Les incertitudes du SOCLE COMMUN : de sa conception à sa mise en place. (Conférence de Dominique RAULIN)

6 novembre 2008 Les incertitudes du socle commun : de sa conception à sa mise en place, premier bilan. Des programmes au socle et l'arrivée des contenus transversaux : on apprend quoi à l'école ? Qui décide de ce que l'on doit y apprendre ?

 

Conférence de Dominique RAULIN, Créateur du bureau des programmes puis Conseil National des Programmes, n'en devient pas directeur en raison de l'arrêt de cette institution : 8 novembre 2005.

 

=> la conférence audio http://www.soclecommun.fr/dominique-raulin.php

 

transcription écrite
1/ Socle commun comme « histoire logique », 2/ comme « contenu d'enseignement » et 3/ « l'évolution rampante ».*
1/ Socle commun comme « histoire logique »
ref. à Claude LELIEVRE (l'idée de socle commun remonterait à Condorcet...)
1937 scolarit é obligatoire jusqu'à 14 ans -front pop.-
1947 Langevin-Wallon -collège de France- : nécessité qu'il y ait une culture commune développée chez les jeunes -on « sort » d'une distorsion collabo/résistants-. Texte extraordinaire, réutilisé depuis.. (ex : enseignement d'une langue étrangère à l'école élémentaire, on a mis 50 à « le faire ». )
1959 Berthoing scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans. Qui décidera 18 ou 19 ans ? …
1974 crise pétrolière, Giscard : « y a du chômage parceque les profs forment mal , pose le problème du contenu d'enseignement mais ne le traitera pas. »
1975 Loi Haby, collège unique
1985 rapport remis à François Miterrand par le Collège de France sur l'état de l'école. ½ page sur les contenus d'enseignement : les cd'e sont vétustes, il faut une instance pour les renouveler.
Si on ajoute quelque chose -mur de Berlin, 11 sept. ...- il faudrait enlever quelque chose ! Mais infaisable quand on essaye de le faire concrètement : ex.: parent furieux qu'on enlève le nom des os en SVT alors qu'il faut ajouter le Sida.
années 1990 Apparaissent ds les textes officiels : difficulté scolaire, pédagogie différenciée... donc autre chose que connaissance disciplinaire. Voir circulaires de rentrée -ou circulaire sur l'accompagnement éducatif, qui ne traite QUE de l'organisation-.
1989 loi Jospin, arracher les programme à la main mise de l'IG. Le Conseil des Programmes devra être indépendant de cet « ancien & unique » régulateur. Dirigé à l'origine par un président d'Université -stats Orsey- le Conseil des Programmes, puis Luc Ferry-philosophe futur ministre- ou Jean-Didier Vincent -neurologue-. Ce CdesP est un acte majeur ! Suivi du fait de le supprimer en mai 2005 !! Puis un Bureau des Programmes : défini enfin ce que sont des programmes et leur mise en oeuvre + l'intérêt des documents d'accompagnement.
Actellement refus des documents d'accompagnement et pas de définition de ce qu'est un programme. Un contenu d'enseignement peut être n'importe quoi. ex. programmes primaires 2002/2008 sont deux textes n'ayant rien à voir ! Audelà même de la nature des programmes on ne sait pas qui a légitimité pour les rédiger -ex : annotations de Bayrou sur la proposition de programmme...-.
Années 2000 veut faire croire qu'on commence à réfléchir, à consulter … Commision Thélot : importance que le pouvoir politique a donné à cette commission. Remise officiellle de ce rapport devant caméras au premier ministre (et non au premier ministre dans son bureau comme s'étais le cas avant). Il n'y a RIEN qui ait été traité du contenu de ce rapport depuis qu'il est sorti -voie professionnelle, formation des enseignants...- . On revient en arrière : il n'y a pas besoin d'instance particulière pour s'occuper des contenus d'enseignement. Arrêt symbolique de « l'intérêt » pour les cd'e avec la disparition le 8 novembre 2005 du Conseil National des Programmes -22 personnes, surtout enseignants de l'école à l'université, quelques personnalités extérieures-(jean hervé « Lorenzi »... cercle des économistes, J-D Vincent...) avec la création du Haut Conseil à l' Education – 9 personnes : 3 désignées par le président de la république, deux personnes par les trois instances de discussion/conseil cad parlement/assemblèe nationale, le sénat, et le Conseil Economique et Social ; le président de ce Conseil nommé par le président de la république parmis ces 9 personnes. Ya donc actuellement le président de BNP-Paribas : quelle connaissance a t'il du système éducatif par rapport au CNP ? Rien à voir... Les Cd'e ne sont plus la priorité
30' Socle Commun des connaissances et compétences : décret du 11 Juillet 2006
perspective historique :
