Deontay Wilder vs Tyson Fury II : faire des prédictions en boxe, c'est amusant

Oui, faire des prédictions en boxe est assez amusant. Ce serait encore plus gratifiant de faire une prédiction audacieuse, avoir des fans qui doutent de vous, puis de vous montrer après avoir prouvé que vous aviez eu raison de vous réjouir en vous pavanant devant les caméras.

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Dans le sport en général, et en boxe en particulier, tout homme finit par recevoir un coup de pied en croyant avoir choisi le bon cheval. La boxe est le théâtre de l'inattendu. A moins que votre travail consiste à choisir les vainqueurs pour gagner votre vie, le fait de se tromper ne doit pas être une source de honte, mais doit faire partie du frisson. Si la boxe est une forme de divertissement, être surpris par un résultat fait aussi partie du plaisir. Car si tous les favoris en attente gagnaient et que tous les outsiders tombaient à l'eau, la boxe deviendrait ennuyeuse assez rapidement.

Cela dit, si votre travail consiste à prédire les gagnants et les perdants, vous êtes en ce moment probablement en train d'essayer de deviner le résultat de la revanche entre Deontay Wilder et Tyson Fury. Ce combat est de loin la bagarre la plus mystérieuse de ces dix dernières années. Vous avez d'un côté un gars qui sait à peine boxer, mais qui a assommé tout le monde sur sa route, et face à lui à la fois l'un des boxeurs les plus talentueux et le plus chiant à combattre dans le sport. Et les deux grands messieurs, devenus très bons amis depuis, sont toujours invaincus.

Revenez en arrière et regardez les lignes des paris avant le bouleversement causé par l'action et le résultat de leur premier combat. Rappelez-vous que la ligne était légèrement en faveur de Tyson Fury, au début, mais que la plupart des paris sportifs, dans l'ensemble, avaient les deux gars à 50/50. Mesdames et Messieurs, 50/50 est l'équivalent numérique du «je n'en sais strictement rien» et de l'inconnu.

Au mois d'octobre dernier, Gvodzyk était donné favori par tous les parieurs en ligne devant Beterbiev. Il ne faut vraiment pas avoir suivi les débuts du talentueux et puissant Russe pour oser une pareille connerie. Soyons juste et rappelons que Gvozdyk était, certes, le favori des parieurs en ligne, mais Beterbiev était le préféré des amateurs de boxe et de ceux qui ont, comme Callum Johnson en octobre 2018, goûté à son pouvoir.

Dans le cas de la revanche entre Wilder et Fury, le mystère est encore plus épais. C'est le noir total. Personne ne sait. Personne ne sait parce qu'il s'agit de boxe, et les fans savent de quoi il est question ici. Les deux boxeurs sont des spécimens bizarres et talentueux, de manière merveilleusement contrastée, avec un Deontay Wilder qui réussit toujours à mettre à exécution sa boule de feu, et un Tyson Fury insaisissable, avec ses dimensions similaires à celle d'un Nicolai Valuev (bien que plus beau), qui réussit superbement à glisser et à rouler comme un poids plume.

Aussi différents que soient les deux hommes, cependant, ils ont chacun deux points communs: une volonté de fer soutenue par une conviction quasi religieuse dans leur destin, ainsi que quelque chose à prouver aux fans de boxe.

La foule est capricieuse, mais je me souviens, avant que Tyson Fury ne parvienne à faire dérailler le train de marchandises de Klitschko, que les gens se moquaient de lui pour avoir pris le combat.

Pour Wilder, il a dû également faire face au mépris des fans hardcore et des puristes qui l'ont tourné en ridicule pour ses larges coups de moulin à vent et son niveau de compétition plus que douteux. Ce qui est loin d'être faux car le gars ne sait vraiment pas boxer. Peu importe que d'autres grands aient prouvé que «la quantité avait une qualité qui lui est propre», en fauchant une concurrence, surtout à ses débuts (au moins ses trente premiers combats) parfois moins que stellaire, face à d'anciens combattant dans le crépuscule de leur carrière.

Le fait est que les deux hommes ont réussi jusqu'ici malgré les sceptiques, les ennemis, les experts, les puristes et les moqueurs, exactement comme l'a souligné le regretté grand Emmanuel Steward lorsqu'il a été interrogé sur l'avenir de la division des poids lourds bien avant que les deux hommes ne deviennent de grands combattants. Ils le sont aujourd'hui. C'est un fait.

