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Billet de blog 2 avr. 2011

Le faux problème du redoublement.

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Les enseignants assistent, incrédules, aux critiques et aux assauts venant de toutes parts contre : "les redoublements de classes". La cour des comptes dénonce les redoublements… La gauche promet "des collèges sans redoublements". Les statisticiens nous le jurent : les redoublements sont inefficaces. Bien, mais quel est le remède ?Comme le redoublement accompagne régulièrement un ensemble de trop mauvaises notes, et réciproquement, pourquoi ne pas critiquer les mauvaises notes ? Que l'on nous promette des collèges sans mauvaises notes. Il suffira de supprimer les notes. En réalité, les mauvaises notes signalent une compréhension ou une assimilation insuffisante du cours. La voie la plus directe pour remédier s'impose par conséquent : il faut supprimer toute exigence d'assimilation du cours. Ce serait Ubu et son décervelage. Mais personne ne veut cela. Reprenons donc depuis le début.Certains élèves, à n'importe quel âge, que ce soit le CP, le CM1, la classe de quatrième ou celle de première scientifique, et dans n'importe quelle discipline : français, mathématiques, langues, sciences, manquent quelque chose d'essentiel. Cela peut-être la connaissance des tables de multiplication, la distinction entre les temps du verbe, la distributivité, la définition de la cellule vivante, etc.Cela va constituer ce qu'on appelle une "lacune". On peut espérer qu'elle sera comblée par l'étape suivante, mais les programmes sont faits de telle sorte qu'en règle générale, l'enseignant ne revient pas sur ce qui est supposé bien connu. Lorsqu'il y a beaucoup de grosses lacunes, l'élève est irrémédiablement noyé et incapable de profiter du cours. On peut imaginer une pédagogie qui soit capable de repérer ces lacunes et de les traiter, même une année ou deux années plus tard, mais la mettre en œuvre demande de gros moyens : l'étape de la détection n'est pas triviale. Et la remédiation prend du temps, ce qui entraîne un retard et souvent un manque dans l'assimilation des nouveautés du programme. Et puis parlons clair : s'il faut éviter les redoublements pour faire des économies, ce n'est pas pour mettre en place une détection et une remédiation encore plus couteuses, mais seulement la promesse de celles-ci.Comme souvent, les comparaisons internationales ne viennent ici dans le débat que pour embrouiller l'esprit critique. Quel sens peut-il y avoir à relever qu'il y a moins de redoublements dans le système éducatif allemand, ou néerlandais, quand dans ces systèmes plus de la moitié des élèves entrent dans l'enseignement professionnel entre onze et treize ans ? Les Allemands conduisent moins de quarante pour cent des jeunes à l'Abitur (le baccalauréat) contre plus de soixante cinq pour cent chez nous, au prix de quelques redoublements… La comparaison ne vaut rien.Il est pourtant vrai que le redoublement peut constituer une absurdité, mais on n'y portera remède que par un ensemble de mesures de modernisation de notre système éducatif. D'une part, et pour le dire brièvement, pour avoir moins d'échecs, la bonne voie ne consiste pas à diminuer les exigences, mais à multiplier les occasions de succès. Que le collège soit moins "unique", que l'offre pédagogique soit élargie et comporte, dès l'âge de treize ans, davantage d'options techniques et pratiques, ainsi que des options plus littéraires et plus scientifiques, non pour tous, mais pour tout ceux qui le désirent et en montrent la capacité. D'autre part, il faut moderniser les techniques d'évaluation, de manière à mieux détecter les lacunes, quand il est encore temps de les combler.

Enfin, on évitera les redoublements de classe ….en abandonnant le cadre classe. Il faut qu'un élève qui a atteint le niveau requis (celui qui lui permettra de suivre avec profit le niveau suivant) dans une discipline donnée puisse poursuivre dans cette discipline et que celui qui ne l'a pas atteint soit astreint à une remédiation de manière à l'atteindre. Les choses fonctionnent de cette manière dans le système scolaire Quebecois, ce qui, à tout le moins, prouve que c'est concevable. On peut être en "4" pour le fançais, en "5" pour les mathématiques, etc.

Autrement dit que l'on avance en français, en mathématiques, en technologie, en histoire, en sciences, par discipline, et non par classe. Cela permettra d'oublier la notion absurde de moyenne, puisque c'est elle qui aujourd'hui fait qu'un collégien ayant 12 en maths et 7 en français, éventuellement, redoublera, (car il n'a "pas la moyenne") tandis que celui qui a 7 en mathématiques et 14 en histoire passera (éventuellement) dans la classe supérieure, dans les deux cas en reportant sur l'avenir toutes les conséquences de ces absurdités. Voilà, très schématiquement, sur quoi, nous semble-t-il, il faudrait faire porter la réflexion si l'on voulait réellement, non pas "faire disparaître les redoublements", mais améliorer l'efficacité de notre système éducatif.Jean-Pierre Boudine est l'auteur, en collaboration avec Antoine Bodin, de l'ouvrage "Le Krach Educatif, 32 propositions pour tenter de l'éviter" (l'Harmattan 2010).

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