Non au tirage au sort, oui à un nouveau personnel politique populaire...!

NON AU TIRAGE AU SORT, OUI A UN NOUVEAU PERSONNEL POLITIQUE D'ORIGINE POPULAIRE...!!!

REPONSE A JUDITH BERNARD :

Madame,

Dans votre article intitulé "Pour la souveraineté du peuple, contre la souveraineté du capital", vous préconisez une élection par le tirage au sort. Estimant qu'il existe "une égalité de compétences"(sic) entre les citoyens. J. Généreux vous a répondu que "l'on n'a jamais pratiqué de "vraie" démocratie', mais uniquement un suffrage censitaire, sélectionnant les agents qui disposent d'un important capital scolaire et symbolique : études rares (ENA), métier favorisant la connaissance des affaires publiques (passage dans un Ministère), l'usage quotidien de l'expression orale, les ressources de la célébrité, et des passages media, etc...). Permettez-moi de ne pas adhérer à votre idée, en me fondant sur l'histoire du Parti communiste français, riche d'enseignements utiles pour nous, qui avons à coeur de construire ce (beau) Mouvement 6éme République, qui en est encore aux prolégomènes.

Je me permets de vous renvoyer à deux livres d'histoire du Parti communiste, mes deux livres préférés :

1)-L'ouvrage de Bernard PUDAL, "Prendre parti, pour une sociologie historique du PCF", édition Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1989. B PUDAL a été mon professeur à La Sorbonne, dirigeant un séminaire sur "le Populaire". Il nous expliquait comment, suite au congres de Tours de 1920, à l'origine de la scission avec la social-démocratie, qui va donner naissance au PCF, les premiers députés communistes sont majoritairement d'origine ouvrière : 18,7% en 1920, 48,5% en 1924, 52,1% en 1936 ou 71,6% selon le mode de calcul : c'est la caractéristique dominante !Or, ces ouvriers ne disposent tout au plus que de leur certificat d'études.

Les premiers élus communistes, lorsqu'ils interviennent à l'Assemblée Nationale, ne savent pas prendre la parole de façon claire, argumentée, raisonnée. Alors, ils sont pris d'interminables quintes de toux pour essayer de dissimuler, masquer leur ignorance.

Ce que voyant, le PCF met en place, pour tous ses militants, un très solide réseau d'écoles du parti, pour leur apprendre à lire et à écrire. Ainsi, Martha DESRUMEAUX, issue d'une famille de 11 enfants, obligée très tôt de travailler, ne possède même pas son CPE. Passée par les écoles du Parti, c'est pourtant elle, qui siège brillamment à la réunion de Matignon de 1936, à l'origine des célèbres accords relevant tous les salaires de +15%. Tous les autres dirigeants, THOREZ, FRACHON, DUCLOS, VAILLANT-COUTURIER, PERI, TILLON, CROIZAT, MONMOUSSEAU ( niveau CPE)...sont dans la même situation, mais se forment avec beaucoup d'enthousiasme. Ce sont de super autodidactes, qui passent leur temps à lire et à s' instruire. Certains sont passés par les écoles du PCF. D'autres apprennent tout seul, comme THOREZ, dont la maison est remplie de livres. Apprenant même le latin, qui lui semble être la culture légitime par excellence... !

En clair, le PCF lance un grand mouvement de ce qu'on appellerait aujourd'hui "l'éducation populaire". Et ça marche ! Lorsqu'on lit par exemple le discours de Thorez contre les 200 familles de 1938, c'est un discours solide, argumenté, qui tient la route : certes, il n'a pas la finesse d'un discours d'un Léon BLUM, normalien conseiller d'Etat, ou d'un Pierre MENDES FRANCE, juriste, passé par l'école libre de Sciences Politique- les "ours savants de la social- démocratie"(sic), comme le PCF appelle les responsables de la SFIO -, mais sans commune mesure avec les quintes de toux de ses prédécesseurs....

2)-L'ouvrage de Julian MISCHI : "Servir la classe ouvrière", édition Presses universitaires de Rennes", 2009. A travers la monographie du PCF à Longwy, l'auteur nous parle d'Antoine PORCU, fils d'ouvrier antifasciste du PCI, monteur en acierie de Longwyy qui prend la direction du syndicat de l'entreprise, et s'oppose à une vague de licenciements. Son patron, un certain Labbé le vire en 1953. Il devient permanent. En 1978, il est élu député de Longwy contre Bernard Labbe, le fils du Président des acieries qui l'a licencié dans les années 50. Lui aussi a profité, s'est formé encore et encore grâce aux écoles du Parti...

Qu'on se le dise, ce personnel n'a rien à voir avec les Hue, Buffet, et Laurent actuels : ils consacrent leur vie à servir le peuple, comme A. Croizat, Ministre du Travail en 1945, à l'origine de la sécurité sociale, la retraite par répartition, les comités d'entreprise, le salaire maximum, un vrai service public de l'emploi et le relèvement substantiel des bas salaires..

On voit comment l'histoire du Parti communiste français de l'entre-deux-guerres et des années 50 nous donne une formidable leçon de politique, sur la façon de procéder aujourd'hui, dans le cadre de notre Mouvement 6ème République.

1)- Non pas en tirant au sort, envoyant n'importe qui à l'Assemblée Nationale, peu formé, incapable de prendre la parole et de tenir une conversation argumentée : ce n'est pas intuitif, cela s'apprend...!!!

2)- En sélectionnant des FEMMES ET DES HOMMES D'ORIGINE POPULAIRE : au chômage, précaires, petits salariés et fonctionnaires : autrement dit, tout le contraire d'un tirage au sort, qui ne donnera rien de très différent du système actuel. Je me fonde sur un propos de Frédéric LORDON expliquant qu'on avait fait jouer des singes à la bourse : ce n'était guère différent de ce que font les traders actuels...!!!

3) Tout, en lançant parallèlement un grand mouvement d'EDUCATION POPULAIRE, sur internet et Facebook, permettant à chacun d'apprendre l'économie, s'approprier la question du chômage et de la pauvreté, par exemple...Pour ma part, très modestement, c'est sur ces 2 thèmes que j'écris régulièrement sur Facebook depuis 2009, pour mes amis du PG et d'ENSEMBLE. Et ils ont appris beaucoup de choses...

Brigitte Pascall

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