Sagnol, Afrique et idées reçues

Ma modeste contribution au sujet des déclarations de Willy Sagnol qui, lors d'une rencontre avec les lecteurs du journal Sud Ouest, a déclaré vouloir "recruter moins de joueurs africains".

Pour apporter un point de vue différent. Celui d'un passionné de football, de ses tactiques, ses transferts, son économie, sa culture ou sa communication. Celui d'un (très modeste) connaisseur, qui n'a pas du tout été choqué par les propos de Willy Sagnol, ni ceux de Laurent Blanc sur les quotas il y a quelques années, malgré d'évidentes maladresse quant à la formulation des propos. 

Effectivement, c'est ainsi, le joueur africain est souvent "moins cher". Ce n'est pas du mépris. Les jeunes joueurs africains, dont les pays sont moins pourvus en infrastructures de formation et où les championnats locaux sont plus faibles qu'en Europe, sont très, très nombreux à vouloir intégrer les centres de formation français et européens. Passons les détails, le football, cela plait ou non, est une économie, un marché, dont les joueurs font partie. Comme dans tout marché, ce qui est surreprésenté est moins cher. Mécaniquement, le joueurs africain est donc moins cher. Car il afflue massivement et ne peut pas être retenu dans les clubs locaux. Même lorsqu'il a du talent, il est moins cher. Un titulaire en équipe d'Algerie, du Cameroun ou de Côté d'Ivoire -équipes nationales souvent talentueuses mais toujours en quête de résultats probants en coupe du monde - est moins cher qu'un titulaire de l'équipe de France, d'Espagne, d'Italie, du Brésil ou de l'Allemagne. Heureusement, cela n'a pas empêché Didier Drogba ou Samuel Eto'o, qui font partie des exceptions,  de contredire ces affirmations.
Le joueur africain est "prêt au combat" ? "Puissant sur le terrain" ? Il y a ici quelques sous-entendus. Mais rien de génétique ni de raciste. 
Un mélange de cliché, le grand black costaud qui court vite, qui se mêle parfois à la réalité. Les idées reçues se nourrissent des clichés, et c'est ce dont il a longtemps été question dans les centres de formation français. Ce sont eux, qui ont privilégié ce profil, à la recherche du "grand black", laissant certainement de côté les petits gabarits africains, tout comme les Français, à l'image de Mathieu Valbuena, aujourd'hui cadre de l'équipe de France mais qui a du construire son parcours de joueur pro en dehors du circuit de formation traditionnel a cause de sa petite taille. Ce sont eux qui ont longtemps été victimes de leurs propres préjugés et recherché chez le joueur africain ces qualités athlétiques, très longtemps à la mode avant d'être remis en question par la domination du football espagnol, qui a tout gagné (en club comme en sélection) à un moment donné en pratiquant un jeu de possession de balle et de redoublement de passes, avec des petits gabarits disposant d'une technique et d'une vision de jeu très au-dessus de la moyenne. 


Ce qui nous ramène aux propos de Laurent Blanc concernant les quotas. Le "combattant puissant" incarné malgré lui par le joueur africain, surreprésenté dans les centres de formation français, s'opposait alors au petit gabarit technique, fin, vif, a l'intelligence de jeu supérieure, cette fois-ci incarné par les joueurs espagnols, ces "petits blancs" (Iniesta, Xavi, Jordi Alba, ou Messi, l'Argentin de Barcelone) qui ont tout gagné.
Où est donc ce racisme, que l'on est censé entendre dans la bouche d'un spectateur visiblement bourré, dans les tribunes d'une ville FN, selon Stéphane Mandard, dans son article paru dans Le Monde ? Quel mépris pour le spectateur et supporter de foot. Quel mépris pour le football tout court. Quelle méconnaissance du sujet. 
Les propos de Laurent Blanc, à l'époque, ne parlaient pas d'autre chose que ça. La France a trop recruté les mêmes profiles de joueurs et devait modifier son approche. Alors oui, le joueurs au profil athlétique et combattant , devient "des blacks" dans la bouche de Laurent Blanc, et c'est bien dommage. Mais cela ne dispense pas tout bon journaliste de prendre du recul et de se poser les bonnes questions. Ni Laurent Blanc, ni Willy Sagnol ne peuvent être soupçonnés de racisme. Même si les propos, rappelons-le, sont maladroits et mériteraient d'être précisés.
L'entraîneur des Girondins de Bordeaux précise ensuite qu'il souhaite recruter moins d'Africains, pour éviter de perdre plus d'un tiers de son effectif en plein championnat, tous les deux ans, au moment où ces derniers sont sollicités pour disputer la Coupe d'Afrique des Nations, compétition majeure pour tout international africain. Nul doute qu'une équipe constituée de nombreux joueurs africains, s'affaiblit considérablement a cette période, un problème que Sagnol souhaite éviter. Une fois encore la logique est sportive et non raciale. C'est aussi cette logique sportive, cette indisponibilité occasionnelle, qui fait aussi diminuer la valeur du joueur africain dans les transferts, surtout lors d'une année de CAN.


Culture et formation 


"Il faut de tout. Des nordiques aussi, c'est bien, les nordiques, bonne mentalité" autre citation qui semble choquer le directeur des sports du Monde. Est il utile de renouveler le raisonnement ? On parle de football. Et de différents profiles de joueurs. Parfois confirmés dans la réalité, parfois pas. Le Brésilien, footballeur technique, créatif, qui apporte ce grain de folie , tel qu'à pu l'être l'ancien joueur du PSG et du Barça Ronaldinho, n'a rien à voir avec l'équipe du Brésil aperçue à la Coupe du monde cet été, disciplinée et mettant l'accent sur l'envie et l'impact physique, une équipe au profil plus "européen". 
Le "Nordique" serait donc un joueur à la "bonne mentalité". Cette caractéristique correspond plutôt à l'expérience de Willy Sagnol au contact des joueurs formés dans les pays du Nord. Mais il n'est pas le seul. Dans un article paru dans Le Parisien le 17 octobre dernier, intitulé "la déferlante danoise", Laurent Schmitt, agent de joueur qui a contribué à la venue de plusieurs Danois en France, explique le choix Pascal Dupraz, entraîneur d'Evian Thonon Gaillard en Ligue 1, de recruter plusieurs joueurs en provenance du Danemark : « Il a tenté le pari de faire signer quatre Danois (Wass, Kahlenberg, Poulsen et Andersen) en 2011. Il savait que c'était d'excellents joueurs avec une mentalité humaine au-delà de la moyenne". Est-ce là une caractéristique génétique du joueur Danois ? Certainement pas. un trait de caractère lié à la fois à la culture et aux méthodes de formations de ce pays ? Sans doute sommes nous plus proches de la réalité, sans oser imaginer que cette caractéristique concerne TOUS les joueurs du Danemark. Lutter contre les préjugés, c'est bien. Mais pas en niant les différences culturelles. 

Les propos de Sagnol ne changent rien aux erreurs commises par les décideurs de la formation française. Ils ne veulent pas non plus dire que le racisme n'existe pas ou n'a pas existé dans le football, à tous les étages. 

Mais ces déclarations devaient simplement être replacées dans leur contexte. 

Boris Massaini

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