Vol de mémoire à DACHAU - Lutte contre l'Histoire et l'Éducation

Je vous invite à lire l'article approfondi de Jean-Marie Darmian à propos de ce vol de la mémoire : ce coup de force réitéré contre l'Histoire et l'Éducation cherche à éviter que les générations puissent se recueillir et se rebeller contre ce qui fut la pire abjection: l'épuration ethnique, le génocide humain.

Il faudra lutter toujours, patiemment, pour que la dignité humaine soit préservée, au-delà de toute idéologie et de tout fanatisme, initiés par quelques-uns à de nombreuses époques.

La capacité de chaque société à consister, subsister et à exister dépend des limites éthiques et philosophiques qu'elle défend, dans sa volonté d'accepter l'autre et l'autre en soi, en décidant de préserver la vie, les vies.

Comme le Monstre sera toujours présent en l'homme, avide de solutions rapides par l'exclusion opportuniste des boucs-émissaires désignés, la possibilité d'Être ensemble doit être pensée et actée, réitération continue et infinie, afin que les Cultures Humaines trouvent leur espace de création et le temps de leur partage.

Je cite en 2° document l'article du Nordbayerischer Kurier, puis en 3° celui paru dans "Die Welt" et en propose une traduction (non professionnelle mais la plus rigoureuse possible)

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Le pire de tous les vols, celui de la mémoire

4 novembre 2014

http://www.jeanmariedarmian.fr/pire-les-vols-celui-memoire/

Il se produit parfois des événements qui illustrent plus que d’autres, l’état réel de la société. Et le vol d’une porte de l’ancien camp de concentration nazi de Dachau en est un. Bien plus que toutes les analyses sociologiques l’action d’un groupe organisé démontre que désormais les principes mêmes du nazisme ont un ancrage réel en Europe. Il s’agit certes d’une profanation d’un lieu référence de la cruauté organisée par les porteurs d’une idéologie mais aussi d’un véritable choc pour la mémoire dont certains pensent qu’elle reste l’arme la plus redoutable face à leur volonté hégémonique. Faire disparaître ce que Le Pen a appelé un « détail de l’Histoire » dénote une véritable haine de l’éducation qui a toujours été considérée comme le danger le plus grave pour les idées reposant sur l’ignorance et la haine.
En volant la tristement célèbre formule en fer forgé «  Arbeit macht frei » on a voulu simplement détruire une référence historique permettant de lutter contre la résurrection de la bête immonde de Berthold Brecht.
La directrice du Mémorial du camp, Gabriele Hammermann, a d’ailleurs immédiatement affirmé « qu’il s’agissait d’une tentative délibérée et répréhensible de porter atteinte à la mémoire des crimes qui ont été commis en ce lieu ». Elle a ajouté « qu’il est évident que nous avons encore un long chemin à parcourir avant d’avoir fait notre travail de mémoire sur cette période de l’histoire, nous devons nous efforcer de protéger et de préserver de tels sites qui ont une portée éducative ». Elle ne sera certainement moins écoutée et entendue que les vociférations des nazis cachés derrière des groupes réputés « bien pensants » qui les protègent.
Rappelons que la porte d’entrée du camp de concentration est située à quelques kilomètres de Munich, dans la paisible cité de Dachau. Ce lieu de destruction massive de vies humaines avait été ouvert il y a 81 ans, le 22 mars 1933, soit moins de deux mois après l’accession d’Adolf Hitler à la chancellerie. Premier camp qui servit ensuite de modèle aux autres, il fut d’abord destiné à l’incarcération des prisonniers politiques. Plus de 206.000 personnes venues de plus de 30 pays y ont été détenues dont l’ancien Premier ministre socialiste français Léon Blum, qui était juif. Plus de 41.000 d’entre elles y furent tuées, ou moururent d’épuisement, de faim ou de maladie avant que les survivants de ce camp ne soient libérés par les Américains, le 29 avril 1945.
La presse allemande n’a pas transformé ce « faits divers » en véritable titre de une. Au niveau fédéral, ni la chancelière Angela Merkel, ni aucun de ses ministres n’avait encore réagi plus de 48 heures après la disparition de l’inscription. Ce n’est pas la première fois qu’une telle opération est menée. En décembre 2009, l’inscription métallique originale « Arbeit macht frei » avait été dérobée à l’entrée de l’ancien camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. L’instigateur du vol, un ancien leader néonazi suédois âgé de 34 ans, Anders Högström, avait été condamné en décembre 2010 à deux ans et huit mois de prison. Retrouvée scindée en trois morceaux, l’inscription avait été ressoudée en 2011 et installée à sa place d’origine.
Lentement, profitant de l’indifférence et du renoncement des peuples, les tenants de la haine ethnique, du racisme organisé, de la violence institutionnelle à l’égard de certaines catégories de la population progressent insidieusement. Une version aseptisée du nazisme envahit comme une tache d’huile brune l’Europe en crise. Il n’y a plus qu’une obsession pour certain(e)s d’entre eux : faire disparaître les références matérielles incontestables au passé. Le « jihadisme » n’est rien de plus et rien de moins que la mise en œuvre d’une forme au moins aussi cruelle et horrible du nazisme. Rien à voir avec la religion qui n’est que la couverture fascinante pour la manipulation de masse comme le fut l’exploitation de « Mein Kampf » pour les Allemands. On détruit ainsi sciemment les traces du passé, on brise les objets culturels, on assassine en série (plus de 200 sunnites hostiles ont été exécutés par Daech), on réduit en esclavage dans les zones occupées par ces nouveaux auteurs de véritables crimes contre l’Humanité. Partout la « solution finale » revient à la surface !
Une enquête est en cours pour retrouver les auteurs de ce « rapt » du slogan le plus terrible inventé par le nazisme. Elle durera des semaines et des mois jusqu’à ce que la poussière de l’oubli s’installe sur cette agression moralement insupportable faite à l’Histoire. Les milliers de morts n’ayant jamais considéré que le travail forcé, épuisant, destructeur constituait un acte de libération mais plutôt un acte d’asservissement criminel ne sont plus là pour témoigner. Et les survivants se raréfient en perdant leurs forces et leur motivation. Inexorablement les générations actuelles et futures effaceront de leurs connaissance cette porte d’entrée en enfer où l’homme était véritablement un loup pour l’homme. Les voleurs de mémoire ne cherchaient probablement rien d’autre.

