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Photographies documentaires:«Un agriculteur» du bucolique au politique

Cette série de photographies documentaires a été réalisée de l’automne 2015 au printemps 2016, chez Guy Bessin agriculteur à Saint-George d’Elle dans la Manche. Mais au-delà du caractère bucolique, ces photographies ont une charge politique. Elles nous montrent une forme de lutte pour le bien commun: recherche de l’autonomie alimentaire sur l’exploitation, limitation des intrants chimiques...
  1. A la suite de ses études agricoles, Guy suit une formation d'infirmier psychiatrique et un parcours d'analyste programmeur dans l'informatique. Au-delà du rythme de travail assez important, installer des systèmes informatiques pour supprimer des emplois est en contradiction avec sa façon de penser. Il pense que la façon la plus cohérente de mettre ses idées en pratique est d’être sur une ferme. Guy s'installe donc en 1990 sur celle de ses parents.

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  2. Au début de son installation, il fait parti d'un groupe de paysans qui réfléchissent à la désintensification de la production laitière afin d’arrêter le maïs. Avec d’autres groupes de Basse-Normandie, ils créent alors la FRCIVAM pour mettre en place des formations d'accompagnement des paysans. (FRCIVAM : Fédération Régionale des Centres d'Initiatives pour la Valorisation de l'Agriculture et du Milieu Rural).

  3. Lors de son installation, il fait quelques investissements, notamment la salle de traite qui avait été achetée d'occasion pour éviter de trop investir. Elle est toujours fonctionnelle aujourd'hui. La salle de traite dispose de 10 places, 5 vaches de chaque côté, en épi. Pour traire 50 vaches, il faut compter 1 heure, plus une demi-heure de préparation et de lavage.

  4. En 1997, Guy est convaincu de produire un lait de qualité avec une alimentation des vaches à base d'herbe, alors qu'il n'existe pas de système de reconnaissance et de valorisation pour ces produits. C'est donc assez naturellement que la question du passage en agriculture biologique s'est posée, afin de produire sous un signe officiel de qualité, reconnaissable par le consommateur.

  5. La ferme de Guy produit 200 000 litres de lait par an avec 50 vaches, soit 4000 litres commercialisés par vache, auxquels il faut ajouter le lait pour nourrir les veaux, soit entre 4200 à 4300 litres par vache et par an.

  6. L'exploitation est sur 70 hectares dont 66 hectares d'herbe, 1,5 hectares de mélange céréalier (orge, triticale et avoine) et 1,5 hectares de maïs grains. Le pâturage occupe une place prépondérante dans le système d'alimentation. Afin d’éviter que les vaches ne piétinent l’ensemble de la prairie, le pâturage se fait dans des paddocks (parcelles de 1 à 2ha) où le fil est avancé matin et soir.

  7. Les vaches sont dans les pâturages 8 mois sur 12. Du printemps à l'automne, à chaque traite ou presque, il faut allez chercher les vaches au champ et les regrouper. Guy utilise un chien de troupeau qui permet de gagner un temps important.

  8. Pour l'alimentation hivernale, l'herbe est récoltée en foin. En 2008, Guy investit dans un système de séchage en grange. Cela permet d'étaler la récolte en foin de mai à septembre.

  9. Guy produit du maïs grain qui viendra compléter l'alimentation des vaches l'hiver. Contrairement aux systèmes plus intensifs utilisant du maïs ensilage, où il est nécessaire de complémenter avec du soja importé et des additifs, les vaches ne mangent que ce qui est produit sur l'exploitation : de l'herbe, du foin et un peu de céréales. 

  10. La période où la production est moindre est à la fin de l’hiver car les vaches sont nourries au foin. Suivant les saisons, les vaches produisent entre 15 et 22 litres de lait par jour et par vache.

  11. L'entretien des talus et des 20 km de haies sur l'exploitation se fait l'hiver. Chaque année, entre 3 à 400 mètres de haies bocagères sont coupées pour obtenir 200 m3 de bois déchiquetés qui sont commercialisés comme combustible pour le chauffage.

  12. Guy utilise des traitements alternatifs pour soigner les animaux comme l’homéopathie et l’aromathérapie. De plus en plus d'agriculteurs non bio utilisent également ces méthodes alternatives pour le bien-être de l'animal et également car ce sont des coûts dérisoires comparativement aux antibiotiques.

  13. L'ensemble des animaux sont dans des bâtiments l'hiver. Les génisses d’élevage sont nourries exclusivement en foin récolté en balles rondes.

  14. Les compléments minéraux sont les seules aliments achetés à l’extérieur pour nourrir le troupeau de vaches et les génisses.

  15. Chaque jour, en période hivernale, il est nécessaire de renouveler le paillage des animaux qui est réparti à l'aide d'une pailleuse.

  16. La matière organique produite sur l'exploitation est la seule façon de fertiliser l'ensemble des parcelles.

  17. Guy, en parallèle de son activité, consacre beaucoup de temps au développement d'une agriculture bio, paysanne ou durable au sein de divers organismes agricoles ou para-agricoles. Sur cette photo, à l’occasion de l’organisation de la fête de la bio régionale sur la ferme de Guy, des parcelles de démonstration ont été mises en place.

  18. Guy a 55 ans et commence à envisager sa fin de carrière. Il a deux fils qui ne travaillent pas dans l'agriculture. Sa préoccupation dans les années à venir sera de trouver un successeur pour transmettre l’exploitation en bio. Elle doit permettre à deux personnes de vivre décemment avec un outil de travail fonctionnel.

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