La FI ne défend pas sérieusement le mouvement social anti réforme des retraites !

La droitisation de la France Insoumise (FI) « recentrée » à compter de fin juin 2017 conduit le mouvement à s’autodétruire. Un tel virage opportuniste scelle la victoire idéologique de la droite de la FI menée par Alexis Corbière...

En juin 2017, les députés de la France insoumise abandonnent notre programme "L'avenir en commun". A la place, ils optent pour une stratégie PS bis, "macroncompatible". Cette droitisation de la France Insoumise  conduit le mouvement à s’autodétruire. Un tel virage opportuniste scelle la victoire idéologique de la droite de la FI  dite "réaliste" menée par Alexis Corbière. Ligne droitière pourtant minoritaire au sein de la FI, et au sein de son électorat.

En effet, comme le note Alain Badiou dans un entretien aux Inroks du 17 mai 2017 : «se constitue peu à peu, notamment dans la jeunesse éduquée, en même temps que dans la strate proprement “prolétaire” de notre situation – singulièrement les ouvriers de provenance étrangère et leurs descendants –, une demande d’offensive politique clairement située hors consensus, mais de façon réelle, et non fictive et bassement identitaire, comme celle que propose le FN. C’est ce qui a donné son élan à Mélenchon et à la France insoumise."(sic).

Autre chiffre qui va tout à fait dans le même sens que l’analyse d’Alain Badiou : une enquête de l’INSEE du 7 octobre 2017 montre que seulement 2 jeunes sur 10 ont voté aux deux tours de l’élection présidentielle et aux deux tours de l’élection législative : ce qui montre la faible appétence des 18-25 ans pour le suffrage universel. Ce même système parlementaire exagérément plébiscité par JLM, à travers ses slogans simplistes : « je vote, il dégage ». Ou encore : « donner un raclée démocratique à Macron », où le bulletin de vote est conçu comme le seul moyen de faire de la politique, indépendamment du combat de rue et de la lutte idéologique dans le cadre d'un programme politique mis au rancart.

 On le voit :  le virage droitier opéré par la Direction de la FI est le contraire des attentes anti systèmes de la jeunesse 2017-2018,. Mais aussi des gilets jaunes et des militants anti réforme des retraites, qui étaient 2 millions dans le rue les 05 et 17 décembre 2019 : du jamais vu de mémoire de journaliste depuis les années 70 !.

1°)-Corbière a le même mode opératoire que Julien Dray : 

1.1°)- La naissance de SOS racisme :

Corbière a le même mode opératoire que son mentor politique : Julien Dray. C'est à lui qu'on doit la naissance des "beurs" en 1984 et de SOS Racisme. Sur ce sujet, nous nous appuyons sur l'ouvrage rédigé par Thierry Blin, professeur de sciences politiques : "L'invention des sans-papiers", édition PUF, 2010. Voilà ce qu'il nous apprend :

Du quartier des Minguettes (banlieue lyonnaise), suite à une blessure par balle d'un jeune maghrébin par un policier, s'initie en 1983 une longue marche pacifique animée par le curé rouge Christian Delorme et le pasteur Jean Costil. Marche qui arrive à Paris le 3 décembre 1983. Les médias modernistes, "Libération", "Globe", s'emparent de l'initiative.

De son côté, SOS Racisme est un mouvement créé par Julien Dray au même moment, afin de "neutraliser"/éliminer politiquement parlant Convergences 1984 (marche de beurs). SOS Racisme est créé depuis l’Elysée, et se fait connaître à grand renfort de distribution de sympathiques petites mains paraphées : "touche pas à mon pote". Soit une façon de s'adresser au "Peuple" en plein tournant de la "rigueur".

Symboliquement la figure de l'immigré remplace celle de l'ouvrier, tandis que la question sociale est mise au rencart. Derrière un abondant verbiage inoffensif sur la fraternité, SOS Racisme, quoique gavé de subventions publiques, n'a aucun ancrage populaire, aucune activité réelle. Le mouvement se contente d'organiser des "concerts de pote". Et des actions judiciaires contre les videurs de boite de nuit, ayant refusé l'entrée de "beurs", soient des sujets en tête d'épingle, qui laisse entière et non traitée la question de l'immigré.

