migrante et confinée

Migrantes en quarantaine

2 poids 2 mesures, la même mesure ne s’applique pas aux humains en toute égalité; d’ailleurs, quelle égalité?

Une femme hébergée en foyer, seule dans une chambre. Un jour, « avant », « distraite » par ses souvenirs traumatiques, elle a laissé bruler sa casserole, les hommes ont crié après elle: elle n’ose plus aller à la cuisine. Dans sa chambre, un pauvre vieux téléphone réfugié avec elle. Ce n’est pas un smartphone qui permet de se connecter au monde entier. Pour elle: rien! Elle n’a pas non plus de télévision, pas de radio. Elle sait lire mais n’a pas de livre. Elle qui déjà avait peur dans la rue, ne sort plus de son foyer, puis de sa chambre, puis de son lit. Comme « les vieux » de la chanson de J.Brel: « de son lit au fauteuil et puis du lit au lit ». Elle est une de ces abandonnées de la quarantaine.

Une autre femme, seule, mais elle habite dans un studio dans un habitat collectif. Elle dit avoir la chance d’un jardin en bas de chez elle, où elle sort 2 fois par jour. Elle dit ne rien faire dans ses journées.
Pourtant, elle fait le ménage, fait la cuisine, … et puis elle fait aussi de la gymnastique chez elle tous les jours… et puis elle lit aussi, mais c’est plus difficile parce que les souvenirs traumatiques d’une autre vie se réveillent, et se rappellent à sa conscience, ils ne restent pas confinés ceux-là. Les souvenirs l’angoissent, elle arrête de lire. Mais elle a une voisine, avec qui elle parle, en «  respectant les distances ». Et elle fait un peu la cuisine pour cette voisine, et puis aussi pour les autres voisins, et du pain.. et des gâteaux… Et puis, sa voisine lui a appris à faire du crochet, lui a donné de la laine, elle confectionne une écharpe, et ça, c’est un nouvel acquis, un nouveau savoir. Mais elle dit qu’elle ne fait rien? rien de tout ça n’aurait de valeur?
C’est en effet une conscience bien installée chez ces femmes que tout ce qu’elles font n’a pas de valeur.

 

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