Présidentielle en Guinée : la CEDEAO décrédibilisée

Alors que l’élection présidentielle guinéenne se mue en crise post-électorale, entraînant une vingtaine de morts dus à la répression brutale des forces de défense et de sécurité (FDS), l’Union européenne (UE) et la France commencent à mettre en doute la validité du scrutin, contrastant avec la passivité de la CEDEAO.

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Par la voix de son haut représentant pour les Affaires étrangères, Josep Borell, l’Union européenne a remis en question, il y a quelques heures, la crédibilité du scrutin présidentiel guinéen : « des interrogations demeurent quant à la crédibilité du résultat, notamment en ce qui concerne la remontée des procès-verbaux et le décompte final des votes ». Emboîtant le pas à l'Union européenne, la France "qui avait déjà exprimé sa préoccupation sur le caractère non consensuel du fichier électoral, partage les interrogations exprimées par l’Union européenne sur la crédibilité des résultats", a-t-elle fait savoir lors du point de presse du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères du 28 octobre. Des critiques qui rejoignent les objections pré-électorales de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) concernant les irrégularités du fichier utilisé par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) guinéenne. La position claire adoptée par l’Union européenne renforce la posture du candidat Cellou Dalein Diallo, qui avait dénoncé le 20 octobre des irrégularités dans la tenue du scrutin.

Passivité coupable

Face à des faisceaux d’indices qui convergent implacablement vers la thèse d’une falsification de grande ampleur par le gouvernement, l’inertie de la CEDEAO est incompréhensible. Après sa rencontre avec le ministre des Affaires étrangères, le représentant de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, s’est borné à rappeler que l’institution internationale avait pour objet une « diplomatie préventive » sans évoquer les signaux alarmants quant à la bonne tenue du scrutin. L’observation de la conformité de l’élection présidentielle était pourtant une des prérogatives officielles de l’institution. Dès lors, quelle crédibilité lui apporter quand un nombre croissant d’organisations internationales mettent précisément en question la validité du résultat ?

Des violences croissantes

Le représentant de la CEDEAO a pieusement souhaité que « le pays retrouve le calme, la sérénité, la paix et que tous (ses) enfants se retrouvent ». Nulle condamnation mais un euphémisme peu respectueux des dizaines de morts signalées seulement quelques jours après le scrutin, et qui viennent s’ajouter aux centaines de victimes du régime brutal d’Alpha Condé. De son côté, l’UE ne s’est, au contraire, pas perdue en circonvolutions pour condamner « une fois de plus, les violences qui ont causé la mort de nombreuses personnes » et demande que « justice soit rendue dans les meilleurs délais »

La France, l’OIF et les Etats-Unis avaient exprimé leurs inquiétudes quant à la bonne tenue des élections guinéennes. Les faits leur ont donné raison et, comme prévu par de nombreux observateurs, le pays accouche d’une crise post-électorale dont on ne saurait prédire l’issue… Face à une situation qui pourrait, sous l’effet de vases communicants, empirer celle du Sahel, la CEDEAO a totalement failli à sa mission d’instance régionale, ce qui porte un sérieux préjudice à sa capacité d’arbitrer efficacement de futurs conflits en Afrique de l’Ouest. 

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