Dans la terreur du Coronavirus, Alpha Condé peaufine son coup d’Etat constitutionnel

Isolé à l’international, notamment par ses homologues africains, Alpha Condé n’a pas dit son dernier mot dans sa volonté de s’accrocher au pouvoir après avoir maintenu envers et contre tous le double scrutin législatif et référendaire du 22 mars.

Alpha Condé dans son bureau de vote le dimanche 22 mars 2020 Alpha Condé dans son bureau de vote le dimanche 22 mars 2020

Plusieurs sources concordantes proches de Rachid Ndiaye, le conseiller élevé au rang de ministre, font remonter la volonté d’Alpha Condé de réaliser le même passage en force électoral et politique que Faure Gnassingbé récemment au Togo. Alpha Condé planifie un score entre 80 à 90%.

Attentif à la capacité de son jeune homologue du Togo à avoir fait accepter par tous sans trop d’encombre sa réélection à un 4ème mandat, Alpha Condé compte s’appuyer sur un fichier électoral très largement en sa faveur pour reproduire le schéma togolais, mais dont la crédibilité et la sincérité ont été dénoncées par la CEDEAO, le Nigeria, l'OIF, l’ONU, l'UA, l’UE, les USA.

Le double scrutin du 22 mars a été entaché par de nombreuses violences et exactions des forces de l’ordre à l’encontre des populations - 10 Guinéens ont perdu la vie sous les balles de la police ce dimanche - documentées et dénoncées par les ONG et les médias, malgré des coupures prolongées et répétées des réseaux sociaux. Le taux de participation, gardé confidentiel, ne devrait pas s’élever à un niveau suffisant pour espérer crédibiliser le scrutin. Le boycott du scrutin par l’opposition, les violences des forces de l’ordre, les nombreux saccages et violences advenus dans différents bureaux de vote, mais aussi le coronavirus ont très fortement pesé sur le vote des Guinéens établis dans le pays et à l’étranger.  

Alpha Condé instrumentalise la crise du Covid19 pour arranger ses affaires

La nouvelle fait grand bruit en Guinée, la contamination d’un membre du cabinet du Ministère du Budget par le Covid19 a en effet été dissimulée par le Gouvernement. L’information tenue secrète n’a été révélée qu’au lendemain du scrutin. Alpha Condé avait déclaré la veille que la Guinée comptait “deux ou trois cas positifs au Covid19”. Ce flou volontaire d’Alpha Condé l’incrimine et laisse poindre sa volonté d’avoir recours à toutes les manœuvres, même les plus dangereuses, pour parvenir à ses fins. Reconnaître un cas de Covid19 au sein du Gouvernement aurait obligé les autorités à reporter une nouvelle fois les élections législatives et surtout le référendum constitutionnel.

Alpha Condé est pressé par le temps. Afin de respecter les Chartes signées par la Guinée dans le cadre de l’Union Africaine et de la CEDEAO, il se doit de faire voter et adopter son référendum constitutionnel avant la fin du mois d’avril pour être en mesure de tenir l’élection présidentielle tant convoitée en octobre 2020. Fin tacticien, Alpha Condé a profité de l’inertie des instances diplomatiques internationales et africaines et leurs regards tournés vers la crise du Coronavirus pour faire avancer sa petite entreprise personnelle, en faisant fi du grave danger sanitaire auquel il a exposé les Guinéens avec ce scrutin.

Bien loin de son devoir de protection des populations, le président guinéen n’a d’yeux que pour son troisième mandat. Quoiqu’il en coûte pour la Guinée.

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