La dangereuse chasse aux sorcières d’Alpha Condé

Récemment élu dans le cadre d’un scrutin à la validité contestée, Alpha Condé voit encore sa légitimité s’effriter après l’arrestation de plusieurs cadres de l’opposition. Une atteinte grave à la liberté d’expression et la pluralité politique dans le pays. Les risques d’embrasement n’ont jamais été si grands.

Souffrant déjà d’une crédibilité chancelante à l’international du fait des preuves d’irrégularités autour du scrutin présidentiel, Alpha Condé voit aussi la rue s’opposer massivement à son 3e  mandat. Face à cette situation explosive, le régime se durcit. Des dizaines de victimes sont à déplorer quelques semaines seulement après la fin de l’élection. A présent, le pouvoir s’attaque directement aux figures de l’opposition. Chaque jour, l’autoritarisme violent se renforce en Guinée.

Arrestations aux allures de kidnapping

Ce sont cinq figures de l’UFDG qui ont été arrêtées dans le courant de la semaine dernière pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation » et placées sous mandat de dépôt. Le parquet a déclaré que ces individus étaient activement recherchés depuis les manifestations qui avaient marquées la fin des élections. Ils seraient notamment accusés de « détention d’armes de guerre, de troubles à l’ordre public, pillage et destruction, de participation à un attroupement, de propos incitant à la violence, de menaces de nature à troubler l’ordre public et la sécurité ». Des accusations fantaisistes dans le cadre d’un dossier réputé vide selon leurs avocats. L’attitude du parquet est d’ailleurs de plus en plus suspecte. L’AFP et Jeune Afrique, qui ont sollicités le procureur du tribunal de Dixinn, Sidy Souleymane Ndiaye, afin d’en savoir plus sur la réalité des accusations, ont vu leurs demandes rester lettre morte.

Riposte immédiate de l’opposition

Selon l’opposition il s’agit d’une entreprise destinée à décapiter l’UFDG de ses dirigeants. Par ailleurs Alpha Condé chercherait en fait à masquer la responsabilité de sa police dans les violences qui ont émaillées les manifestations. Cellou Dalein Diallo a d’ailleurs réagi avec une grande virulence sur les réseaux sociaux : « L’UFDG considère l’arrestation arbitraire de ses dirigeants comme une déclaration de guerre et se réserve le droit de réagir par des actions à la hauteur de l’affront ».

Il semble clair que la teneur fantasque des accusations à l’encontre des cadres de l’UFDG est un subterfuge destiné à maquiller une chasse aux sorcières. Fragilisé à l’intérieur comme à l’extérieur, Alpha Condé cherche à détruire l’opposition la plus crédible face à son régime. Le Président de la Guinée est responsable de plusieurs centaines de victimes depuis son accession au pouvoir, souffle sur les braises du communautarisme et enferme l’opposition. La dictature serait-elle en train de se réinstaller officiellement dans le pays ?

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