Richard Attias va organiser un "Davos" africain au Gabon en juin 2012 - Est-ce bien utile ?

 Richard Attias, le  fondateur du « New York Forum » est l’époux de Cécilia l’ex-Première Dame de France. Il vient de présenter à la presse le « New York Forum Africa », un forum pour l’Afrique et par l’Afrique tourné parait-il, vers l’action. Bonne nouvelle mais il semble aussi qu’à l’initiative du Président gabonaise Ali Bongo Ondimba et en partenariat avec la Fondation Omar Bongo Ondimba, il va organiser un « Forum » à Libreville – Gabon s du 8 au 10 juin prochains.  Sont attendus : environ 600 décideurs économiques, des jeunes entrepreneurs, des décideurs politiques, des économistes, des experts, des Prix Nobels et des leaders intéressés par l’Afrique. Vaste programme mais qui ne doit pas leurrer les uns et les autres.  

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Ville de Tchibanga au sud Gabon (photo BBM)

Faire travailler ensemble le secteur public et le secteur privé grâce à une plateforme résolument tournée vers l’action ? Qui peut être contre, quand on se soucie du Bien Public en Afrique ? Quand Richard Attias affirme  que  « La particularité de ce rassemblement est qu’il permettra de proposer et mettre en place des solutions concrètes », il y a de quoi être comblé d’aise. La croissance de l’Afrique, des business models africains, l’équation énergétique, l’apport de la diaspora africaine, la sécurité, le tourisme, l’intégration régionale… seront abordés. Que du bonheur, comme disent les Français.

Toutefois, quand on nous dit qu’à l’issue de ce forum, un document final, contenant les propositions et les recommandations, sera présenté devant le G20 au Mexique pour  servir de « laboratoire d’idées » au G20, on comprend tout : encore une opération de communication à grand renforts de publicité qui a de bonnes chances d’aboutir sur des chemins qui ne mènent nulle part. Depuis un demi-siècle, notre pays le Gabon souhaite jouer dans la cour des grands mais sans avoir rempli un seul des critères fondamentaux : le relèvement du pouvoir d’achat des Gabonais,  une démographie qui se situerait autour de 3,5 millions de Gabonaise et des investissements structurants : éducation, santé, habitat, commerce, services, mini-industries …etc.     

CRITIQUES DE LA STRATÉGIE ULTRA - LIBÉRALE DU GABON  

 La stratégie de développement du Gabon reste dépendante du pétrole et s'accompagne d'un taux de chômage trop élevé, ainsi que d'une détérioration du niveau de vie de nombreux Gabonais. Oui, en 2010, le secteur pétrolier a fourni 51,69 % du PIB marchand en volume et 53,86 % des recettes budgétaires... La même proportion que dans les années 1980. L'optimisation des recettes hors pétrole par l'extension de la base taxable (lutte contre la fraude fiscale, suppression des régimes spéciaux et des exonérations, etc.) n'a pas eu les effets escomptés. La faible qualité de la croissance résulte aussi du manque de diversification et de choix contestables. Qu’est-ce que le « Davos » à la gabonaise de juin 2012 va changer à cela ? Il vaudrait donner l’argent de l’organisation de ce raout aux étudiants en souffrances et à l’assurance-maladie. A mon humble avis !

Une des erreurs des Gabonais réside dans la négligence des secteurs d’enrichissement des populations. Il faut être pragmatique : ce les veulent, c’est de l’argent ! Qu’est-ce qu’on veut nous faire croire ? Que les Gabonais sont pauvres ? A d’autres ! Ainsi, alors que l'agriculture et la pêche restent des secteurs à fort potentiel (un marché entier à prendre, de plus de 200 milliards de F CFA, soit plus de 300 millions d'euros), la création de palmeraies dans l'une des rares régions agricoles du pays risque de se faire au détriment des paysans et de tuer le peu d'agriculture vivrière existante. Quelle pitié, comme on dit au Gabon ! Il est urgent pourtant de relancer des coopératives agricoles concomitamment aux projets comme OLAM.  

  

QUAND EST-CE QU’ON ARRÊTE ?

 Le « Gavos » de M. Attias au Gabon de juin prochain est  peut-être pertinent mais un tel évènement ne doit pas masquer le problème du « mal développement» évoqué ci-dessus. Les problèmes sociaux du Gabon sont tels qu'un état d'urgence social est plus que nécessaire dans notre pays : éducation, santé, gestion des ordures, habitat, pouvoir de consommation, environnement, solidarité, partage de la richesse, démocratie, droits humains, gouvernance …etc.

Dans ce contexte, faut-il plus de libéralisme ou plus de social par une intervention massive du Gouvernement en faveur des plus pauvres ? La question devrait être posée mais pour ce qui concerne la majorité des populations, il faut plus de social pour un développement harmonieux du pays. La volonté y est peut-être mais force est de constater que le système résiste au changement. Jusqu’à quand ? L’avenir le dira.

Bruno Ben MOUBAMBA

bruno@moubamba.com  


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