Antisionisme versus antisémitisme

Alors que le président Macron envisage d’assimiler antisémitisme et antisionisme, je me suis penché sur ces deux termes pour en comprendre les nuances. Pour cela je suis revenu à quelques définitions de base glanées dans les dictionnaires et encyclopédies et en faisant référence à des historiens contemporains.

Sémitisme : Ensemble des caractères propres aux Sémites (peuples provenant d'un groupe ethnique d'Asie et qui occupent le Proche-Orient), à leurs traditions, à leurs langues « sémites », notamment juives et arabes.

Antisémitisme : en s’éloignant de sa définition de base, c’est le nom donné de nos jours à la discrimination et à l'hostilité manifestées à l'encontre des Juifs en tant que groupe ethnique ou religieux.

Juif et judaïsme : être juif n’est pas appartenir à une race, mais pratiquer une religion.

Peuple juif : Selon Shlomo Sand, historien israélien, la notion de peuple juif est une construction nationale israélienne prônée par le sionisme et fondée sur le mythe d’une diaspora juive à l’époque romaine mais qui n’a jamais été attestée historiquement. Selon lui, les descendants des juifs sont en fait les habitants historiques de la Palestine, alors que les juifs d’aujourd’hui constituent une population disparate provenant de diverses régions du monde et convertie au judaïsme.

Le sionisme est une idéologie politique récente, fondée sur un sentiment national juif, prônant l'existence d'un centre territorial ou étatique peuplé par les Juifs en Terre d'Israël. Son principal théoricien est Theodor Herzl qui publie Der Judenstaat (L'État des Juifs) en 1896. David Ben Gourion (1886, 1973) en fut l’un des principaux artisans.

L'antisionisme désigne historiquement l'opposition au projet sioniste. Aujourd’hui il définit une opposition à la politique israélienne fondée sur le ségrégationnisme entre populations juive et non-juive et le refus de voir accorder aux palestiniens des droits équivalents à ceux de la population juive. Cette politique colonialiste cantonne les palestiniens sur un territoire de plus en plus restreint, morcelé et isolé du monde.

En conclusion : il est impératif de condamner fermement l’antisémitisme qui caractérise une hostilité à l’encontre des personnes de religion juive, de même que pour toute autre discrimination portant sur l’appartenance à une religion ou une ethnie particulière. Par contre, le sionisme étant une idéologie politique, il est critiquable au même titre que l’impérialisme, le communisme ou le capitalisme. Assimiler l’un à l’autre revient, à soit à nier l’horreur de l’antisémitisme, soit à interdire toute critique à l’encontre de la politique sioniste ségrégationniste de l’état d’Israël.

Références :

- Mireille Hadas-lebel, Professeur à l’université de Paris IV-Sorbonne où elle enseigne l’histoire des religions, membre du Comité Directeur de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France.

- Shlomo Sand , est un historien israélien spécialisé dans l'histoire contemporaine. Il fait partie des nouveaux historiens israéliens. Il est professeur à l'université de Tel Aviv depuis 1985. Auteur de l’ouvrage « Comment le peuple juif fut inventé ? », prix littéraire en 2009 qui récompense un ouvrage politique ou historique sur la période contemporaine. https://www.youtube.com/watch?v=rDUee2eTnb4

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