Les grandes idées viennent au monde sur des pattes de mésange !

Le journal "Marianne" ironise superficiellement sur les références à Clémenceau, Mitterrand et le CNR, estimant que l'on manque d'imagination.

Pardon, la référence au CNR, cela a une haute signification ! Rappelons qu'il n'y avait en France que 2% de résistants en 1942 (chiffre Mireille Albrecht, fille de Berthie Albrecht, grande résistante), pour combattre l'occupant et Pétain. On retrouve le même constat dans le livre de mémoires de Claude Bourdet, l'un des principaux animateurs de la Résistance interne, fondateur de "Combat": "L'aventure incertaine", édition du Félin, 1998.

Le procédé intellectuel, consistant à mettre ensemble trois sigles totalement différents est malhonnête : Clémenceau, briseur de grèves (référence de Macron), Mitterrand, qui a fait passer la courbe du chômage de un (1980) à  deux millions en 1988.  Et le CNR, référence du Rassemblement "Le Peuple d'abord" regroupant le PRCF, le PARDEM, le CNSJS, les Insoumis démocrates, les franchement insoumis, le courant interne/externe à la FI : "Rupture, Pouvoir aux insoumis".

Quant au "CNNR", j'ai déjà écrit tout le mal que m'inspirait cette initiative politicarde sans lendemain.

Comme écrit Albert Camus : "les grandes idées, on l'a dit, viennent dans le monde sur des pattes de mésange. Peut-être alors, si nous prêtions l'oreille, entendrions-nous, au milieu du vacarme des empires et des nations, comme un faible bruit d'aile, le doux remue-ménage de la vie et de l'espoir. Les uns diront que cet espoir est porté par un Peuple, d'autres par un homme. Je crois qu'il est au contraire suscité, entretenu, par des milliers de solitaires" (sic) ( "Actuelles, chroniques algériennes", 1939-1958 (1958).

Alain Badiou développe une analyse voisine : "aujourd'hui, nous sommes en 1848, au moment de la publication du célèbre ouvrage de Karl marx : "Le Manifeste du Parti communiste". On veut "changer le monde", le sortir des "eaux glacées du calcul égoïste"  du capital. Tout reste à faire, à econstruire, un parti (intellectuel collectif) et un programme notamment"(cf vidéo youtube ; "Clique" du 01 février 2016).

Rien de plus actuel. Dans le vacarme des mensonges politiques et médiatiques 2020, la vie et l'espoir du "monde d'après", on les trouve sur les réseaux sociaux, portés par une armée d'anonymes, plumes solitaires. Aujourd'hui, on est dans la même situation que Claude Bourdet, Berthie Albrecht et Henry Frénay en 1942 : quand tous les hommes politiques "importants" refusaient d'entrer dans la Résistance, notamment Malraux, comme le raconte Claude Bourdet dans son livre de souvenirs.

Etant sur Facebook depuis 2009, y écrivant tous les jours, je "connais", les yeux fermés un réseau solide d'amis virtuels, partageant les mêmes critiques vis à vis du capitalisme financier  et de  la "mondialisation heureuse" ; les mêmes colères contre la pseudo 'gôche" parlementaire (PS, EELV, PCF, FI) ; les mêmes aspirations :

1°)- Maîtrise collective et à la base des choix de production et de consommation.

2°)- Nationalisation des grands groupes industriels, commerciaux, de transport et de communication.

3°)- Relocalisation des industries et des services en France.

4°)-Lutter contre le chômage et la pauvreté de masse. Donner au comité d'entreprise un droit de véto afin de s'opposer au plan de licenciement de l'employeur. Augmenter de façon substantielle les bas et moyens salaires, et non pas donner une prime ponctuelle. 

5°)-Réduire les inégalités abyssales : l'écart actuel entre les revenus est aujourd'hui de 1 à 386. Nous voulons le ramener à un rapport de 1 à 10.

6°)-Sortir unilatéralement la zone euro en plan A.

7°)-Redonner à la Banque de France le droit de battre monnaie. 

8°)-Réformer profondément l'Hôpital public.

9°)-Contrôler les échanges extérieurs dont les échanges financiers.

10°)-Supprimer les députés et sénateurs au profit de bénévoles politiques ou payés dans la limite de 120% du SMIC. Abolition de la loi finançant les partis politiques, en leur donnant un fromage en échange de leur rallliement au Pouvoir du moment.

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