LA FI DOIT AUSSI FAIRE DE LA DEFENSE DE LA JEUNESSE POPULAIRE UN AXE PRIORITAIRE !

BADIOU DEFEND LES JEUNES DES BANLIEUES. LA FI DOIT AUSSI FAIRE DE LA DEFENSE DE LA JEUNESSE POPULAIRE L'AXE PRIORITAIRE DE SA STRATEGIE...!

1°)- Verbatim de l'intervention d'Alain Badiou sur le plateau de CSOJ en 2013 : pour sa bonne compréhension, il parle et répond à Finkelkraut.

A la question : "que pensez-vous de ces communautés dressées les unes contre les autres ?", AB répond :

"Je pense que c'est déjà une description entièrement fantasmatique, entièrement exagérée de la réalité. Et qui en vérité se fait à fronts renversés. Car si on veut parler de gens stigmatisés, persécutés, constamment contrôlés par la police, et sur lesquels il y a des opérations de propagande dans quasiment tous les médias, de façon quotidienne ; si on veut parler d'une jeunesse dans laquelle on peut compter des morts, les gens qui ont été tués par la police : eh bien ce n'est pas du côté des écoliers juifs et je m'en réjouis profondément pour eux, mais chez ceux que plus profondément il faut chercher, c'est très certainement du côté de la jeunesse populaire. S'il y a un groupe humain dans cette société, qui est l'objet de constantes campagnes de persécutions, de ségrégation, d'un déni et d'un refoulement absolument constant, eh bien c'est absolument ce groupe.

Et il se trouve que comme par hasard, ceux qui essaient un peu de les défendre, ces groupes dans leurs difficultés immenses, ceux qui se soucient de leurs difficultés, ceux qui dénoncent le système constant de lois répressives persécutant de façon ségrégative tous ces mineurs, se voient accuser en fin de compte d'antisémitisme. Et ça c'est le fond de l'affaire...Quand vous voyez que des gens manient d'aussi gros mensonges, vous êtes obligés de vous demander ce qu'ils croient vraiment. Alain Finkelkraut, nous vous avons mis en exception de cela. Nous avons dit que vous étiez sincère dans ce que vous dites. Et nous vous avons exclus de l'opération en question. Ils se révoltent périodiquement et de façon éventuellement très anarchique. On dirait que c'est ça le péril qui nous menace. Ca c'est la doctrine du Front National : il faut l'appeler par son nom, et à force de faire le battage que vous faites de leurs idées, vous l'aurez. Je vous l'avais déjà dis dans "Explication". Si vous expliquez ces choses là, la corrélation entre identité et révolte comme la question principale du moment, quelle que soit leur ignorance, leur inconséquence, qui ont toujours été celles des opprimés, des humiliés, beaucoup de choses ils ne le savent pas : c'est ce que nous appelons une réaction politique mal politisée....

...L'explication c'est celle que nous tentons de donner dans le livre : quand quelqu'un accuse l'autre de stigmatisation de ceux d'en bas. Vous pouvez dénoncer ce que vous voulez, vous pouvez repérer des choses qui ne vous plaisent pas. Je ne prends nullement les jeunes des banlieues pour des anges. Le péril principal, ce sont les décisions d'en haut qui menacent tout le monde : pas les gamins en effet un peu égarés, et parce qu'ils sont persécutés et ségrégés se révoltent périodiquement, ils sont en effet assez anarchiques. On dirait que c'est ça le péril qui nous menace. Ca c'est la doctrine du FN..."(sic)

2°)- Brigitte Pascall : La question sociale mise au rancart :

De façon très lucide, Alain Badiou dénonce la lecture fantasmatique de la réalité sociale : où les intellectuels de salon (Finkelkraut), plumitifs et pense-petits au ordres du système tirent à boulets rouges sur la jeunesse populaire. Constituant les dominés, les humiliés de la société libérale 2017, au motif qu'ils seraient les fauteurs de troubles numéros uns du moment. Bien sûr ce ne sont pas des anges. Mais le péril principal vient d'en haut. Naturellement nous souscrivons totalement à cette analyse : le danger principal vient de la France d'en haut triplement responsable et de la finance folle et de la société hyper individualiste libérale, et du mensonge médiatique qui structure notre société :

a)-La société libérale voit le triomphe forcené de l'oligarchie mafieuse se réunissant au Club Bilderberg créé par la CIA. Des friqués, de tous ceux qui ont le pouvoir. De la finance triomphante, à qui, comme l'écrit très justement Frédéric Lordon, il faut "toujours plus de cash flow, toujours plus de part de marché international, et de grandiose"(sic). Et Lordon de citer Roger Carey, Président de Saville-Gordon, disant : "nous étions excédentaires de partout. Nous avions des rendements fantastiques, une croissance terrible, mais les investisseurs n'écoutaient pas : c'était comme parler à un mur. IL NOUS EN FALLAIT TOUJOURS PLUS" (sic), extrait du livre : "Et la vertu sauvera le monde ?" Édition Raison d'agir, 2008.

b)- La culture libérale a transmué la société en un sordide champ de bataille. Abattoir des plus faibles, des sans nom des sans grade. Où les gens, notamment la jeunesse populaire, perdent jusque dans leur tête l'idée de faire société. La perte de l'aspiration à "être avec" les faisant basculer hélas dans l'inhumanité d'une "dissociété" sans pitié et cruelle, comme l'explique très bien Jacques Généreux dans son ouvrage : "La Dissociété", édition du Seuil, 2006). Malheureusement, de nouvelles pathologies apparaissent, en lien direct avec cette organisation morcelée de la société, où chacun est livré à lui même.

