GILETS JAUNES : L'IDEE DE "DEMOCRATIE", A BAS !

Personne n'ose le dire : pourtant, l'idée de "démocratie", mot caoutchouteux, consistant à glisser de temps en temps une enveloppe dans une boîte de plastique transparent, a pris un sérieux coup de vieux au cours de ces 5 semaines. Étant la grande absente des ronds-point, où se mobilisent les Gilets Jaunes. Ni le recours aux vieux chevaux professionnels de la politique devenu largement inutile. Ainsi, dans son dernier article de blog Médiapart, Philippe Marlière raconte comment Ruffin lui-même, "le plus gilets Jaune des députés"(sic) s'est vu exclure, par les GJ du rond-point d'Albert, où il était présent depuis le 17 novembre.

Sur les pancartes et banderoles des GJ, on constate l'absence catégorique des mots "démocratie", "suffrage universel", "élus, représentants du Peuples" : toute une idéologie citoyenniste dont pourtant, depuis 40 ans, on nous rebat les oreilles, tant dans les médias aux ordres que sur les réseaux sociaux. Même dans ma rue qui a vu la fin de la Commune de Paris, j'ai croisé une fille arborant un tee shirt noir sur lequel était écrit "Aux urnes, citoyens !".

Mais ce besoin forcené d'élection est soigneusement mis au rancart des têtes et des coeurs, du côté de la barricade, ou se trouvent les Gilets Jaunes.

Exactement comme lors de la révolution égyptienne de 2011 contre Moubarak analyse Alain Badiou dans son ouvrage : "Le réveil de l'Histoire", édition Lignes, 2011 : "qu'observe-t-on objectivement ? Que le mot démocratie" n'apparait pratiquement jamais. Les données capitales sont, au delà du "Dégage" unanime. Le pays, l'Egypte, la restitution du pays à son peuple lève, d'ou la présence du drapeau national"(sic) : signe, dans les deux cas, que nous avons affaire à une émeute historique, pré-revolutionnaire.

Cette aspiration anti système, hors des chemins battus du suffrage universel ne doit pas nous étonner : les classes populaires formant majoritairement les Gilets Jaunes sont des électeurs particulièrement abstentionnistes, comme le montre l'étude rédigée pour la Revue Nationale Française de Sciences Politiques du printemps 2018, par Céline Braconnier, Baptiste Coulmont et Jean-Yves Dormagen intitulée : "Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017.

Deux constats se dégagent de cet article :

1)-L'abstention aux Présidentielles 2017 est en hausse par rapport à 2012. Au premier tour, l'abstention gagne +1,7 points malgré l'offre très diversifiée et la présence de la France insoumise. Le second tour est affecté d'un décrochage majeur : l'abstention atteint 25,4%, soit le niveau le plus élevé de l'abstention depuis l'affrontement en 1969 entre Poher et Pompidou.

2)-Second constat : l'abstention des ouvriers est deux fois supérieure à celle des cadres et professions intellectuelles supérieures : 24,1% contre 11,6%. Au delà de la seule catégorie ouvriers, "plus le niveau de vie des électeurs est élevé, plus le risque qu'il soit abstentionniste se réduit. L'écart de 15,4 entre le premier et le dernier quartile"(sic).

En clair, les classes populaires ne se reconnaissent pas dans cette démocratie représentative, ce "capitalo-parlementarisme" , cette vieille ruse de l'oppresseur bourgeois", dont parle Alain Badiou, ajoutant : "sous le mot de "démocratie", nous ne trouvons que la tentation historique d'une régression sans précédent, visant à ce que le développement du capitalisme mondialisé soit conforme au libéralisme : et au pouvoir illimité d'une oligarchie financière" (cf Le réveil de l'histoire", op cit).

La réussite des Gilets Jaunes, c'est d'avoir jeté par-dessus bord cette démocratie représentative, horizon indépassable de tous nos responsables politiques, éditorialistes parisiens, idéologues autoproclamés à 2 balles issus de la Classe moyenne intellectuelle et médiatique. La même qui impose son hégémonie idéologique (notamment le suffrage universel) sur le reste de la Société.

Les Gilets Jaunes, c'est donc une rupture salutaire avec la "moyennisation idéologique de la societe" pointée par Alain Accardo dans son ouvrage "Le petit-bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques de la Classe moyenne", édition Agone, 2009. La réussite, d'ores et déjà acquise par les GJ, c'est d'avoir su réduire "l'influence" des Classes moyennes sur le reste de la société, la Classe moyenne se vivant comme le seul vecteur de changement possible. Tandis que la Classe ouvrière ne cessait de perdre de son rayonnement dans sa capacité à mobiliser l'energie sociale.

Les GJ, c'est donc la revanche des classes populaires trahies encore et encore par tous les partis de "goche". Les GJ, c'est une revanche sur ces classes moyennes, qui participent à la domination sociale de l'oligarchie, formant un véritable etablishment petit-bourgeois à eux tous seuls. Et qui font semblant de parler au nom des Classes populaires. A leur demander leur vote, et dès le lendemain faire le contraire. Le discours de JLM contre le frexit est symptomatique de ces trahisons des classes populaires, qu'on est sensé défendre. Puisque, comme explique Jacques Sapir, la sortie de la zone euro permettrait de diminuer le chômage de masse de près de 20%.

 

 

 

 

 

 

 

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