Ysadrian, nouveau roman de Patrice Woolley

Nouveau roman de Patrice Woolley, incontournable dans son art et le maniement des mots...

Vous venez avec un roman Ysadrian qui change d’univers et qui vous amène sur de nouvelles rives… Quels sont les principaux personnages de votre roman, leur évolution et univers ?

 

Je ne sais pas si je change vraiment d’univers. J’ai déjà parlé d’amour et de relations amoureuses, mêmes particulières, dans La Dame des Brumes. Et puis il y a toujours une part d’onirisme. Chaque chapitre d’Ysadrian commence par un rêve. J’ai voulu essayer quelque chose qui ne me ressemble pas : l’écriture érotique. Autant je n’ai aucun mal avec sa représentation visuelle, autant avec l’écriture c’est un peu plus compliqué. Il y a beaucoup de nous-même dans l’écriture. Avec une image, on peut « tricher », pas avec les mots.

Le personnage principal c’est Ysa, une femme forte, avec du caractère, indépendante et cultivée (tout ce que j’aime en fait), et qui aime les hommes comme on aime une friandise. Elle les traite d’ailleurs comme des objets, uniquement pour son plaisir person
nel. Elle n’est pas vénale, mais curieuse et complètement libre. Elle cherche l’homme qui va la brusquer, l’étonner. Elle va d’ailleurs le trouver sous la forme d’Adrian. Mais comme souvent, quand on trouve ce que l’on cherche, ça remet en question notre propre fonctionnement.

La vie est un jeu, plus encore quand il s’agit d’amour et de sexe, et là, le jeu va aller assez loin.

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Ensuite, il y a l’amie d’Ysa, Emma la confidente, la compagne de jeux ; elles sont complémentaires. Emma est moins cash qu’Ysa, mais tout aussi surprenante. Quand Ysa va trop loin, c’est Emma qui essaie de la remettre dans le droit chemin. Il y a Sam, l’ami, le beau black toujours présent pour elle. Sans doute amoureux en secret d’Ysa, mais se contentant des miettes charnelles qu’elle veut bien lui donner. J’ai connu, à titre personnel, ce genre de rapport, c’est très frustrant et très perturbant ; et on s’en fatigue vite.

Il y a Eddy, l’ami ultime, le « vieux » qui veille sur elle, dévoué jusqu’à la mort. S’il n’y avait pas une telle différence d’âge, il en serait éperdument amoureux. Mais l’amour prend tant de chemins. Il y James, le majordome d’Adrian. Le parfait anglais discret, paternel et protecteur, sans doute le personnage le plus « normal » du roman, bien que… Et enfin Adrian, l’homme qui va faire chavirer Ysa. Celui qui va lui désobéir, la faire obéir, la plier et jouer avec ses sentiments comme avec ses certitudes. Son double, en plus « tordu » peut-être.On se projette souvent dans un roman. Mais celui-ci, je peux dire qu’il y a un peu de moi dans tous les personnag
es, mais UN seul est complètement moi…


Dans une mise en perspective, dans le milieu nouveau que vous explorez que peut-on trouver dans ce roman qui finalement sort totalement des sentiers battus ?

 

Je dirai que c’est un roman complémentaire à La Dame des Brumes qui parlait essentiellement d’amour au sens large du terme, même s’il y est question de polyamour ; alors qu’Ysadrian est un pan de vie d’une femme sexuellement libérée, voire agressive. Je revendique d’ailleurs les deux complètement. La tendresse et l’amour ne sont jamais loin du sexe débridé, de l’indécence, du jeu et de ses extrêmes. Tout est possible en amour, il faut juste essayer de ne pas se faire de mal, n’y d’y perdre la vie. J’ai voulu décrire une femme, qui aurait pu être moi, libre, gourmande d’expériences ; une sorte d’amante religieuse…


S’agit-il de 50 Nuances de Woolley ?

 

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Et bien, c’est en lisant quelques pages de 50 nuances de Grey, qui m’ont passablement emmerdées tellement j’ai trouvé ça convenu, que j’ai voulu essayer de faire MON roman érotique tendrement hard. C’est d’ailleurs étrange que tant de personnes puissent adhérer à ce livre (50 nuances) ou il n’est question que de soumissions à deux balles. C’est très convenu, ce businessman qui soumets une jeune fille un peu perdue… J’ai pensé un moment que la plupart des femmes devaient s’emmerder dans leur vie conjugale ou avaient une vie sexuelle des plus triste pour être émoustillées par ça… bref… La différence avec Ysadrian, c’est que c’est bien plus hard, avec de vrais sentiments, et surtout, Ysa et Adrian jouent à armes égales. Il y a vraiment un jeu d’adultes, et non de classes.

