LES GILETS JAUNES RECREENT DU LIEN SOCIAL !

Les Gilets Jaunes recréent du lien social à Grandmenil (Lorraine), Nontron (Dordogne), Perpignan (Pyrénées-orientales) et Saint Nazaire (Loire-Atlantique). Depuis 44 semaines, nous suivons attentivement ce mouvement, alliance des classes populaires et des "petites" classes moyennes, formant un BLOC ANTI- BOURGEOIS. C'est ce qu'affirme Bruno Amable, professeur à l'université de Genève, auteur avec Stéfano Palombarini de l'ouvrage : "L'illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français", édition Raison d'agir, septembre 2018, dans un article de Libération du 26 novembre 2018 intitulé : "Vers un bloc anti-bourgeois".

1°)-Les Gilets Jaunes mobilisent surtout les classes populaires :

La présence d'éléments populaires au sein des Gilets Jaunes est indiscutable. Éric Drouet est chauffeur, Ingrid Levavasseur aide-soignante, Jérôme Rodriguez travaille sur un chantier pour 1600 euros par mois. On ne peut donc pas les classer parmi la petite-bourgeoisie intellectuelle, comme le fait le discours dominant, faute d'informations suffisantes. On rappelle que la petite-bourgeoisie représente 30% d'une classe d'âge, explique Emmanuel Todd.

Les études monographiques sur les gilets jaunes nous renseignent, de façon ô combien précieuse, sur le primat de groupes populaires et de petites classes moyennes : institutrice notamment, au sein des rond-points.

1.1)-Raphael Challier, sociologue à l'EHESS, a rédigé une ethnographie des gilets jaunes pour la revue "La vie des idées" du 19 février 2019 intitulé : "Rencontres aux ronds-points. La mobilisation des Gilets Jaunes dans un bourg rural de Lorraine" : petit village populaire de l'Est de la France, qu'il a rebaptisé Grandmenil. Il s'agit d'un bourg de 5500 habitants, où les cadres et professions intermédiaires sont sous-représentés, contrairement aux ouvriers qui travaillent dans l'industrie du bois. Pour l'auteur, ayant fréquenté le collège de la ville, le mouvement frappe par son ampleur mais aussi par les transformations qu'il produit. L'habituelle fragmentation est remplacée par une nouvelle cohésion sociale, donnant lieu à des discussions passionnées sur la vie économique et sociale. Les GJ mobilisés sont surtout des ouvriers et employés, aussi bien stables que précaires. Par exemple, Sandrine, 43 ans, mère de 3 enfants et au RSA, hier encore ostracisée, est une figure forte du mouvement.

1.2)- De son côté, la revue Reporterre est allée enquêter auprès des GJ de Montpon, dans un article du 5 avril 2019, intitulé : "Pour les GJ de Dordogne, l'action, ce n'est pas juste gueuler en manif". Sarah, ancienne aide-soignante, explique au journaliste : "une personne est venue m'interpeler, elle pensait que nous étions tous au RSA. Il n'y a personne au RSA dans notre groupe, mais des gens qui travaillent, des chômeurs, des retraites et des personnes en invalidité. Montpon est une petite ville de Dordogne comptant peu de cadres sup et de représentants de la classe moyenne, exactement comme Grandménil.

1.3)- Enfin, l'article de Bastamag s'est intéressé à la maison du Peuple de Saint-Nazaire. L'article repose beaucoup sur le témoignage de Anna, institutrice, ravie de se retrouver le soir dans une maison publique chaude, après des journées, pour les gilets jaunes à se geler au rond-point et dans un beau climat de convivialité.

On le voit : ces trois témoignages confirment l'analyse de Bruno Amable : les GJ sont surtout des classes populaires et de petites classes moyennes comme Anna, institutrice.

2)-Les Gilets jaunes recréent du lien social :

Mais ce n'est pas tout : Les gilets jaunes ont appris à se connaitre, à se parler. Sur les ronds points, dans les manifs, Il s'est créé une ambiance chaleureuse, humaine, où chacun demande des nouvelles de la santé de l'autre. Cette convivialité, les gilets jaunes ont à coeur de l'entretenir dans les maisons communes, lieu d'échanges, comme on en trouve à Perpignan ou à Saint Nazaire.

A ce stade, il faut donc regarder au delà des mobilisations de chaque samedi. Pointer la longue structuration sociale et politique, ébauchée notamment aux assemblées de Commentry et de Saint-Nazaire. Se battre activement pour que les GJ se dote d'un programme politique de rupture avec le libéralisme macronien. Eric Drouet pourrait se présenter à la Présidentielle de 2022, ce qui constituerait une véritable candidature de rupture avec le capitalisme déchainé, que l'on nous impose depuis Giscard !

 

 

 

 

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