Guinée : un fichier électoral assaini pour des élections crédibles.

Pas d’élection crédible sans un fichier électoral fiable. Depuis quelques jours, l’opposition guinéenne et la société civile s'inquiètent du choix de la CENI quant au prestataire chargé de mener l’audit du fichier électoral. Manipulation du fichier, manque de transparence...à quelques mois d'élections législatives et présidentielle déterminantes, la question du fichier électoral est cruciale.

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 A Conakry et partout sur le continent, doublons, électeurs fictifs… des méthodes frauduleuses bien connues

Les dirigeants inquiets de leur pérennité au pouvoir ont l’habitude de tripatouiller le fichier électoral à leur sauce afin de se garantir une avance confortable. Pour cela, rien de mieux que certaines recettes identifiées ayant fait leurs preuves.

La première consiste à gonfler le fichier électoral en y ajoutant des électeurs « fictifs » dont l’existence se limite aux systèmes d’informations de la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Il s’agit donc de citoyens imaginaires, morts ou de mineurs enrôlés dont les voix seront systématiquement rattachées au pouvoir. Les doublons permettront de comptabiliser deux fois une voix. A cela s’ajoute une politique discriminatoire à l’encontre d’électeurs affiliés à l’opposition. Ainsi au sein des communes et régions où l’opposition est forte, malgré les démarches entreprises, de nombreux citoyens disparaissent des listes électorales et se retrouvent dans l’impossibilité d’’exprimer leurs voix le jour du vote.

En Guinée, l’UFDG – Union des forces démocratiques de Guinée - premier parti d’opposition dénonçait auprès de Jeune Afrique en avril dernier, 77% d’anomalies et 3 millions de personnes n’ayant pas de données biométriques. L’Union des Forces Républicaines, autre parti d’opposition, déplorait plus d’un millions et demi d’électeurs fictifs répartis dans les régions de Kankan, Faranah, Nzérékoré et Labé. En 2018, à Madagascar, en République démocratique du Congo, au Mali,  les oppositions dénonçaient la mainmise des régimes sur les fichiers électoraux. Une nouvelle question se pose alors, celle de l’indépendance de la CENI.

Commission Electorale Nationale pas si Indépendante

En Guinée comme dans de nombreux pays, la CENI est l’institution en charge d’annoncer le chronogramme, c’est-à-dire le calendrier avec les différentes dates et étapes qui conduiront aux élections. Dans un souci évident de crédibilité démocratique, la neutralité de cet organe est indispensable. Malheureusement de nombreux soupçons de copinage pèsent sur son Président Amadou Salif Kebe et la mouvance présidentielle. Elu en 2017 à l’unanimité par les 18 commissaires membres de la CENI, il a remplacé Bakary Fofana destitué à l’issue des résultats des municipales où le RPG-Arc-en-ciel, le parti du Président Alpha Condé, avait largement perdu. Depuis sa prise de fonction, Monsieur Kebe n’a respecté aucune échéance électorale. Les députés sont hors mandat depuis maintenant 4 mois. Il y a quelques semaines, les élections législatives ont été annoncées pour novembre 2019 ce qui facilitant l’organisation d’un référendum constitutionnel. En effet, pour lancer cette consultation nationale, que le gouvernement promeut depuis quelques semaines, les députés doivent avoir un mandat et siéger. Le référendum constitutionnel voulu par Alpha Condé est alors dépendant de la tenue des élections législatives.

Le mutisme d’Amadou Salif Kebe et son incapacité à organiser des élections fiables et transparentes servent la volonté du régime de se diriger vers un 3ème mandat d’Alpha Condé.

Comme le rappelle le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), « le gouvernement guinéen a décidé d’assurer le financement des prochaines élections (communale et présidentielle) sur fonds propres. Par conséquent, la communauté internationale devrait orienter sa contribution sur la mise en  application effective des recommandations de l’accord politique du 03 juillet 2013, la révision du fichier électoral, la mise à disposition de l’expertise électorale et la recomposition de la CENI qui est jugée caduque par les partis politiques de l’opposition et les acteurs de la société civile. »

A la veille de l’élection présidentielle de 2020, aucune date n’a été annoncée pour sa tenue.

 

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