J’ai écrit Ysadrian en essayant de me mettre à la place d’une femme, à essayer d’apprendre comment elle réfléchit, agit dans telle ou telle circonstance. Même si j’ai mis de moi dans tous les personnages, j’ai vécu Ysa à 100 % quand j’écrivais (ce qui ne veut pas dire que c’est elle qui me ressemble le plus comme je l’ai dit plus haut). Parfois, elle me guidait, parfois, je me trompais de réaction. Je me disais : non, elle ne ferait pas ça… J’ai peut-être dû me tromper à certains moments, mais c’est au lecteur de me le dire… Quelques femmes m’ont dit : mais Ysa, c’est moi ! Las, quand vous les connaissez, elles sont loin du compte. Il y a un décalage entre Ysa et ce que certaines pensent être, c’est amusant, et ça pose question sur le ressenti de chacun. Mais, moi, quelle qu’elle soit, j’aime cette femme, même si elle peut paraître hautaine et « détestable » au début. Quand on gratte un peu, c’est une femme sensible, pleine d’amour, tendre. Sa carapace, c’est son « addiction » sexuelle. Pour moi, c’est la femme idéale : outre son physique, j’aime son caractère franc, outrancier, son indécence, sa sauvagerie, sa culture. C’est une femme qui peut faire peur à beaucoup d’homme, mais c’est tout l’intérêt. Ça change tellement de certaines femmes que l’on croise, assise à côté de leurs mecs, sages, soumises, bibelots tristes condamnés à la fermer pour que leurs pseudos mâles alpha puissent briller. Avant le #metoo et autre #balance ton porc, je pense que bien des femmes devraient se faire respecter aussi et surtout en tant que cerveau. J’ai aussi écrit ce roman en réponse à cette époque de cul-béni et de bien-pensance ou tout devient interdit, cette société régressive et liberticide. Cette espèce d’hypocrisie larvée ou on ne doit plus critiquer, avoir un avis, fumer, boire, draguer, baiser, parler de sexe. Du coup, j’ai fait des Nu(s)mériques (photos de nus oniriques), un album de musique pop-rock, Sillis, sur l’érotisme à sortir en 2019, et Ysadrian. Je crois avoir fait le tour de l’érotisme pour ma part, même si je prépare un ouvrage photo bien plus hard. Plus on m’interdit, plus je vais loin…



Peut-on projeter une suite ? Quels sont vos prochaines News importantes ? Cinéma ? Peinture ? Ouvrage ? 

 

Non. Pas de suite. Je n’écris jamais de suite a un roman. Ysadrian se tient tel qu’il est. Même si on m’a déjà demandé de faire une suite. Des lectrices (peu de lecteurs) aimeraient savoir ce qu’il va se passer après. Mais après, c’est la vie d’Ysa. Plus la mienne…

News importantes… Je démarche 2 projets de longs métrages en France et ailleurs. D’ailleurs, ailleurs, on a souvent des réponses, un intérêt ; en France, j’attend encore des réponses, quand elles ne viennent pas 8 mois après. Pour l’anecdote, Dreamworks, la société de Spielberg m’a répondu 3 jours après… je crois qu’en France, on se regarde un peu trop le nombril. On est passé de l’exception culturelle au snobisme culturel. Mais je persévère. J’ai même traduit un projet de film pour les USA… j’attends. Au niveau ouvrages, je continue à temps perdu mes BD, pour mon plaisir, et je les présenterai quand elles seront finies. Par contre, je continue d’écrire, j’y prends un réel plaisir. Je redémarche donc L’Ange de Sable et Anaphès Phusis, qui étaient chez un éditeur pratiquement invisible. Je démarche Et que la vague m’emporte ! Une comédie dramatique pleine d’amour et sans rien d’onirique ou de fantastique, bien inscrite dans le réel ! Et bientôt, le Futur Testament, le roman a fatwa comme je l’appelle, tant les religions en prennent pour leurs grades. L’éditeur qui va sortir ça va devoir être couillu !... Et bien sûr, mon album de pop-rock, SILLIS, que l’on démarche jusqu’à l’été, avec clips à l’appui. Là aussi, sur 85 mails, 3 ont répondus… Bref…


Un changement de couverture ? Entre le premier et le deuxième Ysadrian ?

 

Oui. Bêtement, j’ai cru qu’on était dans un pays libre, évolué, celui de voltaire et de Rabelais, de Coluche et de Desproges. Un pays qui a l’air d’être culturellement mort, tenu par des censeurs, des refoulés. Et la première couverture était un sexe de femme très stylisé ni vulgaire (je ne voulais pas qu’on comprenne tout de suite ce que c’était et ça marchait bien d’ailleurs) parce que je ne voulais pas d’un visage. Un visage identifie déjà Ysa auprès du lecteur, et ça casse l’imaginaire. Je ne voulais pas non plus de ces couvertures stéréotypées ou on voit de « beaux couples bodybuildés et siliconés » dans une ambiance feutrée de série rose. Et un sexe de femme, c’est beau, et c’est le nœud (sans jeu de mot) du roman. Pour info, l’Apple store nous refusait le livre, certains libraires ne pouvaient le mettre en rayonnage… Donc on a opté pour une autre couverture, qui me convient tout autant. Couverture que j’ai traité graphiquement de la même façon, mais c’est un visage à moitié caché, le mystère reste donc entier et chacun peut s’imaginer SON Ysa. De plus, c’est le visage d’une femme que j’aime beaucoup et ça me faisait plaisir de la faire participer à ça. J’en profite pour la remercier encore.

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