LE MENSONGE MEDIATIQUE REINVENTE UN FAUX MOUVEMENT DES GILETS JAUNES !

LE MENSONGE MEDIATIQUE REINVENTE UN FAUX MOUVEMENT DES GILETS JAUNES !

1°)- Brigitte Pascall : Je reposte un article rédigé le 8 décembre 2018 au matin. Mais qui n'a rien perdu de son actualité, au regard de la propagande médiatique déferlant sur toutes les télés aux ordres du pouvoir, depuis samedi dernier, prenant appui et exagérant de façon outrancière la baisse supposée de la mobilisation des Gilets Jaunes.

2°)-Texte :

Le mensonge médiatique réinvente un faux mouvement des Gilets Jaunes, formaté aux seules règles de la société du spectacle : avec ses "morts" présents et à venir ; son "impact économique" ; ses commerces que l'on dit abusivement "ruinés", comme le magasin Dior sur les Champs Elysées. "Paris sous haute sécurité". "L'appel au calme de M Le Pen". Les "14 points chauds", "Ses hôpitaux en alerte". "Ses lieux culturels fermés". "Un dispositif très musclé" sur 14 lieux de présence renforcée des CRS et de fermeture des magasins adjacents dans Paris. "Des blindés déployés dans Paris". Ses "grands magasins fermés".

Le même dispositif de sécurité utilisé que celui mis en place dans le cadre des manifs altermondialistes anti-G20. On parle d'expérience, ayant participé à l'une d'elle avec les militants d'ATTAC en 2011 à Deauville. La figure du manifestant pacifique est transmué en "délinquant", uniquement préoccupé de tout briser. On a l'impression de vivre un serious game géant en lévitation sur la réalité. La "France d'en bas" chère à Raffarin est présentée abusivement comme l'ennemi public numéro un.

Depuis des jours et des jours, les médias aux ordres nous imposent un mouvement des Gilets Jaunes autonomisé du réel. Comme disait Guy Debord, "tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une fausse représentation. Les images s'autonomisent du réel, formant un pseudo monde à part, objet de la seule contemplation" (cf La société du spectacle', Folio, 2788, 1992). Alain Badiou poursuit cette idée : "Je voudrais tenter aujourd'hui de montrer cet ECART, de prendre le risque, sinon du présent, DU MOINS DE CE QUI NOUS EN SEPARE, DE L'ORDRE DE L'IMAGE"(sic) (Cf "Pornographie du temps présent", Fayard/France Culture, 2013).

Le "pour de vrai" comme disent les enfants n'a plus cours. De toute façon, il n'a plus aucune importance. En l'espèce, le vrai mouvement des Gilets jaunes, avec ses problèmes pour joindre les fins de mois, frappant 80% des français (info Le Médiateur de la République), ses 250 000 contrats aides supprimés, faisant basculer un salarié en CAE (850 euros) dans le RSA (450 euros) ; ses retraites, victimes tout à la fois de la hausse de la CSG, et de pensions de retraites ne suivant pas le coût de la vie : soit l'equivalent de la suppression d'un demi mois de retraite, selon un calcul effectué par Valérie Rabault, député PS. Le fait que, chaque année, 190 000 jeunes débarquent sur le marché du travail, sans création concommitante d'emploi en CDI, ses chômeurs et ses 15 millions de pauvres, selon nos calculs, tout le monde s'en tape.

Le problème est que Facebook s'adosse à cette société du spectacle. Facebook préfère passer en boucles toute la journée d'hier la photo des gamins obligés de s'agenouiller, issue d'un article de Liberation, les mains sur la tête : sans se dire qu'ils participent plein pot à la société du spectacle, primat de l'émotionnel oblige. Absence totale d'analyse critique de cette seule photo dans le fil d'actu de chacun. "Dissolution dans l'image de tout ce qui est vérité, réalité" écrit Guy Débord ; comme si la question sociale posée avec acuité par les Gilets Jaunes ne justifiait pas de parler aussi de la vie et de la mort sociale de millions de francais, sans emploi et sans argent, toute une tragédie sociale naturellement dissimulée depuis 40 ans par le mensonge médiatique permanent, et dernièrement par des JT muets sur ce probleme...?!

Mais ce n'est pas tout : les télés aux ordres escamotent sciemment les militants pacifiques des Gilets Jaunes comme cette dame de Cahors, ayant défilé pacifiquement sur les Champs Elysees le 14 novembre, en chantant la Marseillaise : pour donner la parole complaisamment au gilets Jaune Éric Drouet, annonçant ni plus ni moins, qu'il veut entrer à l'Elysee. Sous entendu : tout casser, les meubles comme les personnes.

Comme le note très bien Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog "Fin de monde", à propos de la journée du 1er décembre, "la chute d'un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n'eéait pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de Cnews, et de France 2, et d'à peu près tous les médias audiovisuels, frappés d'incompréhension radicale" (sic). On peut penser que depuis le 1er décembre, les journaleux se sont ressaisis, nous ressortant leur énième rengaine sur le sujet, leur "savoir faire" dûment expérimenté dans le passeé Ainsi, le 14 juin 2016, en pleine mobilisation anti Khomri, BFM, Pujadas et consorts avaient réussi à zapper la très belle mobilisation inter pro +secteur public, partie de la Place d'Italie (1,4 millions de manifestants dans toute la France), pour pleurer toute la journée, faire leur "une" sur quelques vitres brisées de Necker.

Idem à propos du Mac Do "saccagé" par des "syndicalistes", des "extrémistes"(sic) le 1er mai 2018. Au point que le cortège syndical n'avait pu atteindre son point d'arrivée : place d'Italie. Les longs directs interminables sur le MC Do aux vitres brisées sont encore dans toutes les têtes. Sortant un jour plus tard de la gare d'Austerlitz, on se trouve nez à nez avec un tout petit MacDo de quartier, grand comme un timbre poste, aux vitres flambant neuves, et qui ne déremplissait pas, vu la pub XXL que lui avait faite les médias.

A ce stade, notre travail militant est de denoncer les télés bonimenteuses, inventant, par le triomphe des seules images montées en épingle, un faux mouvement de Gilets jaunes à leur convenance : plein de morts (" il y aura 10 morts a annoncé Castaner"), et de "militants" avides de sang et de destructions matérielles, en apesanteur sur le vrai mouvement des Gilets Jaunes, posant à juste titre la question sociale.

Comme écrivait Alain Accardo à propos de la petite bourgeoisie médiatique "En fait, c'est le règne du bavardage logorrhéique, le triomphe du lieu commun et de l'incontinence médiatique, ou on ne cesse de parler pour ne rien dire" ("Le petit-bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des classes moyennes", édition Agone, 2009. Un excellent résumé pour dépeindre les talk show interminables et vains entendus depuis 3 jours sur toutes les chaînes d'actu à propos de la journée du 8 decembre. La télévision est devenue inécoutable, imbuvable, un moment de supplice et de triomphe de la Bêtise majuscule.

Là où on s'inquiète, c'est de voir Facebook reprendre les fausses problématiques des journaleux aux ordres, dans un fil d'actu dominé par le sensationnel et le degré zéro de l'analyse critique...!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.