Les Gilets Jaunes veulent-ils faire la Révolution ?

1°)- Ernesto Monteagudo : "Badiou : la France est le pays des révolutions mais aussi la la terre des pires réactionnaires. Bien sûr la dialectique nous fait comprendre que l'un ne va pas sans l'autre. La révolution et la subjectivité des masses. D'après Gramsci la classe révolutionnaire ( prolétariat ) doit conquérir l'hégémonie culturelle dans l'ensemble de la société pour faire la révolution (ce qui n'est pas une mince affaire !).

Pour les marxistes et leur matérialisme historique, la révolution découlerait du conflit de l'infrastructure économique entre les forces productives ( F.P ) et les rapports sociaux de production ( R.S.P ) qui leur correspondent , quand les R.S.P deviennent des entraves au développement des F.P , que tout à été essayé et que tout a échoué ... Les régimes autoritaires passent et s'épuisent sans qu'automatiquement une révolution n'éclate ...

Ce qu'il faut savoir , c'est que le climat de guerre civile actuelle est très néfaste pour l'exploitation et la prédation capitaliste . Il ne permet pas le maintien du Taux de Profit moyen souhaité . Que l'oligarchie pourrait fort bien remercier son employé modèle qu'elle a mis en place avec une grande facilité, étant donné qu'en France la gauche social-démocrate largement hégémonique est en fait une droite, laissant le peuple sans aucune défense devant la prédation capitaliste inouïe actuelle .

C'est tout ça qui explique le mouvement gilets jaunes . La prédation capitaliste qui n'arrive pas à se donner un Taux de Profit suffisant malgré le vol important manifeste opéré par l'oligarchie et la trahison habituelle de la fausse gauche et véritable droite . Mais le mouvement gilets jaunes ne cherche pas le renversement des R.S.P (qui est la définition marxiste d'une révolution +++ ) . Il réclame simplement plus de justice dans la répartition des richesses produites . Est-ce possible ? On pourrait naïvement répondre que oui , mais peut-on ignorer l'Union Européenne , la mondialisation capitaliste, et la crise structurelle profonde du système capitaliste inédite par sa durée , sa gravité , et l'absence de solutions keynésiennes sérieuses à proposer pour améliorer la situation

2°)-Brigitte Pascall "Les régimes autoritaires passent et s'épuisent, sans qu'automatiquement aucune révolution n'éclate" écris-tu. C'est le cas du régime Sarkosy et Hollande, qui ont "survécu", à cause de directions syndicales corrompues, qui ont empêché :

1)- le succès de la mobilisation sociale contre la réforme des retraites à l'automne 2010, malgré des millions de personnes dans la rue. Et des grèves sévères des raffineries, donnant lieu à une "cagnotte" de solidarité étonnante : souvent constituée de petits chèques de précaires et d'allocataires au RSA.

2)-Même scénario en 2016 : malgré 14 journées nationales de mobilisation, avec 1 million de personnes dans la rue le 31 mars et 1,4 millions de manifestants anti-Khomri le 14 juin, le mouvement à échoué à cause de Martinez et Mailly achetés à prix d'or.

3)- Toute la question est de savoir comment va se terminer aujourd'hui le mouvement des Gilets Jaunes. Car il n'y a pas de directions syndicales à acheter, ni de "chefs" reconnus des GJ. Voilà pourquoi la situation est plus imprévisible que jamais.

S'agissant de la conquête de l'hégémonie culturelle, en 2 mois de lutte, les Gilets Jaunes se sont imposés dans les têtes et dans les coeurs. On ne parle que de RIC, et dans une moindre mesure, d'amélioration des conditions de vie des Classes populaires. La "prime" de 100 euros concédée par Macron est une façon pour le Pouvoir de se positionner sur le pouvoir d'achat des salariés, ce qui ne va pas de soi, après des années et des années d'austérité et de gels des salaires.

Ce qui manque aux Gilets jaunes, c'est un "programme", un corps d'idées nouvelles capable de les fédérer autour d'une nouvelle proposition politique. La rédaction d'un programme reconnu comme légitime par tous les Gilets Jaunes est le grand enjeu numéro un de 2019..

3°)-Ernesto Monteagudo : les questions posées dans ce que tu viens de dire semblent essentielles . À mon avis il n'y a pas encore de réponses . La société capitaliste actuelle n'a pas fini de fasciner les citoyens et ça de manière massive . Il y a un chapitre de Marx très difficile à comprendre nommé << le fétichisme >> de la marchandise . Ce phénomène apparaît au Moyen Âge dans le stade pré-capitaliste de la production . Il s'agit de la sacralisation d'une marchandise particulière qu'est l'argent ...

Cette marchandise permet la confusion entre la valeur d'usage et la valeur d'échange . La valeur d'échange prend le dessus sur la valeur d'usage qui est refoulée (en terme de psychanalyse) massivement , ainsi que la procès de production de cette valeur d'usage et les rapports sociaux de production qu'il implique .

Cette distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange et la prédominance de la valeur d'échange dans la société grecque fut faite par Aristote bien avant Marx . La société actuelle fascine et séduit par la marchandise . Or c'est le mode de production lui même qui est en crise . La dépolitisation relative de la population et la méconnaissance des raisons profondes de cette crise ne vont pas aider les mouvements spontanés de révolte contre ce système inique

4°)-Brigitte Pascall : "le renversement des R.S.P (qui est la définition marxiste d'une révolution +++ )" écris-tu. Or, les RSP (rapports sociaux de production) ne sont pas un tout "monolithique". Il est évident que l'exemple que tu as choisi, la petite joie de la marchandise, n'est pas prête d'être détruite, même après 100 000 Révolutions, tant elle touche le plus intime de nous même : la valeur d'uage mêlée et indissociable de la valeur d'échange ! Sur ce point, tu as parfaitement raison.

En revanche, on peut se demander jusqu'où les Gilets Jaunes, tant dans leur discours que dans leurs pratiques en remettent pas en cause un autre élément essentiel des RSP, à savoir la "démocratie parlementaire bourgeoise", qui, en l'espace de 2 mois, a perdu beaucoup de sa splendeur d'hier encore. Prenant même un sacré coup de vieux tout à coup. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le fil d'actu de Facebook, fourmillant de commentaires appelant au RIC et à LA DEMOCRATIE DIRECTE. On ne dit pas "autogestionnaire" comme dans ma jeunesse au PSU, mais c'est tout comme !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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