D’Oslo à Toulouse : Le Président Sarkozy face à sa « politique de civilisation »

Il est évident que les fusillades de Toulouse et de Montauban en France ne sont pas un fait-divers comme les autres. Tout comme les tueries d’Oslo (Norvège) en juillet 2011. Il s’agit chaque fois comme d’un de ces événements apocalyptiques qui annoncent la fin d’un temps et l’avènement d’un monde nouveau. Un bégaiement, ou plutôt un avertissement de l’Histoire à ceux qui gouvernent la terre. Rappelons que parmi les personnes tuées par le « tireur à scooter » de Toulouse muni de deux armes, figurent deux enfants de 6 et 3 ans, ainsi qu’une fillette âgée de 8 ans achevée à bout portant. Ceux qui vivent la fin d’un monde ne s’en rendent compte qu’après coup.

1. Un discours politico-médiatique du « clash des civilisations » qui entraîne une violence universelle sans précédent

L’une des caractéristiques de la guerre des civilisations ou guerre universelle pour le pétrole est que la vie des enfants et des innocents n’a plus aucune valeur. Elle implique justement un basculement de civilisation qui donne lieu à une déshumanisation totale, celle des victimes ou celle des auteurs de crimes mais aussi celle des états.  Cette insensibilité mise en exergue dans les nouveaux conflits postmodernes annonce comme un retour à la loi de jungle : C’est à qui sera le plus brutal ou le plus cruel !

Les interventions occidentales ont donné lieu à des dérapages horribles de soldats comme le sergent américain Robert Bales. Le 11 mars au milieu de la nuit, le sous-officier de 38 ans avait quitté sa base du district de Panjwayi, dans la province de Kandahar, au sud de l’Afghanistan. Il aurait ensuite tué 16 personnes dans deux villages voisins, dont des femmes et des enfants, et brûlé les cadavres, selon les premiers éléments de l’enquête. Il était ensuite revenu à sa base où il s’était rendu.

Les islamistes n’ont pas, non plus, été en reste : Daniel Pearl a été décapité  comme un animal devant l’objectif d’une caméra au Pakistan le 1er février 2002. On sait que le journaliste américain a été pris en otage par des membres d’Al-Qaïda. Au moment de son enlèvement, Pearl travaillait pour le Wall Street Journal en tant que responsable du bureau de l’Asie du Sud basé à Bombay en Inde.

En 1993, Samuel P. Huntington, autrefois expert en contre-insurrection de l’administration Lyndon Johnson au Vietnam, puis directeur de l’Institut d’études stratégiques de Harvard, a publié son livre Choc des civilisations. Il dénombrait huit cultures : occidentale, confucéenne, japonaise, islamique, hindoue, slave orthodoxe, latino-américaine et – peut-être – africaine (il n’était pas sûr que l’Afrique soit vraiment civilisée !). Chacune incarnait différents systèmes de valeurs symbolisés chacun par une religion, « sans doute la force centrale qui motive et mobilise les peuples ».

La principale ligne de fracture passait entre « l’Occident et le reste », car seul l’Occident valorise « l’individualisme, le libéralisme, la Constitution, les droits humains, l’égalité, la liberté, le règne de la loi, la démocratie, les marchés libres ». C’est pourquoi l’Occident doit se préparer militairement à affronter les civilisations rivales, et notamment les deux plus dangereuses : l’islam et le confucianisme c’est-à-dire la Chine, qui, si elles devaient s’unir, menaceraient l’existence de la civilisation occidentale. Et l’auteur concluait : « Le monde n’est pas un. Les civilisations unissent et divisent l’humanité… Le sang et la foi : voilà ce à quoi les gens s’identifient ».

 2. Le Président Nicolas Sarkozy face à son discours de civilisation

Le Président français Nicolas Sarkozy reste dans tous les cas, un des acteurs politiques ayant le plus épousé l’idéologie du choc des civilisations contre Jacques Chirac. Selon lui, la guerre des civilisations est inéluctable et il faut donc attaquer en premier partout et au besoin en même temps. Une boîte de Pandore, a été ouverte sur le monde en tous cas et de multiples démons s’en sont échappés sans que l’OTAN ne puisse les contrôler entièrement, malgré une suprématie militaire évidente.

Le plus grave est que des « profils jusqu’auboutistes » aient commencé à épouser ces thèses de fragmentation universelle pour sauver ou défendre une civilisation.  Anders Behring Breivik, le militant d’extrême-droite, auteur du massacre d’Oslo en Norvège, n’a pas montré  de  symptômes d’une soudaine folie. Exactement comme Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Montauban et Toulouse.

L’histoire montrera que Anders Behring Breivik et  Mohamed Merah n’ont pas succombé à un trouble mental, mais ont simplement pris au sérieux le discours politico-médiatique du « clash des civilisations ».

Tous deux ont probablement cru ce qu’on leur disait, se sont positionnés dans ce conflit imaginaire des civilisations luttant les unes contre les autres nécessairement, et ont voulu avec la détermination observée, y prendre toute leur place. Il apparaitra de plus en plus que ce ne sont pas ces profils rigides  qui sont malades. C’est bien au contraire la société mondialisée, voire l’ONU qui ont validé la rhétorique ultraconservatrice à travers des guerres préventives affreuses (tuant plus de civils que de militaires) qui doivent retrouver la raison.

Au XIXe siècle, Gustave Flaubert posait la question de l’influence des médias sur le comportement individuel. Il mit en scène une Madame Bovary qui trompe son mari pour se conformer aux romans à la mode. A chaque époque, les médias occidentaux véhiculent l’idéologie du moment. Au XXIe siècle, ils semblent vouloir propager celle de l’Occident contre tous : le « choc des civilisations », et produisent des Behring Breivik en Norvège et des Mohamed Merah en France.

 

Rappelons que le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik a provoqué l’explosion ayant dévasté le centre d’Oslo. Le 29 juillet 2011, revêtu d’un uniforme de policier, il a tiré à l’arme automatique sur un groupe de jeunes sociaux-démocrates norvégiens assistant, sur l’île d’Utøya, à l’université d’été de leur mouvement. Les services hospitaliers estiment le nombre de morts imputables à ces deux actes à 77 victimes.

Behring Breivik s’est présenté au monde comme un croisé en guerre contre « l’invasion musulmane » et s’est considéré comme « le chevalier le plus parfait depuis la Seconde Guerre mondiale ». Behring Breivik s’est clairement inscrit dans la « guerre des civilisations ». Il a estimé en toute bonne foi son attentat comme étant « cruel mais nécessaire ». C’est probablement ce que diraitMohamed Merah s’il sortait vivant de son face à face avec le RAID, la police d’élite française. Mais sortira t-il vivant ? On peut au moins en douter !

Bruno Ben MOUBAMBA

bruno@moubamba.com

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