Des fleurs de Bach pour un placard (Partie 1)

Hôpital- France Telecom, même combat ? Cadre administratif dans une administration hospitalière, en arrêt pour burn-out, cause harcèlement. En pleine crise sanitaire. Début juin, j'apprends par hasard la réorganisation du groupement hospitalier et la suppression de mon poste de l'organigramme.

"Et puis, vous pouvez essayer les Fleurs de Bach aussi, ça peut vous faire du bien". Conseil de la psychologue du travail appelée pour un suivi burn-out, au début du confinement. Les Fleurs de Bach pour se remettre de la maltraitance institutionnelle. Renvoyer l'épuisé professionnel à sa responsabilité individuelle. Appuyez vous sur vos ressources, remplissez ce questionnaire de risques psycho-sociaux. Voyez vos amis, faites du sport. Des mois que la psy minimise la pression subie. J'ai regardé Christophe André sur Youtube, j'ai médité en pleine conscience. Elle m'a appris comment respirer pour calmer les crises d'angoisses. Du Petit Bambou tous les matins au réveil à 5 heures du mat'. J'ai lu la fiche sur l'affirmation de soi, comment gérer un conflit, que les circonstances sont neutres et que la communication c'est du 50/50. Bref,  elle a cherché à traiter les symptômes, sans soigner le mal. Le comble, quand on travaille dans un hôpital.

Je me suis remise en question, cherché où était l'erreur, pourquoi les autres ne craquaient pas. Pourquoi moi ? Des années de pression, de harcèlement en bonne et due forme. La veille du confinement, j'ai dit stop et  claqué la porte au nez de mon chef tyran. Avant, j'ai dit merci et au revoir. Un claquage de porte de fonctionnaire poli. Et je me suis effondrée en pleurs. 

Le soir même, chez moi. Macron à la télé qui annonce la fermeture des écoles. Mes filles ravies qui courent partout en chantant "Nous sommes en guerre, nous sommes en guerre." Je peux lui dire adieu à mon arrêt maladie ressourçant. Et puis la France se confine, mon service passe petit à petit au télétravail. Petit à petit,  parce qu'on est très réticent, parce que des fonctionnaires qu'on ne peut surveiller, sûrement ça ne va pas travailler.

Alors, je me dis, tout l'effort sera tourné pour la lutte contre le co-vid. Les soignants sont des héros. Mon service logistique supportera l'effort de guerre. Même si mon hôpital n'est pas ce genre d'hôpital, avec réa etcetera. Une collègue me dit qu'on demande des volontaires pour la blanchisserie, la restauration, si les troupes venaient à se décimer. Des cadres administratifs, des secrétaires qui feraient la cuisine ou nettoieraient le linge ? Tout le monde répond présent, des héros on a dit. 

Au bout de deux semaines, je n'en peux plus. Je tourne en rond, regrette mon bureau, mon ordi et les trajets en train où je peux bouquiner. Ma tranquillité. Usée par les ateliers pâtes à sel et pâtisserie. Je veux y aller, moi aussi, je veux en être, en découdre, être une héroïne, affronter le virus sans masque. Même pas peur. La psychologue me dit," hum, reposez-vous, attendez le déconfinement".

Je réfléchis, je me dis qu'il faut que je me trouve un autre boulot. Trop naze l'ambiance à l'hôpital, faut trouver une porte de sortie. Moins stressant, moins harcelant. J'envoie des candidatures et je passe des entretiens. En chaussons. Je fais chou blanc.

Mi juin, j'ai revu des copains, on est allé à la mer et dans la forêt. Je me suis fait un resto et ai pleuré de joie en allant conduire les enfants à l'école. Classique. Accessoirement j'ai même revu mon psy. Le vrai, pas celle en carton de l'hôpital. Avec un diplôme offficiel, pas une certification de coach de vie. Il avait arrêté son activité pendant le confinement. L'héroïsme c'était pas son truc. Le déserteur direct. Son premier jour, il m'a dit qu'il était heureux de reprendre. Dans mon état, j'aurai pas bien aimé entendre l'inverse. Il ne me parle pas méditation, les Fleurs de Bach, jamais entendu parler. Il s'indigne lui, des agressions gratuites, des consignes absurdes et des guerres d'ego. Juste comme il faut.

Mi-juin, je suis retapée.  J'apprends par hasard que les 3 hôpitaux du Groupement hospitalier de Territoire sont passés en direction commune. Que les cartes sont redistribuées avec de nouveaux organigrammes. Des répartitions sans trop réfléchir, suivant les alliances et les antipathies. Une logique digne du traçage des frontières de l'Afrique colonisée. 

Je me dis, c'est ta chance gamine. Débarrassée de ta chef tyran, le come-back est possible. Et puis un jour, je me balade dans le petit bois à côté de chez moi. J'appelle ma collègue pour notre conversation hebdomadaire. Sa réponse, quand je lui demande l'air de rien ma place dans le nouvel organigramme.

"euh"

"euh. je pense que si tu revenais, ils seraient bien embêtés".

Le choc. L'hôpital des héros. Qui sauve des vies. Mon hôpital n'était donc pas entièrement tourné vers l'effort de guerre. Des directeurs adjoints privés de réunions à longueur de journées. La nature ayant horreur du vide, fallait bien les occuper. Alors, ils ont trouvé. Comme vous peut être dans votre maison, ils ont trié, classé, réorganisé et...jeter. Ne me trouvant plus d'utilité, je faisais partie des déchets.

A suivre...

 

 

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