La mort du Chef de l'opposition de gauche !

LA MORT DU CHEF DE L'OPPOSITION DE GAUCHE ! (suite de mes articles d'hier et d'avant hier)

Incontestablement, on assiste aujourd'hui à la mort de la figure du Chef de l'opposition de gauche. Souvenons-nous : hier, c'est à dire, tout au long des années 70, il existait un conflit aigü, central, frontal entre "majorité" (de droite) et "opposition" (de gauche) : entre, d'une part, le libéral Giscard, d'autre part, les "socialo-communistes", comme on disait alors, dont le chef incontesté s'appelait François Mitterrand.

Aujourd'hui au contraire, il existe une profonde complicité entre le Pouvoir macronien et l'opposition de gauche, notamment la FI de Mélenchon, permettant à la dictature féroce de l'argent de prospérer et de se développer comme il n'a pas été possible de le faire depuis Pétain

Victor Hugo écrivait dans une pièce de théâtre : "le Roi a le jour, le Peuple tous les lendemains". Ce disant, il décrivait parfaitement l'imaginaire social du XIXème siecle : notamment, le Roi Louis-Philippe, dépositaire du Pouvoir du moment ; le Peuple dans la rue appelant à des lendemains meilleurs, rêvant tout haut d'une société plus juste et plus solidaire : ce qui se traduira notamment par la Révolution de 1848.

1°)- Le triomphe de la figure du Chef de l'Opposition avec Mitterrand :

Un imaginaire qui prévalait encore dans les années post-68ardes (1971-mai 1981). Giscard, élu avec seulement 400 000 voix d'avance sur Mitterrand avait le pouvoir officiel jusqu'en 1981. Ce qui lui donnait le temps d'imposer à tous les français, y compris les clodos et les prostituées, cette idéologie nouvelle, venue des Etats Unis appelée "libéralisme" : alors que jusque là, il s'agissait d'un mets raffiné, ultra minoritaire, réservé aux seuls 5% d'électeurs bourgeois du XVIème arrondissement de Paris ou du Quai des Chartrons à Bordeaux du parti de VGE : " Les Républicains indépendants" !

De son côté, Mitterrand, qualifié alors de "Poulidor de la Politique"(sic), éternel second, ce qui n'est déjà pas si mal, lorsqu'on vise ouvertement la première place comme lui, était tout de même Chef de l'opposition de gauche. En embuscade permanente, bien décidé à prendre sa revanche en 1981 sur son échec relatif de 1974. Multipliant les attaques frontales contre Giscard, critiquant systématiquement sa politique : opposant à chaque décision de VGE ce que lui aurait fait à sa place, en appliquant le "Programme Commun" : s'agissant de la lutte contre le chômage, l'international, la culture, le logement, etc

Comme écrit très bien Alain Badiou : "ce n'est pas la même chose, quand, sur une même question, il y a deux idées en conflit ou quand il n'y en a qu'une"(sic), (extrait de son ouvrage : "Notre mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre 2015", édition Fayard, 2016, page 24). Ce n'est pas du tout la même chose quand il n'existe plus qu'un seul projet politique, le capitalisme mondialisé déchaîné ; ou quand il y a sur chaque question au contraire deux projets en concurrence : le libéralisme face au communisme ou un projet véritable de gauche, comme celui du "Programme commun".

La haine de Mitterrand pour Giscard surfait sur un profond rejet populaire de l'occupant de l'Elysée entre 1974 et 1981. A peine commençait-il ses discours par ces paroles : "comptez sur moi pour vous débarrasser de Giscard", et c'était aussitôt un tonnerre d'applaudissements dans la salle. J'ai assisté à un discours de Mitterrand à Chamiers, petite commune près de Périgueux en 1977, à l'occasion d'une élection partielle, ayant été invité par l'élu communiste sortant : et je peux vous garantir qu'il ne lésinait pas, ni sur les critiques contre Giscard, ni sur les promesses à la peinture rouge. On  rappelle qu'on n'a jamais voté pur Mitterrand, y compris en 1981.

Mitterrand a conclu son discours par ces paroles : "dimanche prochain (en huit), je surveillerai attentivement les résultats de la mairie de Chamiers, et je souhaite de tout coeur que le candidat communiste soit élu" (sic). On sentait que Mitterrand jouait avec beaucoup de sérieux son rôle de Chef de l'opposition de la gauche "socialo- communiste" comme disait le Figaro de l'époque. Qu'il ne voulait à aucun prix perdre même la modeste mairie communiste de Chamiers, ce qui symboliserait l'échec politique de la dynamique du Programme Commun, dont il était le chef.

De même, on n'a pas oublié le débat Raymond Barre/ Mitterrand de 1976, où le "professeur" Barre humilia d'importance Mitterrand, du fait de sa méconnaissance des bases de l'économie. Je m'en souviens comme si c'était hier. Dans les jours qui suivirent, tous les militants de "gauche", y compris au PSU, étaient profnodméent navrés de l'échec de leur "leader", celui du chef de l'opposition, seul espoir pour beaucoup face à Giscard.

Naturellement ce poste de chef de l'opposition de gauche était très convoité, notamment par Rocard voulant être calife à la place du calife, c'est à dire, Chef de l'opposition à son tour. Comme le raconte très bien Bernard Ravenel, dans son ouvrage "Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d'un parti visionnaire", édition La Découverte, 2016, Rocard intrigua pour aller au PS. Il y eut d'abord des repas secrets entre Rocard, Edmond Maire et Pierre Mauroy dans l'appartement d'André Salomon, ami de Mauroy, afin de définir l"'avenir politico électoral au PS" de Rocard, comme on disait alors.

