La dictature de l'Union Européenne sans demander une validation démocratique !

Ce billet pointe le coup de force de l'Eurogroupe (Bruxelles), qui a imposé la supranationalité aux Peuples de l'Union Européenne, sans jamais leur demander un avis individuel et démocratique

1°)-Jacques Sapir écrit dans son blog du 29 août 2015 : "L'euro est un projet politique. Pour les promoteur de la monnaie unique, et ils ne s'en sont jamais cachés, il s'agissait de faire subir à l'Union européenne un saut décisif dans le FEDERALISME mais de le faire de manière implicite, SANS JAMAIS DEMANDER UNE VALIDATION DEMOCRATIQUE dont ces mêmes promoteurs pressentaient qu'elle serait refusée.

La nature anti démocratique du projet est inscrite dans ce dernier dès l'origine. Il s'agissait donc, dans l'esprit de ces promoteurs, de faire basculer de façon décisive les règles et les méthodes de gouvernement pour les pays qui l'adopteraient. L'euro, ce n'est donc pas seulement des institutions explicites comme la Banque Centrale européenne ou implicites comme l'Eurogroupe. C'est aussi un principe de gouvernement qui, du fait des conséquences économiques de l'euro s'affirme sous la forme d'une évidence progressivement à tous ceux qui l'acceptent. Elle les amène, ou les contraint à accepter le démantèlement de l'ensemble des institutions sociales, qu'il s'agisse des différentes mesures prises en 1945 ou du Code du travail. L'Euro est donc à l'origine de la grande régression qui est en train de se produire sur le terrain social. Mais l'euro fonctionne aussi comme un cadre qui vide la démocratie de son contenu, et progressivement de son sens" (sic).

2°)- Brigitte Pascall : ce matin, dans ma boite d'archives "Europe", j'ai retrouvé de vieux billets de blog de Jacques Sapir rédigés en 2015. Et dont la teneur intellectuelle est cent mille coudées au-dessus du triste niveau mental de la campagne des européennes que nous venons de vivre.

Dans cet extrait de billet de blog, Jacques Sapir pointe le coup de force de l'Eurogroupe (Bruxelles), qui a imposé la supranationalité aux Peuples de l'UE, sans jamais leur demander un avis individuel et démocratique. La nature dictatoriale du projet européen est inscrit dans son fonctionnement actuel, qu'aucun candidat, notamment celle de la FI, ne remet en cause. L'Euro, ce n'est pas seulement une institution comme le Parlement européen, c'est un fonctionnement quotidien (l'euro non dévaluable à l'intérieur de l'UE), qui amène progressivement Bruxelles à concentrer tous les pouvoirs. Et à détruire les acquis sociaux de 1945 et notre vieux code du travail de 150 ans.

Voilà ce que devrait dire Manon Aubry au débat de ce soir, si elle avait quelque chose dans le ventre !

ABSTENTION LE 26 MAI, LA SEULE POSITON INTELLIGENTE DU MOMENT...!

2°)- LE MOMENT SOUVERAINISTE...!
 

(Extrait du billet de blog de Jacques Sapir  du 1er janvier 2016)

Ce moment souverainiste que nous vivons prend un sens particulier en Europe. Il en est ainsi car les institutions de l’Union européenne, que l’on confond hélas trop souvent avec le concept d’Europe, ont progressivement violé la démocratie et la souveraineté. Il y a maintenant plus de dix ans, en 2005, le peuple français et celui des Pays-Bas rejetaient par leurs votes le projet de traité constitutionnel élaboré à grand frais par les élites politiques. Ils ne l’ont pas rejeté pour des raisons conjoncturelles, loin de là. Ce rejet était celui d’un projet ; il traduisait un mouvement de fond[10]. Pourtant, ce même projet leur fut imposé dans cette parodie de justice que fut le traité de Lisbonne, dont la ratification en France intervint dans un contexte de connivence assumée entre le Parti socialiste et l’UMP.

Dès lors, pas à pas, l’on a empiété sur les libertés politiques des peuples jusqu’au scandale inouï qu’a représenté l’affrontement entre un gouvernement démocratiquement élu en Grèce et les institutions européennes. Ce ne fut plus un simple vote que l’on a alors violé, car la position du peuple grec exprimée le 25 janvier, lors de l’élection qui porta SYRIZA au pouvoir, fut renforcée par le résultat du référendum du 5 juillet qui donna près de 62 % des voix au « non » au mémorandum.

Ce qui fut violé, avec l’impudence cynique d’un Jean-Claude Juncker ou d’un Dijsselbloem, fut en fait la souveraineté d’un pays. Pourtant, quand en Grèce après l’élection du 25 janvier 2015, le parti de la gauche radicale SYRIZA a choisi de s’allier avec un parti de droite, mais souverainiste, et non avec le centre-gauche To Potami, voire avec les socialistes du Pasok, on aurait pu penser que la question de la souveraineté avait été pleinement intégrée par la direction de SYRIZA. Le déroulement de la crise a montré qu’il existait des divergences importantes au sein même de ce parti, ainsi qu’un manque important de clarification.

Ce sont ces divergences que les institutions européennes ont utilisées comme levier pour contraindre Alexis Tsípras, le Premier ministre, à se renier. Il y a là une leçon que tous ceux qui veulent vivre libres doivent apprendre par cœur. Car, ce qui s’est produit en Grèce peut se reproduire au Portugal, en Espagne comme en Italie, en Grande-Bretagne ou même en France.

Rappelons donc la citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la Commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Cette déclaration révélatrice date de l’élection grecque du 25 janvier 2015, qui vit justement la victoire de SYRIZA. En quelques mots, tout est dit. C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique. En cela, Monsieur Juncker et Monsieur Barroso sont largement responsables des drames que la Grèce a connus. Ils reprennent, en l’ignorant ou non, le discours de l’Union soviétique par rapport aux pays de l’Est en 1968 lors de l’intervention du Pacte de Varsovie à Prague : la fameuse théorie de la souveraineté limitée. Ils affectent de considérer les pays membres de l’Union européenne comme des colonies, ou plus précisément des dominions, dont la souveraineté est soumise à celle de la métropole, c’est-à-dire la Grande-Bretagne.

Sauf qu’en l’occurrence, il n’y a pas de métropole. L’Union européenne serait donc un système colonial sans métropole. Et, peut-être, n’est-elle qu’un colonialisme par procuration. En effet, derrière la figure d’une Europe soi-disant unie, mais qui est aujourd’hui divisée dans les faits par les institutions européennes, on discerne celle des États-Unis, pays auquel Bruxelles ne cesse de céder, comme en témoigne la question du traité Transatlantique, que l’on nomme TAFTA. Cela implique donc de penser que la souveraineté est, de tous les biens, le plus précieux, et d’en tirer les conséquences qui s’imposent. Certains, comme Stefano Fassina en Italie, l’ont fait. Il faudra en tirer les conséquences, et toutes les conséquences.

Souvenons-nous toujours de cette phrase prémonitoire de Bossuet : «Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »

 

 

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