Bercy-Charenton : un quartier dans l’ère du temps et pour le futur ?

Organisée par France urbaine, la 19e Conférence des Villes, tenue le 18 septembre à Paris a pour thème : « L’engagement des villes en actes : solutions et innovations au service des citoyens ». Citoyen.ne.s du 12e, nous réclamons la révision du projet Bercy Charenton et proposons des réponses aux nouveaux enjeux des villes.

Zone de près de 80 hectares situé au sud du 12e arrondissement, le futur quartier Bercy-Charenton devient le symbole d’une vision archaïque de Paris.

Le projet imaginé et déjà débattu en 2009 ne tient pas compte de l’urgence climatique et des nouveaux besoins urbains.

 Le projet actuel, validé, comprend des futurs tours superfétatoires d’une hauteur de 180 mètres destiné à accueillir 210 000 m2 de bureaux, des commerces (18 000 m²), des hôtels (12 000 m²). Et tout cela alors même qu’un tiers de la superficie des bureaux parisiens sont disponibles et que le Grand Paris devrait combler ces besoins !

De plus, la zone se caractérise par une surexposition générale à la pollution automobile. La teneur moyenne annuelle globale en dioxyde d’azote s’élève à 46 μg/m3 alors même que la valeur limite réglementaire est de 40 μg/m3. Vouloir en faire un nœud de désenclavement de l’échangeur de Bercy ne parait donc pas probant aux vues de cette pollution connue.

En outre, ce projet n’est en rien « corrélé » au futur projet de la municipalité de Charenton. Bien en avance sur notre programme, le projet urbanistique de cette ville, avec une destination de 60% de l’espace dédiés à des activités économiques (bureaux, commerces et hôtels sur 227 000 m²) réponds déjà à d’éventuel besoin ou demande. Ainsi, vouloir reproduire en miroir ce projet sur notre rive (de l’autre côté du pont) serait une absurdité.

 Les Parisiennes et Parisiens appellent à une ville des familles, une ville où chacun.e puisse s’épanouir dans un air plus respirable.  Dernier espace d’ampleur disponible, Bercy-Charenton doit incarner l’ambition d’une ville verte, inclusive et innovante. Elle doit être saisie pour y inscrire un futur en cohérence avec les défis sociaux, environnementaux et urbains actuels. Capable d’amoindrir les effets du réchauffement climatique, ce nouveau quartier sera un exemple de résilience ou la gestion de l’énergie et les espaces verts sont prépondérants sur le bitume et le béton qui rendent l’air irrespirable.

  • Un futur éco-quartier pour toutes et tous

Pour que chacune et chacun puisse bien vivre, le futur quartier doit proposer des logements diversifiés à haut standing énergétiques et des services de proximité comme des Terrains de football, des Piscines municipale (nous en sommes sous-dotés dans l’arrondissement). Des services d’accueil de types : Crèches, Protection Maternelle et Infantile, Maison de retraite, des maisons ou Centre de santé pluridisciplinaires.

 Afin d’absorber l’impact des fluctuations climatiques Bercy-Charenton doit éviter une forte bétonisation et faire de l’intégration de la biodiversité une priorité. Pour cela l’implantation de végétation arborés en doublant la surface de m² par habitants est indispensable ou du moins des sols désartificialisés.

Ces îlots de fraîcheur avec des arbres et des espaces verts, s’accompagne d’une gestion de l’eau et des sols intelligentes. De la chaleur pour l’hiver grâce à la géothermie et les activités logistiques souterraines. Autonome énergétiquement ce quartier devrait donc déployer des solutions durables expérimentés et éprouvés dans d’autres métropoles.

 Enfin, un tiers-lieu innovant de type “fab lab” (laboratoire de fabrication) agro-écologique agira pour l’alimentation de demain, la réduction des déchets et à la sensibilisation des parisiennes et parisiens. Regroupant start up, asso et habitants, le fab lab sera un acteur prédominant du futur quartier.

Cet espace à double vocation entrepreneuriale et associative, sera aussi un lieu d’échange et de participation citoyenne. Il favorisa l’accès à tous aux solutions des défis d’aujourd’hui.

  • L’opportunité d’un pôle logistique multimodal aux portes de Paris

L’accès au périphérique, à la gare de Bercy ainsi qu’à la Seine fait de Bercy-Charenton un lieu idéal pour permettre la création d’un pôle logistique multimodal et répondre au défi d’un Paris moins pollué. Ce pôle doit tenir compte de l’ensemble des possibilités de transports comme le fluvial qui n’est pas mis en avant dans le projet initial.

 

Pour l’exemple, aujourd’hui, seulement 15% des déchets de chantier sont évacués par la Seine. Bercy-Charenton apparaît comme le maillon nécessaire pour augmenter le flux maritime et désengorger les routes[1].

L’accès fret sur la liaison Paris-Sud Est doit permettre également un accès à la ville comme le faisait le Perpignan-Paris pour alimenter le marché de Rungis ou pour permettre l’apport de marchandise depuis Marseille, le 1er port français (Pour rappel, il y a deux gares dans l’arrondissement : La gare de Lyon et de Bercy).

Le futur « pôle logistique » aura pour mission de répartir/dispatcher et d’optimiser les livraisons dans Paris par la route ou le bateau, après un acheminement par train ou camions.

Un avenir pour une capitale sans poids lourds passe par une modernisation des moyens de distribution intra-muros. Cette zone deviendra le point d’entrée et de sortie de référence dans Paris.

En outre, alors que d’aucuns souhaitent la transformation voire la disparition du périphérique, ne pas tirer partie de ce lieu pour promouvoir de nouvelles mobilités et transports serait déraisonnable.

Bien entendu, l’ensemble des actions du projet serait générateur « d’emplois environnementaux », directement en lien avec la transition énergétique et écologique.

Ces pistes de réflexions pas exhaustives permettent de (re)penser le projet à l’aune d’une ville résiliente en capacité d’absorber les futurs besoins et en liens avec le futur décloisonnement de Paris. Vouloir repenser à l’heure du télétravail, de la dématérialisation et des canicules à répétition, cette ZAC sur le modèle de la « Défense » serait extravagante.

Revoir ce projet en lien avec les villes limitrophes afin de créer des synergies mais aussi des complémentarités voilà la première des innovations.

Paris, par le biais de cette future réalisation doit être le précurseur de propositions novatrices et pratiques pour l’ensemble du monde. La contribution et les projets ne doivent plus concerner uniquement les habitants intra-muros de la ville. Car Paris Ville Monde n’appartient pas uniquement aux Parisiens. Notre ambition, Rendre concrètes les solutions au service des citoyens, en faveur de la transition environnementales, en y incluant une réelle mixité sociale !

 

Brahim Bouselmi (Président du club Res Publica et auteur du livre : le vote a-t-il encore un avenir ? Ed Ex-Libris)

Maximilien Ripoche (Chef de projet en organisation)

Louise Espinas (Consultante dans le secteur public)

 

[1] (Source haropa https://www.haropaports.com/fr/paris/grand-paris )

 

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