Structures : 1974 réforme de structure Haby + VGE prennent la décision d'unifier les premieres années de l'enseignement secondaire (chômage=>remise en cause de l'école). Pas assez de diplômés bac+2 donc « élargissement de la base de recrutement ». Mettent à la mode la méritocratie.. la question des contenus est éludée, demandant à des enseignants de généraliser les connaissancves qui s'adressaient avant à environ 17% d'élèves, destinés au lycée... + carte scolaire, car plus de raison de devoir choisir son établissement // poste...
méthodes 1981 l'élève au centre du système. 1985 Coll. De Fr. 1989 loi Jospin : les profs doivent revoir leur méthodes d'enseignement.
3 leviers dans nos classes : Structures, méthodes & contenus. Nous sommes à l'aube d'un cataclysme : l'évolution de la notion de contenu d'enseignement.
2/ « contenu d'enseignement »
Les contenus d'enseignement défini dans une loi, 4 ex. : de 1882 Jules Ferry scolarité obligatoire : lire écrire, compter. Jusqu'à 2005 socle commun MAIS s'ajoute le Libre exercice de la citoyenneté, c'est à dire la possiblité de contester le pouvoir en place ! C'est l'évolution essentielle, ne pas faire des ouvriers dociles sachant lire...
débats à l'assemblée sur le SC : nécessité d'une culture humaniste ET aussi scientifique pour former des citoyens critiques. C'est un cd'e hyper ambicieux ! C'est pas le bagage minimum, c'est AUSSI un citoyen. 53' (1985 Tatcher a défini son SC mais aucun esprit critique ! // Italie 1998/99 Soclo Duro déchiré par Berlusconi). On est les héritiés des collèges des jésuites, un enseignement lié aux Humanités. Citoyenneté et Culture humaniste ET scientifique, voilà les deux révolutions. Programmes : mot « culture » abscent sauf en seconde G&T sous la forme de « culture générale », mais on se garde bien de le définir.Quand aux BEP, comme ce sont de futurs ouvriers, pas de rééfrence à la « cullture ».
Les lois doivent être suivies de décrets d'application -ex. avt derniere loi sur les handicapés pour laquelle aucun décrets d'application a été pris...- 16 mois de gestation pour le SC, car facile de s'entendre sur les lois, plus difficiles de construire leur application.
7 compétences du décret :
ds la loi 5 + ordre changé -ex langues passent de la 4éme à le 2ème place- la culture, c'est la culture « classique » de Jacqueline Worms de Romilly. Et les maths « collés » à la culture scientifique : Dans la pyramide des sciences d'Auguste Comte, les maths sont au dessus. L'école est traversée par les Humanités.C'est une vision de la culture patrimoniale, le latin et le grec... le signe du conservatisme de notre école. On a enseigné en latin avant de rendre obligatoire la cluture scientifique.
62' Reste les 2 dernieres : Compétences sociales et civiques // pythagore ou Clovis.
Autonomie et initiative : le premier ministre s'est adressé à Bruno Racine pour lui demander de rédiger ce décret. Le président du HCE a répondu que ce n'était pas leur boulot, qu'ils donnaient des recommandations...
=> Ces deux dernières compétences sont fondamentales pour la réussite scolaire. Et c'est surtout sur ce registre là que se fera la bascule de décision pour ce qui est de l'orientation, des décisions de conseil de classe.
Critique des indicateurs de la Direction de l'Evaluation & de la Prospective. Préfère participation aux élections des 18/25 ans. Pour avoir fait en 1996 les programmes d'éducation civique, constat d'échec cuisant : c'est la tranche d'âge où on vote le moins ! Pareil pour la nutrition -du primaire au collège- alors que l'obésité ne fait que progresser.
76' Trois sous-parties aux compétences : connaissances, capacités et attitudes. Répartition inspirée de l'Europe . On ne peut pas mettre aptitude dans les cd'e ds la mesure ou une aptitude serait innée. Sortir du débat Finkielkraut /connaissance contre Mérieu/capacité.
les attitudes permettent de finaliser, de justifier les cd'e.
Par rapports aux textes européens on a des similarité de termes mais on est pas du tout dans le même registre. Au niveau européen c'est : Comment préparer qlq1 à être un bon agent économique... pas en France.
Nouvelle discipline 86 la technologie sous Chevènement. : des profs de couture (EMT) se sont mises à enseigner la technologie actuelle, qui remplace donc les activités manuelles antérieurement pratiquées...
Le pouvoir légilatif -parlementaires-a été remarquable mais le pouvoir exécutif -subissent des pressions- n'a pas été courageux. /SC Tant qu'on sera dans une logique de défense des contenus disciplinaires, on en sortira pas : aucun cd'e ne s'impose de manière absolue.
3/ « l'évolution rampante ».