En particulier, et ce n'est un secret pour personne, la drogue circule extrêmement facilement dans les quartiers populaires. Comme l'explique Eric Maravélias dans son roman "La faux soyeuse", Collection série noire, Gallimard, 2014, où il dit : "je suis couvert de sang mais je suis bien. Rien çà foutre. Dans l'univers cotonneux et chaud de la défonce opiacée, le sang n'est rien. La mort n'est rien. Et moi même je ne suis rien. Joies et chagrins se succèdent dans une espèce de brouillard confus, un ballet macabre, et rien ne subsiste de tout cela, sinon parfois, au détour d'un chemin, un sentiment de gâchis irréversible qui me prend à la gorge. Nos vies de parias sont comme de frêles esquifs privés de gouvernail. Sans plus personne à bord. Elles sont ballotées au creux de flots mouvementés, secoués par des vents inconnus et changeants, qui les mènent à leur gré vers des côtes plus ou moins hospitalières, incapables que nous sommes de changer ne serait-ce que la moindre virgule au récit chaotique de nos existences" (sic). Une circulation aussi facile de la drogue qui rappelle les techniques de la CIA pour contrôler les campus américains et les empêcher de se révolter....

c)-Le mensonge médiatique structure la société, occultant la question du chômage des jeunes :

L'hégémonie culturelle de l'oligarchie mondialisée se manifeste aussi par un mensonge médiatique qui structure la société française, occultant la question du chômage des jeunes. C'est ce qui explique le silence, le déni de réalité fait autour de la question sociale. Et qui n’est pas propre aux seules médias à la botte du pouvoir. Il concerne aussi TOUS les partis politiques, y compris la FI et un mouvement altermondialiste comme ATTAC.

En effet, comme l'analyse de façon limpide Pierre BOURDIEU dans son livre "Propos sur le champ politique" - Presses universitaires de Lyon, 1998 - "Personne ne peut contester que tout le champ politique français, y compris le PS, le PC, etc., a été transformé par l'existence de Le Pen (père).Celui-ci a substitué, chose très grave mais passée inaperçue, à l’opposition riche-pauvres, qui était fondamentale dans la politique, l'opposition national/étranger" (sic). Le Pen suivi de tout le personnel politique de l'époque ont substitué la question ethnique et religieuse à la question sociale" (sic).

En clair, pendant des décennies et des décennies, la question sociale a structuré le champ politique français : les Ambroise CROIZAT, Pierre MENDES-FRANCE, Abbé PIERRE, DE GAULLE (avec sa loi sur l'intéressement de 1965), POMPIDOU, et l'augmentation des salaires en juin 68 : naturellement chacun voyant midi à sa porte, chacun développant un projet propre, construisait leur discours, leurs projets de loi autour et à partir de la question sociale. Le Pen a tout chamboulé. Il a imposé le clivage ethnique français/islamiste, qui pollue aujourd'hui tous nos débats, comme en témoigne le succès du procès en "islamo-gauchisme"(sic) inventé par Valls, pour exister médiatiquement. Et le succès non moins avéré des "racialistes" : les pitreries du PIR (bien nommé !), etc....On nous balade sur des sujets sans importance comme la consommation de pâtes par une députée LREM, comparés à la question fondamentale du manque d'argent et d'emploi, qui empêche les gens de dormir, notamment la jeunesse populaire.

Ainsi, selon une étude de l'INSEE publiée le 4 décembre 2013, le taux de chômage des jeunes non qualifiés de milieu modeste ( =jeunesse populaire dont par Alain Badiou) est passé de 29% en 1990 à 47% en 2012 (+18 points). De plus, ils sont souvent victimes de ce que l'INSEE appelle la "double peine" : les jeunes non diplômés de milieu modeste sont au chômage à 49%, quand les jeunes non diplômés de milieu plus favorisés sont au chômage à 37%...

Au lieu de parler de ce grave problème qu'est le chômage des jeunes, les gouvernements successifs ont imposé un déni de réalité sur ce problème. A partir du moment où, dans une société se passe quelque chose que personne ne peut avaler, se mettent en place des mécanismes de déni du réel. Le traumatisme fabrique à la place des discours sans importance, insignifiants, histoire de substituer à l'insupportable quelque chose de supportable.

L'occultation de la réalité fait partie des armes du maintien de l'ordre. Il est patent que la révélation de la réalité exacte du chômage, si le chiffre exact venait à être connu du « grand public", la société libérale exploserait, tomberait comme un château de cartes. Un dirigeant britannique disait à propos de la guerre de 1914-1918 : "si les gens savaient ce qui se passe au front, la guerre s'arrêterait immédiatement". Il en est de même du chômage et de son cortège de manque d'argent, de divorces, de solitudes inouïes. Cela dure encore et encore, uniquement à cause de la propagande libérale. Le chômage perdure, uniquement à cause de ce truquage permanent, masquant l'antagonisme profond, qui oppose le capitalisme mondialisé à un peuple français de plus en plus paupérisé.

En conséquence, il faut rompre avec le capitalisme financier brutal, comme le propose notre programme "L'avenir en commun". Il faut aussi créer de l'emploi pour toute la jeunesse populaire : c'est à dire certes les jeunes résidant dans les quartiers populaires ; mais aussi pour les jeunes ruraux : par exemple jeunes de la Haute-Vienne ou du Maine-et-Loire, où ils sont plus de 120 000 aujourd'hui. La généralisation du dispositif "zéro chômeur de longue durée" que nous proposons dans un autre article nous semble être une réponse intéressante, correspondant à leur situation : exclus durablement du marché du travail, sans qualification ni expérience professionnelle.

 

 

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