L’isolement international d’Alpha Condé

Profitant d’une actualité monopolisée par le coup d’Etat malien, Alpha Condé a officialisé sa candidature pour un troisième mandat, particulièrement contesté par l’opposition et à l’international. Plusieurs chefs d’Etat africains et institutions régionales réagissent vivement, et depuis des mois, à ce qui s’apparente à un coup d’état constitutionnel et fait craindre une dérive autoritaire.

Manœuvres politiques crisogènes

 © © Lionel Bonaventure, AFP © © Lionel Bonaventure, AFP

Face à une situation de plus en plus explosive et qui a déjà provoqué une trentaine de morts, la CEDEAO, soutenue par l’Union africaine et l’ONU, tente de négocier un arbitrage entre le pouvoir et l’opposition regroupée en majorité autour de la figure de Cellou Dalein Diallo, dirigeant de Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Un arbitrage ignoré par le Président Alpha Condé, au point de ne pas se présenter au 57e Sommet de l’organisation [la CEDEAO] qui s’est tenu le 7 septembre dernier. Cette situation constitue le point d’orgue d’un bras de fer qui dure depuis que le Président Alpha Condé a organisé un référendum national sur le changement de Constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. Une initiative particulièrement controversée dès l’origine, comme en témoigne la déclaration du Secrétaire adjoint américain aux affaires africaines Tibor Nagy : « C’est une chose de modifier la Constitution en donnant la parole au peuple en suivant un processus clair, mais là où nous avons des problèmes c’est quand les dirigeants changent une Constitution uniquement pour se maintenir en place ». Le scrutin fut en outre dénoncé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (IOF), institution de référence dans la conformité électorale en Afrique francophone, pour les irrégularités importantes relevées dans les fichiers électoraux. Une situation qui conduisit la CEDEAO à retirer ses experts du scrutin et plusieurs Etats à se désolidariser du président guinéen.

Inquiétude accrue

La dérive autoritaire d’Alpha Condé n’est pas du goût de nombreux chefs d’Etat de la sous-région. Les Présidents nigérian Muhammadu Buhari, bissau-guinéen Sissoko Umballo et nigérien Mahammadou Issoufou ont ainsi publiquement exprimé, depuis des mois, leur hostilité aux pratiques au sommet de l’Etat guinéen. Le Président du Niger a d’ailleurs eu un geste fort en faisant enfermer deux de ses partisans, issus de la société civile, qui l’avaient publiquement appelé à se présenter pour un troisième mandat. Les critiques s’amplifient à l’approche de l’échéance électorale, même si l’opposition s’organise derrière Cellou Dalein Diallo, ou dans les couloirs de la CEDEAO. Cette dernière a d’ores et déjà envoyé des experts afin de scruter le fichier électoral.

Dans une région où le terrorisme islamiste se nourrit des différends ethno-communautaires et de toutes autres formes de menace (dont une crise électorale), l’obstination d’Alpha Condé fait courir un nouveau risque de dégradation sécuritaire. Très investie, à ce titre, dans la région, la France à elle aussi fait part de son inquiétude via son ministre des Affaires étrangère, Jean-Yves le Drian : « La France rappelle sa préoccupation, déjà exprimée lors des scrutins référendaires et législatifs, sur le caractère non consensuel du fichier électoral. Elle avait condamné les violences qui avaient émaillé ce processus électoral et entraîné plusieurs morts".

En définitive, le Président Alpha Condé semble préférer sacrifier la stabilité de la Guinée et de sa place dans le concert des nations sur l’autel de son ambition personnelle. Il pense pouvoir remédier à son isolement diplomatique en se rapprochant des Russes et des Chinois, qui détiennent les plus importantes exploitations minières du pays (beauxite, fer…). Un soutien plus que discutable de la part de pays parties prenantes dans le secteur le plus opaque et corrompu d’une économie guinéenne désespérément exsangue et qui n’a que peu bénéficié de sa manne minière.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.