La « distribution » des disciplines est purement arbitraire ex. géo : HG alors qu'en angleterre SVT/H. Chimie-biologie aurait plus de sens épistémologique que Physique-chimie.La liste de nos domaines disciplinaires est complètement arbitraire et donc n'a aucune légitimité à rester en l'état, et leur organisation on ne peut plus flou.... On commençait phys-chimie en seconde, puis a partir de la 6ème, ouis 4ème, puis 5ème... // latin. En italie, prof de maths est celui d'arts plastiques-bivalence-.
100' Les enseignements transversaux : B2I, éducation à la santé, à la sexualité, à l'image ..pas de prof... développement durable : circulaire selon Mr bidule, voilà ce qu'est l'environnement et le développement durable : quelle légitimité ? ...alors que vous ne retrouverez jamais dans un programme la référence à une personne, puisqu'il s'agit d'un consensus. + Quelle est la légitimité du prof qui accepte de s'en occuper ? Aucune ! Pourquoi je vais enseigner le développement durable ? En tant que militant dans une activité extérieure. Ces profs interviennent non pas pas dans leur professionnalisme de leur discipline mais sur des bases militantes extérieures à l'école.
Le bijoux : la sécurité routière : décision du politique -stats morts jeunes sur les routes-, vous ne verrez jamais çà dans les programmes disciplinaires. Ces savoirs transversaux partent directement du pouvoir éxécutif. Ce sont des contenus définis par le pouvoir éxécutif et non pas législatif.
3 "filtres" :
1- Statut réglementaire, 2-le mode d'élaboration & le traitement administratif :
1- les programmes disciplinaires sont des arrêtés <=décret<=loi
105' 2- éloborés par des experts de la discipline.
3- passe devant le Conseil Supérieur de l'Education -93 personnes-
==> peu d'évolution des contenus... conservatisme domine // logique disciplinaire. Des profs agréés
1- les enseignements transversaux, une circulaire, peut être défaite par le ministre sans consulter personne.
2- çà vient de n'importe où -développement durable-... commande d'1 premier ministre, du président de la république -sécurité routière- , donc n'importe qui … donc ephémère et fragile sur le plan scientifique.
3- une signature administrative...directeur général de l'enseignement scolaire par ex.
==> beaucoup de nouveautés -au moins un par an- , en fonction des événements sociaux dont on ne sait trop quoi faire -sida, morts au volant, environnement, alcoolisme, toxicomanie...- et n'importe qui peut l'enseigner ! D'où disparités des contenus d'un collège à un autre.
Rien à voir avec le socle commun !
109'3 1- le socle commun un arrété.
2- Conseil de l'Education et
3- passage devant le CSE
! Attention ! : les études de la DEP montrent que ce qui intéresse le plus les élèves, ce sont les enseignements transversaux : pas de profs mais qui répondent aux préoccupations extérieures à l'école. Enfin un lien avec la « vraie vie »...
Le problème en france c'est qu'on définit le quantitatif -combien d'heures de maths par semaine- et ensuite un grpe d'experts disciplinaires essaye de donner un contenu pour le taux horaire donné. Et légitimement les profs peuvent avoir à remettre en cause la légitimité des choix -arbitraires- opérés.
Cloisonnement des disciplines pas assis sur le plan épistémologique. Très rarement des liens entres programmes -term ES en éco référence est faite aux maths, ex. rare-. Et traitement programmes 5ème H-G.
118' Plusieurs ministres ont fait remarquer qu'on focaliser trop sur un type d'intelligence. ex. LANG, sur-évaluation de l'écrit. Qualité de la rédaction fortement prise en compte en maths. Alors que la création est sous-valorisée.
Faut il garder les enseignements disciplinaires ? On en a diminué le temps, depuis 30 ans et ds ts les pays.
Les programmes sont imprécis : rien sur les niveaux d'exigence ! Maîtrise des 4 opérations a la fin du CM2 çà ne veut rien dire ! Il suffirait de dire un contenu pour dire ce qui va être fait ds l a classe, c'est faux. A quoi servent des programmes ainsi définis? Abscence du lien entre programme et évaluation. ex. bac.
Quelle posture intellectuelle veut-on développer ? Telle était la question du parlement. C'est au pouvoir législatif qu'appartient de définir cette question, pas à l'exécutif.
Comment ces postures intellectuelles vont être développées à travers les disciplines ? Et par extension quel savoir mettre en œuvre, à travers telle discipline, pour atteindre cet objectif ? On est totalement à l'opposé de la logique actuelle de définition des contenus d'enseignements, qu'ils soient disciplinaires ou transversaux.

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