REFLEXIONS SUR L'HISTOIRE DU PSU

L'histoire du PSU est structurée autour d'une triple trahison :

1°)-Celle de Mendés-France en 1968, refusant de diriger le gouvernement de transition proposé par le PSU, au motif qu'il n'aime pas les 17 millions de grévistes alors dans la rue, trouvant les slogan de "gouvernement populaire", "pouvoir aux travailleurs" trop ambitieux..

2°)-De même, celle de Rocard en 1974, jeune homme pressé de réussir, et d'aller au PS, où il espère alors sincèrement prendre la place de Mitterrand. N'hésitant pas, pour des raisons carriéristes personnelles à brader un parti-intellectuel collectif vieux de 15 ans, dont le logiciel autogestionnaire tranche catégoriquement avec la peu imaginative gauche parlementaire du moment, dont la seule fonction est de gérer l'Etat, dans l'espoir illusoire de le changer de l'intérieur.

3°)- Enfin, celle de Bouchardeau, bradant ce qui restait du PSU, par son entrée dans le gouvernement de rigueur de Mitterrand-Fabius en 1984. Ce dernier représentait tout le contraire du projet du PSU depuis ses origines, mouvement politique de masse, dont la construction résulte d'affrontements de plus en plus durs avec la Bourgeoisie, sur le modèle prôné par Le Manifesto.

1°)- Un Mendés-France, notable très décevant :

S'agissant de Mendes-France, il occupe un espace politique qu'il n'assume pas.

*Certes, d'un côté, il bénéficie d'une aura médiatique hors du commun, "porté" littérralement par des journaux comme le Monde, l'Obs ou l'Express de JJ Servan-Schreiber et Françoise Giroud louant son "intelligence", son "honnêteté".

*Mais de l'autre, ses observateurs directs sont beaucoup moins indulgents : dans la pratique, sous couvert de défendre une "gauche nouvelle", il décline l'espace des possibles étriqué, routinisé de la vie politique parlementaire sous la IVème République : avec ses petites alliances partisanes, ses petites soupes, dont se moquait à juste titre le Général de Gaulle. Son attitude à la fin du mois de mai 68 est carrément surréaliste : pendant que 17 millions de français demandent un "gouvernement populaire" et surtout le "pouvoir aux travailleurs", PMF s'entretient des après-midi entières avec Mitterrand pour former un gouvernement de vieilles biques politiques comme Guy Mollet et Gaston Defferre, ce qui montre sa profonde coupure avec le "pays réel" !

On voir bien comment l'opinion publique peu politisée, a pu être profondément bernée par son image magnifique de décideur "honnête", "intelligent", "réformateur", sans comprendre qu'il s'agissait en réalité d'un notable étroit d'esprit, sans surprise, comme la IVème République en a produit à la chaine. En définitive, PMF était un partisan de l'ordre établi, violemment opposé à tout désordre social, comme l'effervescence de Mai 68.

Henri Benoit, vieux militant du PSU m'a racontée une anecdote qui va totalement dans le sens du PMF, partisan de l'ordre établi, tel qu'il se dessine dans le livre de Bernard Ravenel. Cela se passe pendant la guerre d'Algérie : Henri est porteur de valise, risquant sa peau pour l'indépendance de l'Algérie. Avec d'autres militants du PSU, il se retrouve au commissariat. C'est Mendès-France, ancien Président du Conseil qui les fait libérer. Mais au lieu de les féliciter de leur courage à prendre la défense d'une Algérie autonome, malgré l'incroyable répression de la police française, du moment, il les fait tous mettre à genoux, et les engueule d'importance : les traitant de gamins dissipés, qui ont fait des bétises ! Cette histoire renseigne sur la façon de penser de PMF : seul un professionnel de la politique comme lui avait le droit de réfléchir à l'avenir du pays : les français étaient juste bons pour voter, les militants du PSU pour coller ses affiches !

2°)-Un Rocard pressé de réussir !

Cette version de l'Histoire du PSU racontée par Bernard Ravenel, opposant le méchant et arriviste Rocard à la gentille et sincère base militante du PSU, je me garderai bien de la critiquer dans son livre, vu que c'est aussi ma propre version des faits ; et celle, je le crois de nombreux adhérents du PSU;

Car si Mendès-France est un notable très décevant, Rocard ne l'est pas moins. Si le PSU par ses idées est "visionnaire", pour reprendre le titre du livre de Bernard Ravenel, en revanche, ses responsables, enkistés dans un espace des possibles étriqué, réduit à l"union de la gauche" ne le sont pas vraiment, incapables qu'ils sont de sortir de cette musique sur trois accords que sont les alliances inter-partis à "gôche" en vue de la prochaine élection. Rocard et les rocardiens font du cabotage idéologique dans une bassine à moitié remplie par de l'eau du robinet. Et ne demandent pas autre chose. Tandis que de leur côté, et dans les luttes, les militants du PSU inventent une nouvelle façon de faire de la politique à la base, en imposant la dynamique autogestionnaire.

