Y-a-t-il passage de relais" entre les Gilets Jaunes et les militants syndicaux ?

PEUT-ON PARLER DE SIMPLE "PASSAGE DE RELAIS" ENTRE LES GILETS JAUNES ET LES MILITANTS SYNDICAUX DU 5 DECEMBRE ?

Sur son blog, Juan Branco analyse le mouvement du 5 décembre,comme "un passage de relais" entre des Gilets Jaunes exténués et des militants syndicaux "frais", "prêts à en découdre". La réalité est plus nuancée, voire plus complexe.

Selon moi, deux projets sociaux s'entremêlent dans la mobilisation du 5 décembre :

1)-Un projet de "gauche classique" petit-bourgeois, managé tant bien que mal par Martinez, et (peut être) Mélenchon : on fait grève 24 heures, et on rentre à la maison, soit une mobilisation sociale in fine indolore pour King Kostard. Voilà pourquoi Macron avoue, via le "Canard Enchaîné", qu'il n'a pas peur de la journée du 5 décembre.

Rappelons d'abord comment la petite-bourgeoisie, en rupture avec le "Peuple de gauche", s'est alliée à la fin des années 70 avec l'oligarchie, "contre" les Classes populaires, analyse Emmanuel Todd, afin de former une société immobile devenue la "Belle au Bois dormant", cf entretien sur le site Atlantico du 1er juillet 2016.

Donc, la "prise de relais" imaginé par Branco entre les GJ (vomis la veille, sous prétexte fallacieux qu'ils votaient tous RN)) et les militants syndicaux sous influence de Martinez, dont la seule préoccupation est de trahir le mouvement social, (tout comme il a trahi contre finances, le mouvement social contre la casse du code du travail, en affirmant de faux chiffres de mobilisation ; 400 000 au lieu de 1 million le 12 octobre 2017) : donc, cette "prise de relais" ne va évidemment pas de soi.

Dans le même sens, Alain Accardo précise dans son ouvrage : "Le petit-bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des Classes moyennes", édition Agone, 2009 :

"l'appétit de pouvoir étant un des ressorts de toute formation politique (dirigeants FI) et syndicale (dirigeants CGT), les syndicats et partis socialistes et travaillistes ont choisi de rentrer dans le giron du système capitaliste, pour partager le pouvoir avec leurs concurrents situés encore plus à droite (Macron)"(sic). Résultat : ils ont laissé tomber la question sociale, les inégalités sociales liées à l'appartenance de classe. Grâce au concours de leurs réseaux et médias éducatifs, la petite bourgeoisie politique a mis en oeuvre un projet d'éradication de toute idée révolutionnaire.

Idée également défendue par Alain Badiou dans son ouvrage : "Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre 2015", édition Fayard 2016, où il déclare : "Mais le but de la mondialisation (heureuse) n'est aucunement éthique, comme les plumitifs le font croire. Ils ont pour but le déracinement si possible définitif de l'idée d'une alternative globale, mondiale, systémique au capitalisme."(sic).

En clair, la classe moyenne intellectuelle a lâché et trahi le Peuple français. Pire encore : au cours de ces deux dernières années, ce "lâchage" s'est accéléré, avec la corruption des directions syndicales, grâce à la loi relative au financement de la vie syndicale. Et la corruption des députés de la FI, grâce au dispositif de financement de la vie politique : 22 millions d euros donnés aux députés de la FI, en plus de leurs indemnités de députés. Résultat : lorsqu' on écoute Martinez aujourd'hui, lorsqu'on lit le blog de JLM, on sent bien que tous les deux jouent "double jeu". Ils ont une arête dans la bouche, lorsqu'ils parlent "social", sujet hier encore tabou !

Pour autant, et comme le dit très bien Danièle Bertrand, les militants syndicaux sont "jaunisés", très influencés culturellement parlant par le volontarisme et la culture de classe brute des Gilets Jaunes. Toute la question est donc de savoir si la "base" syndicale "suivra" le 9 décembre les consignes de retour à la maison préconisées par Martinez.

Ou, au contraire, si la base poursuivra sa mobilisation jusqu'à Noël.

En attendant, Macron a la trouille. Hier, sur France Inter, j'écoutais un député LREM dire : "le 5 décembre, c'est comme avant un ouragan : on consolide sa maison, en espérant échapper au coup de vent"(sic). Bonjour la grande peur des possédants comme celle des aristocrates en 1788 !!

Demain je parlerai des Gilets Jaunes.

 

 

 

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