François Hollande a rendez-vous avec la Françafrique

Ce vendredi 4 mai 2012 à minuit, lorsque dormiront les hommes et les femmes qui suivent les présidentielles françaises, une nouvelle page des relations franco-africaines pourrait s’ouvrir. François Hollande qui a énoncé pendant sa campagne l'idée fondamentale d’un certain « nouveau rêve français » aura déjà (en tant que monarque républicain) toutes les cartes en main.

 

Nous avons fait campagne pour Hollande en tant que membre du Mouvement des Africain-Français (MAF) depuis longtemps, notamment pendant les « Primaires Socialistes » : toutes les banlieues l’ont par exemple "porté" pour qu’il devienne le candidat du Parti Socialiste sous l’influence du MAF. Je l’ai aussi soutenu en tant que membre dirigeant de l’Union du Peuple Gabonais (UPG) fondée par feu Pierre Mamboundou au Gabon et en mémoire de l’ancien Président de l’UPG, décédé voici quelques mois.

Puisque le sort en est jeté et qu’à minuit le "sarkozysme" qui fait tant de mal aux pays africains aura commencé à devenir une histoire du passé et du passif françafricain, il ne me reste plus qu’à donner au futur Président François Hollande dix conseils sans conséquence, pour la fin du temps françafricain. Ces conseils seront mal accueillis à Libreville dans la mesure  ou le territoire gabonais depuis des siècles a toujours attiré des Français de l’hyper-droite et  de l’extrême-droite, mais François Hollande a rendez-vous avec son destin.

  1. L'oligarchie néo-coloniale doit changer : les relations France-Afrique sont pour l’instant dominées par une oligarchie (un pouvoir) économique de privilégiés qui ont une difficulté à comprendre que le monde a changé. Ces relations desservent à très moyen terme les intérêts de la France et désespèrent les Africains. Il y a un lien entre le vote des extrêmes en France et les effets pervers de la raison économique d’une certaine  "oligarchie néo-coloniale" qui ne veut pas comprendre que 500 ans « d’accompagnement » façon Alain Juppé, c’est trop.
  2. La survie économique de la France est engagée : oui, la survie économique de la France dépendra des relations de « nouveau partenariat » qu'elle entretiendra avec l'Afrique. Un africain sub-sahélien sur deux a aujourd’hui moins de 19 ans. il faut modifier la matrice avant que le système n'implose. Ce qui guette l'Afrique francophone est une fragmentation générale et une violence globale comme au Mali.
  3. L'urgence d'un nouveau cycle : il faut un nouveau partenariat basé sur une rupture économique ; mais cette rupture économique se heurte aux mastodontes françafricains : qui font de « l’argent roi » un principe inhumain pour les Africains mais indépassable. Et pourtant des multinationales qui font 15 milliards d’euros  de chiffres d’affaires notamment grâce à l’Afrique, ne paie quasiment pas d’impôt en France : 300 millions d’euros de fiscalités en France quand on fait 15 milliards de bénéfices dans le monde et qu’on planque le tout dans ces « paradis » que Nicolas Sarkozy voulait supprimer ? Cherchez l’erreur !
  4. Les combines doivent cesser : on ne veut pas que les Africains s’enrichissent et certains socialistes iraient même jusqu’à proposer au futur Président François Hollande une « françafrique de gauche ». Nous, au Mouvement des Africains Français (MAF), serons vigilants sur ce point. Ce qui est compliqué, à notre humble avis, c'est isoler les actionnaires des multinationales et les conseils de leurs relais auprès du pouvoir français, en montrant clairement pourquoi ils desservent à moyen terme l'intérêt de la France. C’est pourquoi avec l’élection de François Hollande la France-Afrique aura rendez-vous avec l’Histoire.
  5. Attention à la pression démographique : d’ici 2050 c’est 2 milliards d’Africains qui sont prévus dont près de 500 millions d’Africains francophone. Jamais les 60 ou 70 millions de Français à venir ne pourront supporter la pression démographique qui en découlera. Si les choses ne bougent pas vite il y a un risque de péril démocratique partout, concomitamment à l’hyper-démographie africaine qui plonge déjà l'Afrique sub-saharienne dans l'enfer (comme au Mali), avec des conséquences démographiques en France et en Europe, ainsi que nous venons de le préciser. Il faudra  vraiment compter avec la montée de la pression migratoire sur l’Europe et la France parce qu’il faut le répéter : la moitié des Africains ont moins de 19 ans actuellement. Et il n’est pas juste de leur demander d’accepter de souffrir jusqu’à la fin des temps.
  6. Changer la perspective de l'économie mondiale : les rapports économiques entre la France et ces pays devront être modifiés. Cette jeunesse africaine, hyper-connectée, comprendra de moins en moins pourquoi elle est assise sur un matelas en or et doit crever de faim. Et donc, peut être, pouvons-nous arriver à convaincre plus de gens en France, je veux dire de citoyens, sur le péril politique qu'il y a : dealer avec des acteurs africains qui ne comprennent rien aux choses qui sont en mouvement et qui ne peuvent pas être arrêtées serait une catastrophe. François Hollande comprendra que l’intérêt de la France ne sera plus de préserver une « Françafrique de gauche » façon « papa m’a dit », que finalement l'argent que l’oligarchie prend en Afrique sans penser au rapport gagnant-gagnant ( plus d’argent pour les états et plus d’entreprises étrangères) et transparent du point de vue des affaires, ne se retrouve pas dans la poche des français, mais s'en va surtout alimenter les paradis fiscaux.
  7. Eviter les susceptibilités : la Belgique a perdu toute influence politique et culturelle au Congo Kinshasa, parce qu'elle n'a pas su prendre conscience à temps que le monde avait changé après la 2ème Guerre Mondiale et que les Africains avaient aussi changé : la radicalisation progressive du discours de Lumumba aurait du les alerter mais ils ont préféré faire dans la susceptibilité comme cela se passe au Gabon et en zone françafricaine.
  8. Tenir compte du milliard et demi d'Africains : si d'un côté on accepte en France que des entreprises soutenues pas l’armée de la République Française s’accaparent toutes les terres africaines possible, alors qu'il y a plus d'1 milliard de gens à nourrir, les socialistes de retour au pouvoir seront complices des convulsions à venir et c’est pourtant de tels changements que s'apprêtent à vivre l’ensemble des nations africaines. Les conséquences politiques et économiques qu'ils auront en France et en Europe sont inévitables.
  9. Redistribuer les richesses : la seule solution est dans la répartition des richesses, la responsabilité sociale et maintenant historique qu'on les grandes entreprises qui exploitent les richesses africaines et surtout l'accession à la liberté politique et surtout à la liberté d'entreprendre dans ces pays qui favoriseront le retour des africains en Afrique et fera baisser la pression migratoire.
  10. Accepter l'embourgeoisement du continent africain: la France ne doit pas avoir peur de l'embourgeoisement du continent africain. Le sens de l'histoire est dans la création d'une classe bourgeoise africaine. Cette bourgeoisie des grandes métropoles africaines est de plus en plus une bourgeoisie de travail, non l'ancien petit clan de favorisés à la solde de la nomenklatura néo-coloniale. Cette bourgeoisie parle français, respecte encore pour peu de temps l'héritage positif des échanges passés, elle comprendra de moins en moins le soutien de la France à ceux qui freinent son émancipation.

Bruno Ben MOUBAMBA

Mouvement des Africain-Français (MAF)

Membre de la direction de l'Union du Peuple Gabonais (UPG)

bruno@moubamba.com

06 88 12 88 21

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