Le suffrage universel participe de la culture de l'élite !

1°)- Le suffrage universel participe de la culture de l'Elite conservatrice !

La "République représentative" n'est qu'une fiction. En réalité, l'objectif de notre système électoral revient à empêcher la volonté populaire de s'exprimer, comme le montre la forte abstention (un français sur deux) aux élections européennes de 2019 ! Et la forte abstention constatée en 2017 : dès le premier tour, il y avait 10 millions d'abstentions, malgré une offre variée !

Le slogan "Élections piège à cons" ne remonte pas seulement à Mai 68. Jules Grevy, qui était loin d'être un gauchiste, dénonce, dès septembre 1848, la "royauté déguisée" de l'élection du Président de la République au suffrage universel. Le suffrage universel a été conçu par des juristes et hommes politiques de droite : Odilon Barrot, Ministre de Louis-Philippe, Tocqueville, François Isambert et Louis-Marie de Lahaye de Cormenin, constitutionnalistes. En aucune façon, l'idée du suffrage universel n'est une revendication populaire mais au contraire participe de la culture de l'élite conservatrice.

Le suffrage universel invente un pur théâtre d'ombres, jeu pipé, signant de fait la rouerie de professionnels de la politique vivant grassement sur la manne de l'argent public. Faisant croire aux gogos qu'ils contribuent à l'expression de la souveraineté populaire, alors que le vote n'est qu'un outil par lequel se perpétuent les injustices les plus criantes : des inégalités passées d'un écart de 1 à 30 dans les années 70 à un écart de 1 à 386 en 2014. Et la réforme de l'ISF de Macron a contribué à donner un chèque de 253000 euros aux 0,5% des français les plus riches (cf étude de Thomas Piketty) !

La démocratie représentative est un système organisé par l'oligarchie pour maintenir la surreprésentation des classes moyennes supérieures : en aucune façon, pour produire une représentation des classes populaires.

2°)- Il faut désacraliser le suffrage universel !

Mais ce n'est pas tout : le suffrage universel est une orthopédie sociale analyse Alain Garrigou, professeur de sciences politiques, page 277 de son ouvrage désormais classique : "Le vote et la vertu : comment les français sont devenus électeurs", édition Presses de la Fondation Nationale des sciences politiques 1993. Malheureusement, il ne développe pas cette idée forte et stimulante, parlant ensuite d'autre chose plus "convenable", en historien rangé des polémiques dangereuses. A nous de réfléchir et de prolonger un peu son analyse. Comme dit Le Robert 2016, "l'orthopédie est l'art de prévenir et de corriger les diffformites du corps chez les enfants"(sic).

De la même façon, le suffrage universel est l'art de corriger la politique populaire du combat de rue, en imposant à tout un chacun la culture légitime de l'élite bourgeoise. Cette approche en terme de conflits de cultures (moyennisation idéologique forcée des classes populaires) permet de donner au geste de l'abstention (présentée par les médias aux ordres comme un "mal"), alors qu'il s'agit en réalité d'une forme de "résistance populaire" à l'idéologie dominante, rarement pointée lors des analyses officielle du phénomène abstentionniste. Naturellement, les sociologues bourgeois préfèrent occulter cette vraie analyse, "expliquant" l'abstention par le manque de diplôme de l'électeur ayant déserté les urnes.

A partir de là, "la révolution citoyenne" chère à JLM n'est que l'obéissance craintive aux codes culturels bourgeois, que l'on se doit d'adopter, sous peine de ringardise absolue. Il faut désacraliser le vote au suffrage universel, au lieu de l'élever au pinacle.

Dénoncer la vie où tout est gratuit pour le député national ou européen, vivant sur un grand pied grâce à la manne publique de l'argent public : pour un député européen : 7 115 euros de traitement de base + 4 500 euros de prime de transport + 300 euros par vote, soit une façon facile de se faire de l'argent en multipliant les votes inutiles.

Dénoncer surtout un personnel politique, ignorant volontairement les classes populaires et leurs problèmes de fin de mois pour 80% des français.

Idem pour Facebook, dont l'analyse du fil d'actu montre qu'il a perdu son côté militants faisant joyeusement la critique sociale du pouvoir en place : pour ceux qui s'en souviennent : le Facebook de l'automne 2010 contre la réforme des retraites voulue par Sarkosy. Idem pour le Facebook contre le triste projet Khomri du printemps 2016. Ou le Facebook de la campagne présidentielle dans le camp des insoumis !

Inversement, le mois de juillet 20019 s'est illustré sur Facebook par des polémiques mineures, banales, pour ne pas dire microscopiques : le tweet de Moorano contre Sibeth Ndaye ("la meuf is dead") ; les fringues de Sibeth Ndaye ; le départ forcé de De Rugy, objet d'un milliard de posts d'intérêt secondaire. Inversement, on notera le silence de Facebook sur le combat majeur des Gilets Jaunes, pointé fort justement par mon ami Dominique Kern. Comme aurait dit René Char : "l'essentiel a été remplacé par l'insignifiant"(sic).

On propose au contraire de REVENIR AU VIVANT, AU CONCRET, à l'anti-société du spectacle chère à Guy Debord, où les images sont autonomisées du réel. Partir de la réalité, notamment toute une réalité mise au rancart : le chômage et la pauvreté de masse de 15 millions de français, selon nos calculs. Réhabiliter toute une culture populaire mise sur le bas-côté de la route, au profit de la culture citoyenniste bourgeoise et petite-bourgeoise en réalité minoritaire dans le pays.

Voilà pourquoi nous avons créé le rassemblement "Pouvoir au Peuple souverain", comprenant le PRCF, le Pardem, le CNSJS, les "Insoumis démocrates" et "Rupture, Pouvoir aux insoumis", qui présentera des listes citoyennes aux Municipales 2020, espace de réappropriation et d'expression de la culture populaire, du Pouvoir au Peuple et du contrôle à la base !

 

 

 

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