La Turquie exhibe un de ses trophées de guerre

Encore un épisode de la lutte de la Turquie contre les kurdes de Syrie

Le MIT (Organisation Nationale du Renseignement) annonce avoir capturé en Syrie Ibrahim Babat, nom de code Şeh Guyi, lors d'une opération visant la branche syrienne du groupe terroriste du PKK, les YPG.

Cette organisation classée terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l’Union Européenne mais néanmoins alliée des USA et des occidentaux dans leur lutte contre Daech est responsable depuis 40 ans de la mort de 40 000 personnes dont des femmes, des enfants et des nourrissons lors de nombreuses opérations et attentats. Comme quoi notre camp n’en est pas à une contradiction près dans un Moyen-Orient plongé dans le chaos depuis des décennies.

Ankara a d’ailleurs encore une fois agit en violation du droit international, opérant en toute impunité sur le territoire d’un pays étranger, enfin ce qu’il en reste.

Ibrahim Babat a rejoint le PPK depuis 10 ans, il a opéré d’abord en Turquie et dans le nord de l’Irak avant de rejoindre la Syrie en 2017 où il s’est vite imposé dans la hiérarchie de l’organisation.

Les turcs le soupçonnait de préparer des attentats contre les avant-postes des forces turques à la frontière syro-turque, encore que vu les annexions de ces dernières années plus personne ne s’est réellement où se trouve cette frontière.

Depuis 2016, la Turquie a mené diverses opérations pour créer une zone tampon empêchant les kurdes de Syrie ou d’ailleurs de créer un couloir d’accès à leur territoire pour frapper celui-ci, repartir se mettre à l’abri en Syrie et créer une poche autonome kurde qui pourrait s’agrandir peu à peu en territoire anatolien.

Ankara est passée trois fois à l’offensive pour sécuriser sa frontière : Bouclier de l’Euphrate en 2016, Olive Branch en 2018 et Peace Spring en 2019, des noms faisant croire à des actions défensives pour instaurer une paix durable qui sont en vérité des symboles de la politique belliciste d’Erdogan et qui ont servi soit à exfiltrer ses alliés islamistes pris dans une nasse pour les acheminer sur d’autres fronts comme la Libye ou le Haut-Karabagh, soit annexer des lambeaux de Syrie. Tout cela pour empêcher que se réalise le cauchemar de la patrie d’Atatürk depuis sa création, une nouvelle partition de ce qui est déjà empire démembré depuis les traités des années 20.

Nous pourrions attendre de la part de Washington et de Bruxelles encore des sanctions contre leur allié turbulent dans l’OTAN mais Ankara a annoncé il y a peu qu’elle avait prévu d’accueillir à Istanbul en avril un nouveau round des négociations entre les Etats-Unis et les talibans, reprise des pourparlers voulue par l’administration Biden et qui ferai d’Erdogan un acteur incontournable d’un éventuel processus de paix, de partage du pays et qui amorcerai le retrait partiel des américains après 20 ans de présence et de combats sur ce champ de bataille.

A cela s’ajoute l’intérêt de l’Arabie Saoudite pour les drones turcs qui ont fait des merveilles dans le dernier conflit contre l’Arménie.

Alors la Turquie amie ou ennemie ? Et peut-être le partenaire privilégié de Washington pour mener pour son compte quelques opérations inavouables qui divisent les occidentaux empêchant par exemple l’UE de se penser en partenaire souverain des USA mais relégué en éternel vassal dont la sécurité dépend d’un grand frère envahissant depuis 1945.

 

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