LES GILETS JAUNES OBTIENNENT 2 VICTOIRES !

Les gilets jaunes obtiennent 2 victoires : l'abandon du plan de départ volontaires dans la Fonction Publique et celui du salaire au mérite, version 2019.

Inédit. Les Gilets Jaunes ont gain de cause. Les Gilets Jaunes réinventent une nouvelle règle du combat social, dont on apprend les effets par la bande. Ainsi, ce matin sur France Inter, la responsable CFDT de la Fonction Publique déclare sans rire, que la hausse des salaires des fonctionnaires dépend de la nouvelle réforme des retraites, et donc du prochain niveau des pensions de retraites (diminuée comme on sait).

Première nouvelle. Depuis toujours, la hausse des salaires et des traitements dans la Fonction Publique dépendent directement du nombre de journées individuelles non travaillées (JINT) et du nombre de cartes dans un syndicat. Ainsi, tout au long des années 60 et jusqu'en 1975, le nombre toujours ascendant de grèves, de journées de mobilisation et de syndiqués coïncide avec une augmentation régulière des salaires publics et privés. Autrement dit, LA HAUSSE DES SALAIRES DEPEND DU RAPPORT DE FORCES CREE DANS LE PAYS. Le Pouvoir du moment achetait la paix sociale, en octroyant des augmentations salariales.

Depuis presque trois mois, les Gilets Jaunes ont créé et maintenu un nouveau rapport de forces permanent, qui n'existait plus depuis longtemps, avec le règne des directions syndicales corrompues, les Martinez, Mailly, Berger, etc. Le Pouvoir en place "n''achetait" plus les manifestants, mais les Directions syndicales elles-même, au titre du financement de la vie syndicale, ces dernières obligeant les grévistes à reprendre le travail, notamment quand ils étaient des millions dans la rue à protester contre la réforme des retraites de Sarkosy (2010) et le projet de loi Khomri de 2016 : notamment grâce à de faux chiffres CGT minorant l'ampleur de la mobilisation du jour : annonçant le 12 septembre 2017 400 000 manifestants, après avoir claironné toute la journée, qu'on était 1 million dans la rue.

Ainsi ce matin, toujours sur France Inter, on apprend que le plan de départs volontaires de la Fonction Publique et le salaire au mérite sont deux réformes abandonnées par le Gouvernement. Naturellement, un tel résultat n'est pas à mettre au crédit des directions syndicales fellonnes, plus technocrates que Bercy lui-même. Ces deux victoires importantes sont à mettre directement au crédit du mouvement des Gilets Jaunes, leurs 13 samedis de mobilisation, sans oublier la journée réussie du 5 fevrier 2019. Le projet de thatchérisation du pays est mis en échec par les sans nom, les sans grade de l'Histoire que nous sommes. Pour la première fois depuis bien longtemps, le Pouvoir (surtout Bercy) se voit limité dans sa capacité à mener des réformes ultra-libérales, par un pouvoir à la base, formant même, dans certains cas, une nouvelle forme d'Unité Populaire.

Comme dit excellemment Domi, "LES GILETS JAUNES AVEC LEURS LUTTES REMETTENT LES CHOSES A PLAT"(sic). Oublié, terminé, envolé, le pseudo "dialogue social" décidé par Matignon et le seul Ministère du Travail, dont Mickael Wamen se plaint à juste titre. Par leurs mobilisations à répétition, les GJ reconstruisent un nouveau donnant/donnant fondé sur la mobilisation maximale des gilets jaunes, gilets rouges, étudiants, comme on a pu le voir encore samedi dernier à Toulouse et à Bordeaux.

