Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République Française

Monsieur le Président… La France doit choisir ! L’avenir des relations Tchado-Françaises dépend des décisions que nous prenons aujourd’hui !

Lettre ouverte

À

Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République française.

 

Monsieur le Président… La France doit choisir !   

 

Le 27 février 2021 à l’aube, le domicile du candidat à l’élection présidentielle Tchadienne du 11 avril prochain, M Yaya Dillo, a été pris d’assaut par l’armée d’Idriss Déby qui a déployé des chars d’assaut en pleine capitale. Bilan : 3 morts et plusieurs blessés, dont la mère de l’opposant, âgée de 80 ans. Cet évènement tragique à moins de 45 jours de l’élection présidentielle est révélateur de la nature autoritaire d’un pouvoir qui, avec la bénédiction de la France au nom de la lutte anti-terroriste soumet son peuple à la pire dictature du 21ème siècle.     

Pourtant, c’est au nom de la lutte contre une dictature que la France avait soutenu, armé et appuyé Idriss Déby, lui permettant de prendre le pouvoir en 1990. Depuis, la France lui apporte un soutien quasi inconditionnel et protège systématiquement son régime, faisant échouer plusieurs tentatives de libération du peuple tchadien. C’est ce soutien militaire et politique qui a permis à Idriss Déby de sauver in extremis son régime dictatorial à plusieurs reprises, notamment le 13 avril 2006 et le 02 février 2008 en passant par les différents holdups électoraux.   

Monsieur le Président, ce militaire porté par la France sévit depuis 31 ans au Tchad où se côtoient misère, oppression et violation des droits de l’homme.  Le Tchad est aujourd’hui décrit par toutes les organisations non gouvernementales comme la pire dictature du 21ème siècle, l’endroit où les libertés et les droits humains sont bafoués au quotidien. Pourtant, la France continue de lui accorder un soutien infaillible, alors même qu’au quotidien, il foule au pied les valeurs universelles qui font l’ADN de la République française.

Depuis au moins dix ans, toutes les manifestations sont systématiquement interdites et les manifestants réprimés à balles réelles, la liberté de la presse est bâillonnée et les journalistes forcés à l’exil, les opposants politiques sont assassinés ou torturés, les femmes sont au quotidien violées. Pourtant, la France observe. Pire, elle soutient, servant de caution morale et de bras armés d’un despote incapable du moindre égard pour les valeurs défendues par votre République.

Monsieur le Président – ai-je besoin de le rappeler ? - le Tchad, mon pays, et la France ont un rapport historique depuis des siècles. Les Tchadiens, alliés historiques de la France, furent les premiers à répondre à l’appel du Général De Gaulle, à travers Félix Eboué. Les Tchadiens étaient les premiers à tomber pour relever la France-Libre, pour défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de justice. Aujourd’hui, c’est pour ces mêmes valeurs que nous vous demandons de cesser votre soutien à un dictateur dont le comportement rappelle davantage le nazisme que les valeurs démocratiques chères à nos peuples.

La France doit se souvenir. Elle doit faire une analyse rétrospective de son rapport avec ses anciennes colonies et celui de la Grande-Bretagne avec les siennes. Faites un état des lieux de votre présence au Tchad et voyez si elle profite davantage à un régime qui bafoue les valeurs de votre République ou si elle profite au peuple tchadien. Décidez si les intérêts de la France se trouve dans un partenariat durable gagnant-gagnant ou dans le soutien à un oppresseur qui ne fait que ternir l’image de cette France patrie des droits de l’homme et vous attirer l’hostilité des peuples africains en quête des valeurs démocratiques et de développement socio-économique.

Monsieur le Président, la France doit décider maintenant. Elle doit faire le choix entre le court terme qui consiste à soutenir Déby ou le long terme qui consiste à prendre le parti de ce peuple en quête de liberté, d’égalité et de développement.

 

Monsieur le Président, Idriss Deby astreint la France au chantage du « moi ou le chaos ». Toutes ces dernières années, il a réussi à convaincre l’opinion internationale qu’il est le seul rempart contre le terrorisme. La vérité est qu’il est le meilleur agent du terrorisme, qui se nourrit des échecs de son système. N’est-ce pas parce qu’il a hypothéqué l’avenir de notre jeunesse que celle-ci devient sensible à n’importe quel vendeur d’illusion, n’importe quel prêcheur de la haine ? N’est-ce pas son système qui ne propose aucune alternative aux jeunes, si ce n’est la délinquance et l’extrémisme violent ?

Monsieur le Président, il y a une alternative autre que Deby et le chaos. Cette troisième voie est celle de bâtir avec tous les Tchadiens un Etat démocratique, stable, à même de jouer son rôle géostratégique indépendamment de tout régime qui ne se prévaut que de ses prouesses guerrières sans tenir compte du caractère structurel de l’extrémisme violent. La France s’honorerait à faciliter l’émergence de cette troisième voie au moins en cessant de soutenir Idriss Deby.

Avec ou sans la France, aujourd’hui ou demain, Déby partira. Le changement viendra. A la France de choisir son camp. De miser comme elle sait si bien le faire. Mais une chose est sûre : Déby partira, avec ou sans la France. L’autre certitude de taille est aussi que nous peuple tchadien, jugerons la France sur son choix.             

 

Lyon, le 01 mars 2021

Mahamat Tahir KOROM BODOLOUMI

Président du REJEPAC,

Vice-président du Forum Démocratique Africain.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.