Discours de haine dans le monde - propositions des candidats pour la présidentielle

« A l'heure où les discours de haine se répandent dans le monde, couplés à des positions de repli de nombreux États sur leurs propres intérêts, ce ne sont ni les institutions ni les États qui vont faire la différence mais les citoyens .» Amnesty International

A 48 heures de l'élection présidentielle, Amnesty International revient sur les propositions des deux candidats, en contextualisant leurs propositions au vu de son Rapport Annuel de début d'année, intitulé :

2017, pire que 2016 ?

«La politique de rejet des « autres » se manifeste également à l'échelle internationale, où le multilatéralisme cède la place à un ordre mondial plus agressif et plus conflictuel. L'absence de volonté politique en matière de droits humains ne fait qu’exacerber. Le monde est confronté à une longue liste de crises, sans que l'on constate une réelle volonté politique de les résoudre. Progressivement le monde s’habitue à ce que la communauté internationale soit incapable de mettre un terme aux massacres en Syrie, au Yémen ou encore au Soudan du Sud.»

«Un tel ordre mondial, où les droits humains sont considérés comme un obstacle aux intérêts nationaux, affaiblit dangereusement la capacité à combattre les atrocités massives qui sont commises, laissant la porte ouverte à des violences qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire.

Dans un tel contexte, ce ne sont ni les institutions ni les Etats qui vont faire la différence mais les citoyens.»

 

« La solidarité mondiale et la mobilisation du grand public seront particulièrement importantes en 2017 pour défendre celles et ceux qui s'opposent aux autorités et se battent pour les droits humains – que les gouvernements présentent souvent comme des obstacles au développement économique, à la sécurité ou à d'autres priorités.»

Notre devoir d’alerte

«Fidèle à notre principe d’impartialité et à notre caractère non partisan, [Amnesty International n’a] jamais appelé, dans toute notre histoire, à voter pour ou contre un candidat, mais a un devoir d'alerte lorsque les droits humains sont menacés à travers certains aspects des programmes des candidats à la plus haute fonction de l’Etat.

[Amnesty] fait parvenir 10 engagements pour les droits humains à tous les candidats à l’élection présidentielle.

Emmanuel Macron s'est prononcé en faveur de neuf des 10 propositions soumises. Marine Le Pen n’a pas répondu.»

Emmanuel MACRON 

Emmanuel Macron veut faire « de la lutte contre la discrimination une priorité nationale »           Programme En Marche, page 19

«Les propositions d’Emmanuel Macron portent principalement sur des valeurs et des principes généraux allant globalement dans le sens de nos interpellations, notamment sur la lutte contre les discriminations, la défense du droit d’asile ou l’interdiction de la surveillance de masse. Elles nécessitent cependant d’être précisées et des éclairages doivent être apportés sur la responsabilité des entreprises en matière de droits humains.»

Détails de l'analyse d'Amnesty ici :

https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/discrimination-macron

 

Marine LE PEN

«Pendant sa campagne, Marine Le Pen a présenté plusieurs propositions dangereuses pour les droits humains, notamment en matière d’asile, de libertés et d'égalité d’accès aux droits. Considérer que certains êtres humains ont moins de droits que d’autres, c’est fouler aux pieds l’idée même de droits fondamentaux universels. Cette universalité des droits humains a pourtant été proclamée par la communauté internationale dès 1948 avec la Déclaration universelle des droits de l'homme et il est essentiel de préserver et de faire vivre cet héritage.»

« M. Le Pen : des mesures ouvertement discriminatoires »

4 points dangereux ici :

Marine Le Pen veut « réaliser des économies en supprimant l’Aide Médicale d’État réservée aux clandestins » Proposition 71

• Marine Le Pen veut « réserver la PMA comme réponse médicale aux problèmes de stérilité, et créer une union civile (PACS amélioré) qui viendra remplacer les dispositions de la loi Taubira, sans effet rétroactif ».  Proposition 87

• Marine Le Pen veut « rétablir la laïcité partout, l’étendre à l’ensemble de l’espace public et l’inscrire dans le Code du travail ». Proposition 95

• Marine Le Pen veut « réserver prioritairement aux Français l’attribution du logement social, sans effet rétroactif, et le mobiliser vers les publics qui en ont le plus besoin ».

       Détails de l'analyse d'Amnesty ici :

https://www.amnesty.fr/actualites/discrimination-le-pen

RÉSUMÉ en FORME de CONSEIL de PRUDENCE : La France devrait-elle se retirer de tous les traités internationaux fondateurs qui protègent les droits humains, reniant même les évolutions du droit constitutionnel français élaborées après les massacres de masse du XX° siècle ?

« L’égalité d’accès aux soins est indissociable du droit à la santé protégé par le droit international, en particulier le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels (PIDESC) que la France a ratifié. Le droit de se marier et de fonder une famille est protégé par l’article 23 du Pacte International pour les Droits Civils et Politiques (PIDCP) et par l’article 16 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Les États doivent respecter ces droits fondamentaux indépendamment de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre des personnes. Le principe de laïcité inscrit dans la Constitution impose des obligations au service public. Etendre le principe de laïcité à tout l’espace public va à l’encontre du Droit International relatif aux Droits Humains (DIDH). Instituer une sélection basée sur la nationalité française pour l’attribution des logements sociaux va donc à l’encontre du Droit International relatif aux Droits Humains (DIDH).»

Dans un tel contexte mondial et français, il reste aux citoyens à faire la différence.

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