L'hégémonie de l'ordre social n'est plus assurée sur les gilets jaunes !

L'HEGEMONIE DE L'ORDRE LIBERAL ANCIEN N'EST PLUS ASSURE SUR LES GILETS JAUNES !

Domi écrit : "L'hégémonie de l'ordre ancien (libéral) n'est plus assuré sur le Peuple"(sic). Rien de plus juste. Depuis le 17 novembre, début du mouvement des Gilets Jaunes, on assiste à une démonétisation accélérée de la "gôche" tenant depuis 35 ans le système sur le Peuple français : toute cette petite bourgeoisie éduquée, délicate Classe moyenne, en surplomb, apesanteur du reste de la société : s'autorisant à jauger, juger seule le monde social, produire seule les représentations légitimes qu"il mérite (ah ! Le primat de l'idéologie citoyenniste attachée au suffrage universel ! ), au nom de la croyance dans la toute-puissance de ses diplômes, du bien fondé de l'idéologie libérale et du suffrage universel : croyance qu'elle traîne par semi-remorques derrière elle, depuis son passage obligé à l'ENA, Écoles de journalisme, Sciences Po, et autres écoles du Pouvoir estampillées dans l'imaginaire social.

Comme analyse Alain Accardo, jusque là, la petite-bourgeoisie de gauche oeuvrait activement au service de l'oligarchie et de l'immobilisme. Social (cf "Le petit-bourgeois gentilhomme. Sur les prétentions hégémoniques des Classes moyennes", édition Agone, 2009. Constat corroboré par Emmanuel Todd comparant la société française actuelle à la "Belle au Bois dormant" (cf interview sur le site Atlantico du 1er juillet 2016).

Or, depuis le 17 novembre, l'hégémonie de la Classe moyenne sur le Peuple des gilets jaunes n'est plus assurée. Le Peuple, d'abord les Classes populaires, puis progressivement les petites classes moyennes, comme le montrent les rassemblement à Bordeaux et à Toulouse (Gilets jaunes + gilets rouges + étudiants),  ou encore la présence dans ces défilés de nos  amis facebookiens : Djorje Kuzmanovic, France Lebas, Christophe Saulière...,  forment dans les ronds-points et les manifs du samedi UNE REPRESENTATION DIRECTE : court-circuitant l'hégémonie d'hier des élus et responsables de "gôche" : PS, EELV, PCF, élus FI. Les partis de gauche sont menacés dans leur existence même, ce qui explique tous les ronds de jambe que font Fabien Roussel (dirigeant du PCF) et JLM (FI) aux figures des gilets jaunes, comme par exemple Éric Drouet. ATTAC, de son côté, invite Priscilla Ludovski, promue nouvelle intellectuelle de choc.

Non seulement, ces manifs composites de gilets jaunes, militants syndicaux de SUD ou de la CGT, étudiants, forment une expression directe du Peuple, mais aussi, comme on disait déjà dans les années 70, L'ESQUISSE D'UNE NOUVELLE UNITE POPULAIRE, "une oppositions extra parlementaire", comme on pouvait en voir au cours des manifs de Mai 68, puis de celles qui ont suivi tout au long des "années rouges" : 1968-1978. Court-circuitant allègrement les représentants de la "gôche" en réalité au seul service de Macron, ces nouveaux rassemblements forment UN BLOC ANTI-BOURGEOIS, à qui il ne manque qu'un programme politique fédérateur. L'Histoire avance donc à grands pas. Comme écrivait Guy Debord en 1975 (année rouge) : "La forêt de l'histoire est en marche contre leurs châteaux de fausses cartes, et commence déjà à en resserrer l’investissement" in "Réfutations,1975.

Les manifs réitérées des gilets jaunes accélèrent le déclin du culte du suffrage universel. Comme écrit Alain Badiou : "la sauvage incroyance grandit" (sic) (cf Considérations philosophiques sur la très singulière coutume du vote, étayés sur l'analyse de récents scrutins en France", Lignes 2002/3 n°9). Ainsi, les élections présidentielles 2017 avaient déjà montré le chemin, la majorité des jeunes et des classes populaires cessant de se conformer à cette religion d'Etat (cf étude sur l'abstention aux Présidentielles 2017 réalisée par Céline Braconnier pour la Revue Nationale Française de Sciences Politique printemps 2018). Les scrutins partiels intervenus au cours de ces derniers mois (cf élection dans l'Essonne), montrent même une abstention de l'ordre de 70% en moyenne. Sans grande surprise, le scrutin des européenens de mai 2019 va battre tous les records de non participation, et les manifs hebdomadaires des GJ y sont et y seront pour quelque chose....!

En effet, ce qui s'invente tous les samedis, c'est une autre façon de faire de la politique, sans élections truquées, sans directions syndicales corrompues, achetées à prix d'or, sans un personnel politique petit-bourgeois, officiellement de gôche, qui n'a eu de cesse de clamer sa prolophobie à tort et à tue tête. Ce qui s'invente tous les samedis, c'est une autre façon de faire de la Politique, que celle des urnes, où la moitié de l'électorat s'abstient, sans des professionnels de la politique ne défendant pas sérieusement le Peuple et la question sociale.

A ce stade, toute la question est de savoir ce que veut faire sincèrement JlM : 1°)-soit, une simple récupération politicienne minable et sans lendemain. 2°)-Ou bien une véritable alliance, notamment un programme fifty/fifty avec les gilets jaunes, ce qui suppose d'abord de ressortir de la naphtaline notre programme "l'avenir en commun", et mettre au rancard la stratégie PS bis menée par la direction de la FI depuis juin 2017....!

Car l'organisation des gilets jaunes, sous une forme autonome et/ou sous forme d'alliance avec la FI est une condition absolument indispensable de la réussite de ce mouvement. Come écrivait Alain Badiou, "une organisation politique, c'est le Sujet d'une discipline de l'évènement, un ordre mis au service du désordre, le gardiennage continu d'une exception. Elle est une médiation entre le monde et le changement de monde, c'est en quelque sorte l'évènement mondain du changement de monde, car l'organisation traite de la question subjective : "comment être fidèle au changement du monde, dans le monde lui-même ?" (sic) (extrait Le Réveil de l'Histoire", édition Lignes, 2011)....!

 

 

 

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