contre le maintien illégal au pouvoir du Président Alpha Condé. Partis d’oppositions, syndicats en tout genre, société civile, associations…tous ont répondu présents à l’appel à manifestation pacifique lancé par le Front National de Défense de la Constitution.

Unité nationale

Face à la volonté affirmée d’Alpha Condé de changer la Constitution et de briguer un 3ème mandat illégal, le Front National de Défense de la Constitution  - FNDC-  est passé à la vitesse supérieure. Lundi 7 octobre, la plateforme appuyée par l’ensemble de l’opposition a lancé un appel à la mobilisation de tous les guinéens pour faire "barrage à ce macabre projet des ennemis de notre pays" tant sur le territoire national qu’à l’étranger. Ces manifestations débutent aujourd’hui, aucune date de fin n’a encore été annoncée.

Vendredi 10 octobre, le FNDC adressait une lettre à la Procureure de la Cour Pénale Internationale afin d’alerter l’institution sur les risques sérieux de violations des droits de l’homme en marge des manifestations pourtant pacifiques débutant ce jour. En Guinée, la rue demeure le seul recours pour faire passer des messages au régime autoritaire comme le soulignait le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo, le 6 octobre dernier : 

"Nos droits et libertés sont bafoués, la paix et la stabilité de notre pays menacées par l’obstination d'Alpha Condé de s’octroyer une présidence à vie. Pour les Guinéens la rue demeure un moyen de faire entendre pacifiquement la voix de l’alternance démocratique".

Manifestation dispersée en Guinée par les forces de l’ordre - Juillet 2018 RFI Manifestation dispersée en Guinée par les forces de l’ordre - Juillet 2018 RFI

Répression : le chair prix de la démocratie

Le 24 mars dernier, Alpha Condé prophétisait le climat de violence en appelant à "l'affrontement" soutenu récemment ceux par le Ministre de la sécurité et de la protection civile qui maintiendra l’ordre public "coûte que coûte".  

En Guinée, la répression des manifestations et des militants qui entendent défendre la démocratie et s’opposer au 3ème mandat est déjà une réalité, comme Human Rights Watch et Amnesty International s’en font régulièrement l’écho. 

En prémices des mobilisations de ce jour, les intimidations des autorités ont atteint un niveau très dangereux. Ce samedi 12 octobre, les forces de l'ordre ont interpellé et arrêté de façon arbitraire le coordinateur du FNDC, Abdourahamane Sanoh, à son domicile et d’autres personnalités et membres d’associations de la société civile et d’ONGs: Ibrahima Diallo, Koundouno, et Mamadou Baïlo Barry, ONG Destin en Main (Jeune afrique). Ils sont tous en détention dans un lieu tenu secret (Guinée Matin). Hier, le domicile de Badra Koné, vice-maire de Matam et membre de l’UFR a été assailli par “quatre pick-up de gendarmes non immatriculés”. Les agents ont jeté du gaz lacrymogène dans la cour et même procédé à des tirs à balles réelles sans toutefois faire de victimes. Ils ont ensuite procédé aux interpellations. Des militants sont parvenus à empêcher l’arrestation de Badra Koné, qui a pris la fuite.  

La presse n’est pas épargnée, le journaliste et secrétaire général d’Ablogui (Association des Blogueurs de Guinée), Abdoulaye Oumou Sow, a lui aussi été arrêté.

Ces arrestations violentes et abus de pouvoir par les forces de l’ordre ont déclenché une vague d’indignation très forte. La répression de toute forme de contestation au maintien illégal au pouvoir du chef de l’Etat confirme le virage dictatorial du régime. Pour y faire face, la population guinéenne fait front commun et a choisi de mener un combat dans la rue pour exiger le respect de l’Etat de droit et l’alternance démocratique.

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