1.2°)- Corbière a le même mode opératoire que Julien Dray : 

Sur le même mode opératoire, Corbière invente un "faux" mouvement de la France insoumise, à partir de juin 2017 : qui vient se substituer à la FI première manière, véritablement antisystème. La FI cru 2016 participait du modèle classique du parti social-démocrate, avec : un "parti de masse", un leader, un programme. La FI juin 2017 devient un "mouvement de cadres", pour reprendre la formule de Maurice Duverger : ramené à ses seuls 17 députés LFI. Où les militants de base n’ont aucun rôle, sauf de coller les affiches et d’applaudir les «vedettes » du mouvement. Notre programme "L'avenir en commun" a totalement disparu de la circulation, avec son rédacteur.

En juin 2017, on assiste à un changement de nature de la FI très important, avec un mouvement fonctionnant à la seule rhétorique (projets d’amendements aussitôt mis à la poubelle, passages média ou tweets et posts sur Facebook). Sans aucun programme. La FI-juin 2017 fait de l'opposition de salon inoffensive à Macron. Un mouvement "qui n'est pas pour de vrai", pour parler comme les enfants.

Mais ce n'est pas son caractère droitier qui nous pose seulement problème. C'est d'avoir véritablement transmué la FI première manière, mouvement de masse, avec un porte-parole unique, JLM, dotée d'un programme "L'avenir en commun", en mouvement d'un nouveau genre, rétracté sur le seul groupe croupion de parlementaires LFI, sans aucun pouvoir autre que de parler. Sans ancrage sur le terrain. Sans programme, puisque notre programme mis de côté : exactement sur le modèle de SOS racisme créé par Julien Dray, mentor politique de Corbière.

SOS Racisme ne faisait pas de véritable "critique sociale". Ce mouvement était ultra compatible avec le pouvoir en place Mitterrandien. La preuve : pour le remercier de son bon travail, Mitterrand donne à Julien Dray de nombreuses subventions publiques et un poste de député dans l'Essonne. Idem pour Corbière en 2017 devenu député de la Seine-Saint-Denis.

La comparaison de SOS Racisme avec un "vrai" combat de défense des immigrés montre combien le destin historique de SOS Racisme, plébiscité par Mitterrand dès sa création, renseigne sur la "vraie" nature de SOS Racisme. Un "vrai" mouvement, faisant de la "vraie" critique sociale se serait heurté forcément à la profonde hostilité des pouvoirs publics. Si SOS Racisme a eu un destin public aussi exceptionnel, présent dans les médias, bénéficiant d'aides publiques exagérées, il le doit à sa véritable nature de "faux" mouvement immigré, occupant  seul le terrain médiatique, afin d'empêcher un "vrai" mouvement défendant sincèrement la cause des immigres d'accéder dans la bulle des sujets dont on parle.

C'est exactement la même stratégie de la FI-juin 2017. La FI est devenue une opposition inoffensive qui occupe le terrain de la gauche critique. De nombreux indices concordants l’attestent : tous les élus de la FI ont voté "Macron" au second tour. Inversement, les candidats de la FI qui n'ont pas voté Macron n'ont pas été élus. Macron "tient" donc les élus par leur élection elle-même. Corbière défend les cantines biologiques, et recommande de "critiquer Macron mais pas trop" ( BFMTV, décembre 2018). Interrogé sur l'échec de la mobilisation sociale contre la suppression du statut des cheminots, Corbière estime que « cet échec passe par perte et profit : qu’il est sans importance » (sic) (voir BFMTV de juin 2018, entretien avec J-J Bourdin)

De son côté et depuis juin 2017, Mélenchon développe un discours feutré, euphémisé. Dans son discours de rentrée du 25 août 2018, il  recommande d'abandonner les idées et d'aider le gens à déménager. En rencontrant Macron à minuit à Marseille en septembre 2018. En lui sauvant la mise, lors de la discussion de la motion de censure suite à l'affaire Benalla, -JLM concentrant ses attaques sur le seul Edouard Philippe. Parlant de la mobilisation contre la casse du code du travail, il affirme "que Macron a le point"(sic), façon de casser une mobilisation abandonnée aussitôt par les troupes insoumises : Mélenchon montre clairement qu'il ne veut pas prendre le pouvoir, ni jouer les alternatives politiques qu'il a clairement cessé d'être.

Dimanche soir sur BFMTV, Mélenchon nous a fait son numéro de curé de village apolitique, ce qui, après deux mois de grève, notamment contre la réforme des retraites est un crève coeur. Il ne manquait plus que la chanson "Colchique dans les prés" chantée à la veillée par les insoumis.

Aujourd'hui, il ne défend pas sérieusement le mouvement social anti réforme des retraites, en proposant par exemple un "gouvernement de transition au socialisme" : scénario qui montrerait l'existence d'une alternative à l'ultra libéralisme non contesté à ce jour.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.