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Billet de blog 23 oct. 2017

LE COUP D'ETAT DEMOCRATIQUE DE MACRON ! (Alain Badiou)

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LE COUP D'ETAT DEMOCRATIQUE DE MACRON ! (Alain Badiou)

1°)-Texte lumineux et capital d'Alain Badiou : dans son dernier ouvrage, "Éloge de la politique", édition Café Voltaire-Flammarion, 2017, Alain Badiou utilise le mot "coup d'état"(sic), pour expliquer le surgissement de Macron ; sa promotion au titre de Président de la République. Voilà ce qu'il dit à Aude Lancelin :

"En même temps, cette combinaison de différents facteurs, -surgissement d'un personnage inconnu quelques mois auparavant, personnalisation absolue du pouvoir, et fabrication d'un parti totalement artificiel à partir de cette personnalisation du pouvoir-, me permet d'utiliser le mot "coup d'état" au sens général, et plutôt neutre, descriptif. L'idée qu'un coup d'etat, c'est un coup nécessairement militaire et anti démocratique, est une définition restreinte du coup d'état, parce qu'on identifie alors "coup d'état" et "coup d'état militaire". Dans ces conditions, même la venue au pouvoir d'Hitler, régulièrement investi par une Assemblée, au terme d'un scrutin normal, ne serait pas un coup d'état. Non plus que l'arrivée de Pétain en 1940, quasiment plébiscité par l'Assemblée Nationale élue en 1936, l'assemblée, notons-le, du Front Populaire.

De Gaulle certes est parvenu au pouvoir en 1958, par un coup d'état, qui était lui, largement militaire. On a occulté tout ça depuis, mais moi je l'ai vécu. Les unités parachutistes menaçaient l'Assemblée. Elles avaient tout de même déjà pris le pouvoir en Algérie et envahi la Corse. Mon père, à l'époque maire socialiste de Toulouse, irréductiblement oppose à la guerre d'Algérie et à l'armée coloniale, préparait avec ses anciens amis de la Résistance, une défense armée entre Toulouse et Pau, base d'où l'on disait que des unités militaires allaient surgir. Bon ! Avec Macron, il n'y a rien eu de tel ! Mais c'est tout de même un "coup", parce que c'est à partir de la saisie de l'Etat que tout s'est constitué, y compris les élections législatives qui ont suivi, qui ont été en réalité un référendum plébiscitaire votant "oui" à Macron. Et l'idée que si ce n'est pas ça, ça va être pire, est aussi un réflexe organise, typique de ce genre de coup. "Si ce n'est pas le brave Pétain, ça va être les nazis ou les communistes..." On agite toujours ce genre de chiffon. Ainsi de Marine Le Pen. Elle n'a jamais eu la moindre chance d'être élue ! Aucun sondage ne lui a donné plus de 40%. C'était une blague, absolument. Donc ce coup à aussi été bâti sur une panique mensongère, largement créée par les médias aux ordres, et par les intellectuels embrigadés, lesquels se sont montrés encore plus misérables que de coutume. L'ensemble de cet appareillage, je le nomme d'un nom dialectique : coup d'état démocratique. Les apparences de la démocratie ont été respectées, pour l'essentiel, mais c'était un coup d'état. C'est pourquoi au bout du compte, le seul camp raisonnable dans toute cette affaire, à été le camp des abstentionnistes. Au moins, n'ont-ils pas participé à cette farce amère." (sic).

2)-Commentaires Brigitte Pascall :
2.1°)- Sur la notion de coup d'état non militaire : Alain Badiou développe l'idée stimulante, selon laquelle Macron a pris le pouvoir, au terme d'un COUP D'ETAT NON MILITAIRE. Dans son ouvrage "Sur l'Etat, cours au collège de France", édition du Seuil/Raison d'agir, 2012, et de façon très voisine, Pierre Bourdieu parle de "COUP DE FORCE" d'un champ sur la logique d'un autres champ, à propos d'une émission de BHL pseudo intellectuelle, violemment anti-communiste. Si on applique les concepts de Bourdieu à l'arrivée surprise de Macron à l'Elysée, voilà ce qui s'est passé : il y a eu un coup de forces du champ médiatique sur le champ politique. L'autonomie du champ politique est une conquête historique, résultat d'une vieille histoire attachée notamment à la IIIème République. Où le talent oratoire et d'écriture des parlementaires français d'avant 1914 régulait seul l'espace politique : JAURES, CLEMENCEAU, FERRY, GREVY, MILLERAND etc.. Mais aujourd'hui, et de façon systématique, cette autonomie est largement remise en cause par le champ médiatique, qui fait la pluie et le beau temps dans le champ politique. Lui-même faux nez des 9 milliardaires qui en sont propriétaires. La promotion de Macron Président de la République est typiquement un coup de force de la finance (Rothschild) et des milliardaires propriétaires des médias : Drahi, Lagardère, Dassault, Berge, Pinault, Arnault, etc. C'est un coup d'état non militaire. Et Bourdieu de se référer à la théorie pascalienne de la tyrannie. Pour Pascal, la tyrannie consiste dans le fait qu'un ordre impose sa norme propre à un autre ordre. En l'espèce, c'est l'ordre économique qui a imposé sa loi à l'ordre politique, via les médias à sa botte. Les agents politiques subissant des contraintes hétéronomes, qui ne sont pas les siennes. Perdant leur autonomie. C'est un coup d'état parce qu'on se sert d'une force externe à la logique du champ politique : argent, visibilité médiatique, médias aux ordres agitant une panique mensongère : la pseudo crainte de l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen.

2.2°)- Sur l'analyse d'Alain Badiou : Je partage 5 sur 5 l'analyse de Badiou. Macron a été inventé par la Classe dominante, afin de piller le pays encore et encore : casse du code du travail ; faire travailler les salariés jusqu'à plus soif ; baisser les rémunérations grâce au primat de l'accord d'entreprise ; virer les gens du jour au lendemain sans contrainte administrative de la DIREECTE. Nous possédons des vidéos de technocrates de Bruxelles datant de 2012, expliquant devant la caméra que l'objectif de la Commission européenne est la casse du CDI. Voire la casse de tout le code du travail. Macron n'est qu'un pion de l'oligarchie. Comme disait le richissime duc de Mornay à propos de Napoléon III en 1851 : "c'est un crétin qu'on mènera...!"

Macron est entré par un coup de forces du capitalisme mondialisé à la tête de l'Etat. Et par surprise. Tant son niveau intellectuel ne pesait pas bien lourd face aux autres candidats, notamment Mélenchon. Lui cet aventurier, surgi de nulle part, vide à n'y pas croire, ne remplissant même pas les salles de meeting, les gens partant au fur et à mesure. Et se retrouvant du jour au lendemain adoubé Président. Ce fut même "fastoche" auraient dit les enfants. Quand les vieux routiers de la politique, Mitterand, Chirac furent obligés de s'y reprendre à trois reprises, malgré le brio intellectuel et l'intelligence politique du premier (je n'ai jamais voté pour lui !) ; l'énergie d'hélicoptère du second. Le soir du premier tour, il s'est vraiment passé quelque chose d'extra-ordinaire, curieusement aussitôt tombé dans l'amnésie collective. Ainsi, il est patent que les "élites" actuelles parlent souvent du second tour, du débat Le Pen/macron : jamais du premier...!

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