Quand Piketty réinvente le "jacquattalisme" !

QUAND THOMAS PIKETTY REINVENTE LE "JACQUATTALISME"...! (Frédéric LORDON, "Le Monde Diplomatique" n°733 d'avril 2015) (Billet de mon blog Médiapart rédigé le 6 avril 2015, mais tout à fait d'actualité pour juger, évaluer le dernier livre de Piketty sur les inégalités...!)

Je me proposais de vous parler du dernier article de Martine Bulard sur le projet de loi Macron, publié dans le Diplo d'avril 2015. Mais je suis tombée sur ce portrait féroce et drôle de Piketty, réalisé par un Frédéric LORDON au mieux de sa forme (gouailleuse et critique). Comme le suggèrent ces quelques lignes : "Pur produit de l'écurie Rosanvallon, conseiller de Madame Ségolene ROYAL en 2007, Piketty fait partie de ces experts que les média ont promus comme "intellectuels" de remplacement, appelés à se substituer aux bouffons connus de "nouveaux philosophes" (BHL), l'époque n'étant plus à la chemise ouverte et à la mèche en bataille"(sic).

F. Lordon part du constat de l'unanimisme médiatique, le degré de pâmoison entourant l'ouvrage de Piketty, "Le Capital au XXIème siecle". Y soupçonnant d'entrée de jeu et fort justement une Tromperie majuscule, fondamentale, gage en soi de la totale innocuité de ce livre. En fait d'étude sur le "Capital", allusion directe à l'ouvrage de MARX, Piketty se contente d'analyser LA FORTUNE DES FORTUNES, et non pas LE MODE DE PRODUCTION, le rapport salarial pointé par MARX, nuance....!

1)-PIKETTY OUBLIE DE PARLER DU RAPPORT SALARIAL :

Ce que l'auteur du livre "le capital au XXIeme siecle" oublie de mentionner, ce sont, ni plus ni moins, pour les ex-salariés de Florange, PSA-Aulnay, Continental, Fralib, "les existences dévastées sous la loi d'airain de la valorisation financière

En clair, à ne consulter que le Top 50 des riches du magazine "Fortune", à ne scruter que la vision étroitement patrimoniale du capital, la logique générale en cours, qui transforme les entrepreneurs en rentiers, on en oublie l'essentiel : LE TAUX DE PROFIT EST DE 6% chaque année, quand la croissance du PNB peine à atteindre 1% (chiffre BADIOU), et que l'augmentation des salaires est égale à zéro : là est le véritable scandale, là est le véritable crime commis sur le Peuple français...!

Sans parler d'un niveau des inegalités sociales revenu en 2008 au niveau des inégalités de 1928...!

2)-PIKETTY OUBLIE LA LUTTE DES CLASSES..!
Mais il y a plus. Piketty oublie la lutte des classes. Scandée, organisée autour de deux temps forts :

2.1)- Le CNR ET LE COMPROMIS SOCIAL DE L'APRES GUERRE : le rapport de forces bascule légèrement en faveur du travail : contrôle serré des capitaux, nationalisation de banques, bourse réduite à l'état de croupion, politique économique de "plein emploi", pour reprendre un mot de Pierre MENDES-FRANCE malheureusement tombé dans l'oubli, prix administres : loyer, pain, salaires, car on sort de l'économie de marche, augmentation annuelle des salaires supérieure au prix (échelle mobile)...

2.2 : La reconquête idéologique, politique et économique des possédants à compter des années 70 : LES PLEINS POUVOIRS SONT DONNES AU CAPITAL : grande dérèglementation, absence de tout contrôle des capitaux, fin de l'échelle mobile, chômage de masse sciemment entretenu, etc...

Alain BADIOU a sorti a Piketty : "Les perspectives théoriques idéologiques de votre livre sont décevantes. Votre analyse est épique, votre conclusion ne l'est pas" (émission Contrecourant sur Médiapart). Et je partage l'analyse de Badiou. Avec Piketty, on est toujours, on reste toujours dans le totalitarisme des idées courtes, et qui se proclament telles. Où l'on décline le déjà vu, déjà entendu au cours de ces 35 dernières années, sans jamais sortir de ce que F Lordon appelle "le cercle de la bienséance".

Piketty, sous une forme plus déguisée que Tirole, libéral de choc, participe au service du seul pouvoir de la finance et des vertus du marche jamais remises en cause dans son livre. Il ne pose jamais le problème brûlant de la souffrance des chômeurs. Il est au service de l'idéologie dominante, à qui il impose seulement un impôt mondial. Il n'en demeure pas moins : il bénéficie d'une super réputation, même auprès des militants de la gauche critique, à commencer par les militants du FDG, qui participent au choeur des louanges dressées à sa statue.

En ce moment, il se passe des choses très graves en Grèce. Entre Tspiras et Merkel. Chacun retient son souffle. Le succès ou l'échec de SYRIZA va conditionner pour de longues années le succès ou l'échec de toute la gauche radicale européenne.

Voilà pourquoi le deux camps idéologiques, le camp du libéralisme et le camp de la gauche critique se mobilisent comme jamais. D'un côté, on entend chaque jour un Himalaya de sottises : DOZE, journaliste économique maison de BFM -TV affirmant sans rire : "si on sort de l'euro les salaires et les retraites ne seront plus payés..!" De l'autre, Jacques SAPIR écrit régulièrement sur son blog à propos de SYRIZA. Frédéric LORDON vient de sortir une vidéo postée sur mon mur. Jacques Généreux multiplie les passages média pour défendre Tsipras... Sans parler de JLM, qui a publié un excellent billet de blog...

On le voit, selon moi, ce qui se passe en ce moment en Grèce, et les soutiens intellectuels qu'il suscite, est le premier acte de la présidentielle de 2017 : de l'échec ou de la réussite de cette bataille idéologique sans merci dépend directement le score du porte parole du FDG en 2017...ON NE PEUT PAS PERDRE CETTE BATAILLE...!

Donc, dans ce moment très critique, on doit connaitre nos vrais alliés dans le champ intellectuel : Alain Badiou, Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Jacques Généreux...Et surtout, ne pas s'embarrasser d'un faux ami, vrai soldat au service de l'ordre dominant comme Piketty...F. Lordon a mille fois raison de mettre les points sur les i..."

 

 

 

 

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