LA BATAILLE CULTURELLE DE LA NOUVELLE FI (suite) :

LA BATAILLE CULTURELLE DE LA NOUVELLE FI (suite) :
 

Ce matin, nous poursuivons notre analyse du discours dominant bourgeois, en nous appuyons sur l'ouvrage rédigé par Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, intitulé "La production de l'idéologie dominante", édition Raison d'agir, 2008. En réalité la reprise d'un long article de 70 pages de la revue "Actes de la Recherche en sciences sociales" publié en 1976. D'où de nombreux exemples choisis dans le discours d'un Michel Poniatowski par exemple.

L'inculcation consciente d'une pensée homogénéisante renforce l'unité idéologique spontanément assuré par l'orchestration des habitus de classe. Et se réduit souvent à un petit nombre de schèmes générateurs assssez simplistes, excluant tout concept obscur, tout raisonnement trop complexe, bref tout ce qui sent le "vrai" intellectuel. En clair, la pensée dominante, c'est de la rhétorique, de la "com" comme on ne disait pas encore sous Giscard, au moment où ce texte a vu le jour. Le discours de l'idéologie dominante a pour fonction première de maintenir la cohésion des exécutants, en renforçant la croyance du groupe dans la légitimité de l'action de son chef : hier, celle de Giscard, aujourd'hui celle de Macron.

Opposition entre le passé dépassé et condamné (on pense au petit village chanté par Charles Trenet dans "Douce France", ou à la nation "France") et l'avenir "moderne" réservé aux seuls "entrepreneurs" de start up, aux grandes "métropoles", à qui Macron veut encore donner plus de pouvoir. Au modèle américain que les médias nous vantent chaque jour, chaque seconde, tandis que l'attachement au terroir est sensé constituer un obstacle à la nécessaire mobilité.

REFERENCE PEJORATIVE AU PASSE :

Référence péjorative au "passé" encore, lorsque Giscard reproche à Mitterand, dans le célèbre duel de l'entre-deux-tours de 1981 d'être "un homme du Passé"(sic). Auquel Mitterrand répond aussitôt : "et vous vous êtes un homme du passif". On retrouve ce même argument dans la bouche de Macron, reprochant au candidat JLM "de faire de la vieille popol"(sic). Sauf que, lorsqu'on voit les meetings fleuves, pleins à ras bord, avec beaucoup de jeunes chez Mélenchon, on se dit que "la vieille popol" a encore de beaux restes. Comme dit l'adage : "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes". L'ancien, loin de devoir être systématiquement disqualifié, recèle une mémoire politique pleine de diamants noirs comme Jaures, Pierre Mendès-France, Croizat, etc.

Mon texte fondateur de CONTRE POUVOIR n'est même pas terminé : et déjà, on me reproche de ne m''interessser qu'aux "vieux". Tandis que Corbière, avec son cirque parlementaire digne de la IIIème République, nous dit sans rire qu'il est la figure de la "modernité", et de "la politique de demain".

LE DISCOURS DES "PRIVILEGIES" :

Le discours dominant identifie les freins et les résistances à la défense "des droits acquis" : les syndicalistes et militants dans la rue se battant contre la casse du code du travail ou contre la suppression du statut des cheminots sont jugés "archaïques", butte témoin du vieux monde inutile. Ce ne sont que des "privilégiés", comme les médiacrates ont pu le dire de conducteurs du rail gagnant 1293 euros par mois. Ce discours est proprement ahurissant : on voyait des millionnaires (De Closets, Dacier, ex PDG de L.C.I, ex PDG de l'O.M) traiter les cheminots (smicards) de "privilégiés, alors que c'est exactement le contraire ! Dans un système politique "juste" que le courant CONTRE POUVOIR préconise, c'est de Closets et Dacier qui seraient les vrais privilégiés, et qui devraient mettre la main au porte-monnaie !

LES MANIFS SONT LE FAIT DE "MINORITAIRES" !

La mobilisation anti Khomri a donné lieu à 14 journées nationales et à de longues grèves de raffineries et de déchetteries. Une mobilisation très importante comme on en avait pas vu depuis le mouvement social de l'automne 2010 contre les retraites. Qu'importe. Dès la première journée, les médias aux ordre n'ont eu de cesse de stigmatiser les manifs contre le projet Khomri, qualifié de "minoritaires", et cela pendant toute la durée du mouvement social.

Le discours dominant est un nettoyeur de faits. Il réécrit totalement l'histoire, primat de la "post vérité" oblige. Nous étions un million le 12 septembre 2017, 220 points de départ de cortège, à contester la casse du code du travail. Ce chiffre avait tourné toute la journée sur les réseaux sociaux, et avait été amplement partagé sur les murs de chaque militant  facebookien. Avec F-J Bigotière, nous avions passé l'après-midi, à poster des photos de manifs joyeuses et nombreuses dans de nombreuses villes : Marseille, Saintes, Périgueux, Bordeaux, Nantes, Lille, Lyon, Nîmes, Tulle, Grenoble, Strasbourg, etc...No problem : Martinez lui-même a remballé le chiffre initial de la CGT, pour annoncer in fine un triste 400 000 adhérents. Et c'est là où vous comprenez que l'idéologie dominante se niche, y compris au siège des confédérations syndicales. Et que, à la différence de Corbière, je n'ai aucune confiance en Martinez pour la réforme des retraites à la rentrée...

LA CIRCULATION CIRCULAIRE DE L'IDEOLOGIE DOMINANTE :

Par ailleurs, dans l'ouvrage cité plus haut, Pierre BOURDIEU nous parle de LA CIRCULATION DE L'IDEOLOGIE DOMINANTE. On peut constater une "circulation circulaire" du discours de l'idéologie dominante, présente au même moment, dans différents points de l'espace social : dans un rapport d'Etat, le MEDEF, le siège social de la CFDT, BFMTV, Libération, etc..."Cette circulation circulaire est prompte à produire UN EFFET D'AUTOCONFIRMATION ET D'AUTO RENFORCEMENT, et par là l'illusion de son "évidence" (sic) explique Pierre Bourdieu.

De la même façon, nous prévoyons tout un chantier de débats sur la 6ème République, la lutte contre la pauvreté, la subordination de la finance folle...L'idée sera d'imaginer une "circulation circulaire" de nos idées : au sein de la FI, mais aussi sur les réseaux sociaux, lors de passages médias de responsables de la FI, de nature, de façon à produire un effet d'instantanéité et de légitimation de nos idées au départ minoritaires...

 

 

 

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