Au Conseil National d'Orléans, Rocard claqua la porte du PSU pour le PS. Claude Bourdet, "rocardien de gauche", essaya de le retenir et lui parla pendant cinq heures. Rocard lui répondit seulement : "tu as raison. Mais je suis pressé. j'ai 40 ans, une femme et des enfants. Ma carrière m'attend au PS" (sic) (anecdote racontée par Calude Bourdet lui-même). Son rêve de "carrière", ce n'était ni plus ni moins la conquête du poste de Chef de l'opposition de gauche, alors détenu solidement par François Mitterrand.

Mitterrand n'était pas une intelligence exceptionnelle : ça suffit tous ces éloges entendus ici et là. Il appliquait simplement les bonnes vieilles recettes socio-démocrates, notamment le primat du projet politique, alors le Programme Commun, supplément de rêve (à tort bien sûr) de millions de gens. Et surtout, son grand mérite a été de se battre frontalement, continûment contre Giscard, ce qui plaisait beaucoup aux français !

2)-La mort de la figure du Chef de l'opposition :

Aujourd'hui, tout a changé, tout est différent ! Jamais, on entend Mélenchon nous dire : "comptez sur moi : je vais vous débarrasser de Macron". Au contraire les 17 députés de la FI s'enferment dans une oppositon molle, de salon, à fleurets mouchetés, dans "les fausses colères indolores de JLM ", pour reprendre la très juste expression de Bruno Adrie. Pire encore, nos 17 députés ne se revendiquent pas comme formant une "opposition" à King Kostard, l'appelant même respectueusement : "Monsieur Macron"(sic), du jamais entendu de mémoire d'une militante de gauche critique. Pire encore ils refusent de populariser notre programme "L'avenir en commun", rédigé par Jacques Généreux, au terme de trois versions successives.

 2.1°)-Ainsi, quand JLM parle de la pauvreté, il  nous bassine, pendant 20 minutes au moins, sur la tristesse qu'on éprouve à trouver son frigo vide, à compter du 12 du mois. Soit. Mais les femmes et les hommes qui viennent l'écouter, connaissent leurs pauvres misères  personnelles mille fois mieux que lui. Ce qu'ils attendent, ce sont des "propositions", justement, pour sortir de la mouise, où ils végètent jours et nuits. Ainsi, et à la différence du Mitterrand des années 70, pas un mot sur notre programme AEC, qui propose le doublement des minimas sociaux ou la création de 2 millions emplois dans le secteur associatif pour les chômeurs de longue durée.

2.2°)-De même et sur la question de l'immigration, comme écrit  très bien Djordje Kuzmanovic  : "Discours de Jean-Luc Mélenchon sur l'immigration. Comme toujours, il a un talent oratoire rare, de très justes critiques contre la tartufferie du Président Emmanuel Macron et de LREM, mais… voilà, ça reste creux, déconnecté de la réalite et il évite d’aborder frontalement ce sujet afin de rester acceptable pour une gauche consensuelle qui n’aura plus jamais le pouvoir. Florilège d'extraits de son discours mis en exergue par la France Insoumise : « Vous avez choisi de faire de l'immigré le bouc-émissaire. L’immigré plutôt que le financier qui pille notre pays. L’immigré plutôt que le fraudeur du fisc. L’immigré plutôt que les corrompus qui ont bradé l’industrie du pays à l’étranger » (sic)

2.3°)-De son côté, Jacques Sapir analyse, dans un dernier billet de blog et avec lucidité les dérives de la ligne politique de la France Insoumise. Voilà ce qu'il écrit à propos d'Adrien Quatennens : "le député de la FI a donc déclaré sur FR-3-Nord, que son mouvement n’avait pas l’intention de présenter des listes en son nom aux élections municipales. Mais qu’il s’engagerait, appuierait, soutiendrait ou participerait à des «dynamiques » visant l’implication du « plus grand nombre » et ce par « des méthodes novatrices ». Il a confirmé ces déclarations par un tweet du 6 octobre. Au-delà de la langue de bois utilisée, se pose la question fondamentale du « pourquoi » d’une telle position. En effet, normalement, les élections municipales sont un passage obligé pour toute formation politique car elles permettent à cette dernière de rechercher un enracinement local" (sic).

En clair, La FI refuse de se présenter seule aux élections municipales, et de combattre frontalement les listes de Macron à ce même scrutin, comme Mitterrand a combattu sans relâche frontalement Giscard entre 1971 et mai 1981. Non seulement, cette position timorée manifeste un trouille inacceptable de la part des dirigeants de la FI, refusant clairement de monter au feu électoral, quitte à se prendre une tôle. Mais c'est surtout une grave faute politique, qui montre implicitement que la FI ne veut pas conquérir 51% des suffrages, occuper ensuite le Pouvoir central. Donc être une véritable alternative globale au macronisme.

Voilà pourquoi le rassemblement "Pouvoir au Peuple souverain" rassemblant des insoumis critiques, le PRCF , le CNSJS et le Pardem  présentera des listes autonomes aux élections municipales de 2020, afin de défendre notre programme "l'Avenir en commun,  combattre de toutes ses forces la Politique anti sociale de Macron. Et participer à la reconstruction d'une véritable alternative politique.

 

 

 

 

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