A partir du moment, où la mayonnaise du programme commun commence à prendre dans l'opinion publique peu politisée (succès incontestable de la candidature Mitterrand en 1974), celle-ci a basculé en faveur de Miterrand et Rocard au PS dotés d'un fort capital médiatique, soutenus à mort par des médias partials et malhonnêtes. Ces journaleux n'hésitant pas à affirmer tout de go : "il n'y a plus de PSU, depuis le départ de Rocard en 1974"(sic), et refusent d'inviter à la télé les dirigeants du PSU maintenu. En réalité, Rocard a raté sa sortie, ne quittant le PSU en 1974 qu'avec 2000 adhérents sur les 10 000 que comptait alors ce parti.

L'opinion publique peu politisée adhère aux idées du Programme Commun paré de toutes les qualités qu'il n'avait pas, comme la défense d'une stratégie autogestionnaire à peine mentionnée en titre dans le texte du Programme Commun. Rien à faire : sur les marchés, les gens nous disaient sans rire que "le PS était aussi autogestionnaire que le PSU "(sic), une foutaise de première. Remercions Mitterrand sur ce point : à aucun moment, à la télé, dans une fête de la rose ou ailleurs, il n'a parlé d'autogestion, détestant plus que tout au monde les idées de la deuxième gauche.

Ne confiait-il pas à Edmond Maire qu'il ne comprenait rien aux idées de la deuxième gauche ? Il est vrai que cette culture autogestionnaire était associée dans sa tête à un PSU qui avait brutalement refusé son adhésion, au moment de l'affaire de l'observatoire, dans un moment où il était très isolé, rejeté de tous. Suite à un premier refus du BN (une seule voix pour son adhésion), il était venu en personne au siège du Parti, rue Mademoiselle. On l'avait fait assoir sur une chaise dans une pièce, tandis que Mendès-France et les autres égrenaient pendant cinq heures ses "chances" et ses "obstacles" à son adhésion au Parti. Au bout de 5 heures, on l'avait jeté dehors, une humiliation de première ! (anecdote racontée par René Schulbaum, vieux militant du BN du PSU).

De la même façon, à partir du moment, où la mayonnaise du programme commun commença à prendre, Rocard changea aussitôt de crèmerie, quitte à sacrifier l'existence même du PSU : notamment, soutenant toute honte bue la candidature de Mitterrand en 1974, au lendemain du décès de Pompîdou, et refusant de se présenter contre le secrétaire du PS : ce qui, à mes yeux, est un acte de haute trahison inqualifiable et impardonnable.

Je tiens de Claude Bourdet , alors rocardien de gauche et donc ami de Rocard l'anecdote suivante : "pendant cinq heures, Bourdet plaida pour que Rocard reste au PSU, expliquant : "Mitterrand, c''est un orgueilleux, il faut lui tenir la dragée haute, pas t'allonger devant lui, en adhérant tout de suite" (sic). Rocard lui répondit : "tu as raison, mais j'ai 40 ans, une femme et des enfants, je suis pressé " (sic) : une anecdote qui montre l'homme sans envergure qu'était Rocard, pressé de réussir dans la société bourgeoise giscardienne de l'époque, dont il ne souhaitait nullement le changement en profondeur : notamment le pouvoir aux travailleurs. Bourgeois bobo arriviste étriqué, content de lui-même, en définitive, ne concevant pas la politique de façon très différente de celle de Giscard, un énarque comme lui.

Malheureusement, le débat dans lequel se débattaient les militants du PSU (construire un parti autonome, faire partie de l'union de la gauche) est rigoureusement le même que celui dans lequel se débattent les militants de la France insoumise en 2019 : faire des listes union de la gauche en vue des prochaines élections, sous la houlette idéologique d'un Corbière, véritable chef de la FI. Ou construire un parti intellectif collectif autonome, en popularisant notre programme "L'avenir en commun", quitte à le remettre en chantier sur la question des nationalisations et de la lutte contre la pauvreté.

En tout état de cause, et avec la stratégie électoraliste parlementaire suicidaire de Corbière, la FI fonce dans le mur à 200 à l'heure !

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.