Ils ont beaucoup à prouver, et tous deux disent qu'ils se voient gagner le 22 février. Mais il y a un grand gouffre entre le moment où le combat est vendu aux fans de boxe et à la presse pendant les conférences, d'une part, et le faire réellement contre un adversaire tout aussi déterminé la nuit du combat.

 

Tyson Fury peut-il éliminer Deontay Wilder en deux rounds comme il le déclare à qui veut l'entendre? Deontay Wilder donnera-t-il un deuxième «baptême» à Fury, et l'envoyer à travers les cordes?

Pour répondre d'abord à la première question, je donnerai un oui catégorique, comprenant très bien le contrecoup qui pourrait se présenter: Tyson Fury peut assommer Deontay Wilder, à condition qu'il y va en essayant de l'attraper durant les premiers rounds en lui jetant des combinaisons folles, il pourrait obtenir un TKO au deuxième tour. Car Tyson Fury sait boxer avec une aisance incroyable et peut frapper fort quand il le veut. Des choses plus étranges se sont produites, mais si Fury devait achever Wilder d'un seul coup de poing au deuxième tour, cela pourrait être la chose la plus inattendue qui se soit produite en boxe depuis le combat Holyfield-Bowe II.

Ce TKO de Fury n'est pas en dehors du domaine du possible. Pour considérer le premier combat comme une preuve: Tyson Fury, dans ce douzième round où il a pratiquement rejoint les morts, non seulement a réussi à rester debout pour mener à bien le combat, mais il s'est levé, a rassemblé ses forces pour revenir et répondre avec des coups durs qui ont dérouté Wilder, ne comprenant plus rien à cette situation rocambolesque, en se sentant obligé de reculer, réduit à se sortir des ennuis jusqu'à la sonnerie de la cloche, alors que trois secondes plutôt il criait victoire pendant que Fury était encore allongé sur la toile avec Jack Reiss en train de lui hurler dessus. C'est ce qui fait la beauté de la boxe.

Deontay Wilder a également parfois tendance à bombarder plutôt qu'à bouger latéralement ou à décrocher lorsque beaucoup de coups de feu viennent à sa rencontre. Donc, un pari sur une fusillade totale et déchaînée dans le premiers round comme à tenté de le faire récemment Solis face à Rigondeaux pourrait être payant pour Fury, mais cela pourrait aussi le laisser sans gazoil et incapable de rester allumé pour un combat à distance pour pointer Wilder avec son jab afin de récupérer un peu d'énergie.

Mais je ne crois pas que Tyson Fury éliminera Deontay Wilder au premier ou au deuxième tour, ni qu'il tentera même de le faire. Je ne pense pas non plus qu'il essaiera surtout de pénétrer dans la tête de Wilder, ce qui serait une perte garantie cette fois-ci, car Wilder est beaucoup mieux habitué aux jeux d'esprit de Fury et aux tactiques de guerre psychologique. Oui, les feintes de Fury sont brillantes, mais Wilder a définitivement développé une résistance, sinon une immunité pure et simple contre ce genre de situation théâtrale. Wilder n'est plus le même homme qui assommait des videurs de boîtes de nuit et des vieilles momies incapables de bouger.

La magnanimité de Fury envers Wilder cette fois-ci ressemblera plus à la technique de "tuer avec gentillesse" du grand Ray Leonard qu'il a utilisée dans sa préparation pour son super-combat avec Marvelous Marvin Hagler. Rappelons encore une fois, soit dit en passant, que là aussi, Leonard était censé perdre ce soir-là, car il venait de sortir d'une longue mise à pied, avec des interrogations et des inquiétudes sur l'état de son œil à la suite d'une opération chirurgicale pour une rétine détachée.

Pour répondre à la deuxième question: est-ce que Deontay Wilder pourrait assommer Fury, et l'envoyer à travers les cordes, façon Hasim Rahman contre Oleg Maskaev, ou Bernard Hopkins contre le héros de la classe ouvrière Joe Smith Jr? Se demander si Wilder peut assommer Fury et l'envoyer hors du ring, c'est comme se demander si le soleil se lève à l'Est.


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