2- http://www.nordbayerischer-kurier.de/nachrichten/diebstahl-der-einstigen-kz-eingangstuer-loest-entsetzen

Dachau

03/11/2014 13:53

Le vol de l'unique porte d'entrée du Camp de Concentration déclenche l'effroi

Dachau. Le vol de la porte d'entrée historique de l'ancien camp de concentration de Dachau, portant l'inscription “Le travail rend libre” a généré un grand effarement.

Le ministre bavarois de la Culture Ludwig Spaenle (au micro) et la directrice du camp de concentration de Dachau, Gabriele Hammermann (à sa droite), donnent ce dimanche des informations sur le vol. Photo. dpa

"Cette profanation est horrible et choquante", a dit le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, Dieter Graumann, au journal "Bild" , ce mardi. «Qui agit de la sorte est soit malade soit malfaisant. Probablement les deux.» Le directeur des mémoriaux d'Auschwitz-Birkenau en Pologne, Piotr Cywinski s'est exprimé de manière semblable: « Ceci est une agression contre un symbole, une agression contre la mémoire » « contre le fait qu'à Dachau aient été établis les fondements du camp d'Auschwitz et d'autres camps de la mort des nazis .

Des inconnus ont volé, dans la nuit de dimanche, la porte en fer forgé portant le slogan cynique des nazis, sur le site du mémorial du camp de concentration. La porte faisait partie des principaux portails d'entrée et constituait le symbole central de la souffrance des personnes emprisonnées par les national-socialistes.

Dans le camp de concentration de Dachau et les 140 camps extérieurs, les national-socialistes ont incarcéré jusqu'en 1945 plus de 200 000 personnes et les ont soumis aux travaux forcés : des dizaines de milliers y ont trouvé la mort.

3- http://www.welt.de/regionales/bayern/article133944104/Die-Tat-trifft-Dachau-ins-Mark.html

KZ-Gedenkstätte - Mémoriaux des camps de concentration

03.11.14

Le délit porte atteinte à l'essence même de Dachau

Après le vol de la porte de l'ancien camp de concentration de Dachau portant l'inscription « Le travail rend libre », la police poursuit ses premières investigations. En 2009 à Auschwitz, le slogan du portail d'entrée avait également été dérobé.

 

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