En même temps et inversement, ce ne serait pas rendre service aux Gilets Jaunes que de les comparer aux grévistes occupant leurs usines du Front populaire. Ou aux manifestants de Mai 68. C'est pourtant ce que font Serge Halimi et Pierre Rimbert, dans leur article publié dans Le Monde Diplomatique de février 2019, intitulé : "Recomposition politique et sociale, Lutte de classes en France". Certes, certains grands patrons sont inquiets. Pour l'un d'eux, la situation 2018-2019 "ressemble à ce que j'ai lu sur 1936 et 1968. Il y a un moment où on se dit : "il faut savoir lâcher de grosses sommes, plutôt que de perdre l'essentiel"(sic) (cf "L'info du vrai", Canal Plus, 13 décembre 2018. Au delà de certaines apparences communes, le mouvement des Gilets Jaunes ne ressemble pas aux grèves sur le lieu de production du Front Populaire, avec ses 9 millions de grévistes. Un parti communiste puissant, jeune, anti système, offensif, solide et fédérateur, sans commune mesure avec la gôche bobo, "tenant" le système. Une CGT réunifiée (CGT + CGTU), qui n'a rien à voir avec le morcellement actuel des confédérations syndicales.

De la même façon, les Gilets Jaunes ne ressemblent pas aux manifestants de Mai 68 : possédant tous une vulgate de marxisme, un langage de classe commun, priorisant la "Révolution", le refus des "élections, piège à cons", "le dépérissement de l'Etat", "le pouvoir à la base", "l'Unité populaire", la négation des partis de gauches embourgeoisés, toute une logomachie révolutionnaire qu'analyse très bien Alain Badiou dans son ouvrage : "On a raison de se revolter", l'actualite de Mai 68, édition Fayard 2018.

Et qui, sauf erreur de ma part, est totalement absente dans le phénomène des Gilets Jaunes, qui est hélas aussi le produit de 30 ans de déconscientisation du Peuple français par une gauche du Capital, qui n'a eu de cesse de trahir les Classes populaires, leurs problèmes élémentaires, la question sociale notamment mise par leurs soins au rancart, depuis l'époque de Mitterrand. Hier, dans un article, Régis de Castelnau évoquait avec beaucoup d'émotion la lutte pour que vive la sidérurgie lorraine française. Et toutes les crapuleries inventées par Mitterrand et ses sbires pour faire la peau à cette classe ouvrière de l'Est de la France. Fabius n'était pas mal non plus, lui qui est responsable de la fermeture des fiefs ouvriers du nord de la France. C'est "grâce" à lui, si, du jour au lendemain, la ville de Lille, jusque là prospère, s'est couverte de sans abris sur les trottoirs. Et si le nord, les Hauts de France sont devenus la région la plus pauvre de l'hexagone.

Tout cela pour dire qu'on revient de loin. Les Gilets Jaunes ne sont pas l'avant garde révolutionnaire du Parti Léniniste de 1917. Le constater n'est nullement péjoratif. Dans le sillage de Jacques Cotta, on pense que la priorité est de constituer un parti des Gilets Jaunes. Mais comme aurait dit Moustaki : "mais il nous reste à faire encore du chemin, pour aller voir briller une étoile nouvelle".

Quant à Halimi, je le verrai toujours traînant une réputation surfaite. Des analyses grossières de la réalité, prenant les campanule d'un réel imparfait (les gilets jaunes), pour les fleurs de la passion Révolutionnaire de 1789. Depuis le tout début, je soutiens 5 sur 5 le mouvement des GJ, et personne ne souhaite autant que moi leur victoire finale. Mais ce n'est pas en les transmuant faussement en théoriciens et praticiens révolutionnaires qu'ils ne sont pas, dans le sillage de Lénine, que l'on fera avancer les choses. Certains compliments exagérés sont pires que les insultes, dont on parlait, il y a deux jours, de la part des éditocrates parisiens.

Dire que GJ 2019 =Front Populaire 1936, c'est facile, ça ne prend que 30 secondes à écrire sur un coin de table. Mais à "refaire" véritablement les événements de 1936, avec toutes les conditions qui le rendent possible, notamment un PCF puissant, hégémonique idéologiquement auprès du Peuple (c'est l'époque de la conquête de la banlieue rouge autour de Paris), c'est une autre affaire. A jouer à plus révolutionnaire que les révoltes du moment, on risque de tout perdre, les espérances en plus...!

 

 

 

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