RENVOYONS LES MIGRANTES A LA MORT ?!

Certains parcours de vie ne sont que des marches successives vers la mort: celui de milliers et des milliers de femmes de par le monde.
Leur enfance a pu être à peu près préservée, si l’on excepte l’excision, les scènes de violence vécues par leur mère, la scolarité oubliée ou vite interrompue pour un mariage à l’adolescence, évidemment non choisi. Ce mariage forcé est suivi d’une série de viols, violences, coups, blessures par couteaux, coups de fouet avec des cables électriques, brulures de cigarettes, mutilations sexuelles, sévices plus ou moins apparents sur les visages mais bien présents dans le secret de leur corps. Sans compter les violences verbales, et les menaces de mort. La mort du mari peut être pire encore, avec un mariage forcé avec le frère défunt, les viols encore…Homosexuelles, leur vie sera similaire, mais si l’homosexualité est découverte, ce sera la prison, les viols pour bien apprendre ce qu’est une vraie bonne hétérosexualité, les menaces de mort, la torture. Ou la mort aussi, par lapidation, sous les yeux de la compagne*.
Alors certaines trouvent les ressources de fuir la violence de ces groupes familiaux et sociaux. Et ça serait une migration économique? pour prendre le travail d’autres humains?
La migration sera une nouvelle marche vers l’horreur: l’angoisse, la terreur, les meurtres de camarades de véhicules ou de bateaux, les viols encore, la séquestration parfois…
L’arrivée en Europe serait la fin de ce cauchemar? Peut-on penser que les longs appels au 115 débordé, la recherche jour après jour d’un lieu où dormir, l’errance diurne avec ses pauvres sacs dans l’attente du soir, les nuits sur le sol d’une cuisine chez l’hébergeant d’un soir, les nuits dehors ou dans les sous-sols des hôpitaux à la merci des prédateurs, soient la fin du cauchemar?
Quasi-impossibilité de faire reconnaitre un droit d’asile, délais sans cesse repoussés: purgatoire sans fin, ni vie, ni mort…
L’impossibilité de travailler sans papiers fait enterrer le projet de faire venir les enfants, et surtout les filles restées au pays: désespoir, idées suicidaires, terreur permanente d’être arrêtée, auxquels s’ajoutent tous les symptômes traumatiques qui vont compliquer les démarches: crises de panique responsables d’oublis, de désorientation qui font qu’elles ne seront jamais au bon endroit au bon moment et entendront: « on ne croit pas votre histoire, revenez avec d’autres témoignages».
Pensons bien à ces chiffres: 109 000 migrants par an,1 migrant sur 4 (!) seulement se voit reconnaitre le statut de réfugié; 63% sont diplomés, ce ne sont pas les plus pauvres qui partent, mais ceux qui ont des ressources financières et une incroyable force de vie. Parmi les réfugiés accueillis 1 sur 2 est une femme = un envahissement?
Pensons par ailleurs à nos campagnes désertifiées, à nos vieux délaissés: ces femmes qui connaissent bien la mort s’en accommoderaient.
Nous, humains français, voulons vraiment leur refuser le droit d’asile et les renvoyer à la mort parce qu’elles ne rentreraient pas dans un « quota » choisi?

*témoignages tous véridiques issus de la consultation à la Maison des Femmes de St Denis (93)

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