Gabon: la mort de Rendjambè et la nécessaire repentance nationale

Ce 23 mai 2012, le Gabon n’a pas rendu un hommage national à l’un de ses héros : Joseph Issani Rendjambè (as usual, diraient les Anglais) et c’est dommage ! Toutefois, le jour viendra où tous les Gabonais, assis à la « table de la fraternité » reconnaitront enfin les mérites de tous les enfants de la République Gabonaise, toutes tendances confondues, qui ont favorisé le « vivre ensemble » des dizaines de tribus plus au moins rassemblées autour du fleuve « Ogowè ».

Le Gabon est un état-nation en devenir et notre « communauté nationale » bien que garantie par des textes et des lois, est encore fragile, cinquante ans après les indépendances africaines. Il faut rendre un vibrant hommage àJoseph Issani Rendjambè en ce 23 mai, au moment ou l’Afrique attend un « monde nouveau » qui vient dans les douleurs de l’enfantement, une vraie civilisation qui arrive dans le grondement de tempêtes.

1. RENDJAMBE OU L’HONNEUR DE NOS PÈRES

 

L’écoulement des siècles fait souvent apparaitre d’un temps à l’autre des figures d’une communauté politique donnée. Pour ce qui concerne le Gabon, une réalité totalement artificielle surgie au bord du Golfe de Guinée dans le fracas de la décolonisation (comme d’autres pays), les choses sont claires. Nos grands-parents et nos grands-parents se sont battus pendant la période coloniale notamment dans la Nyanga (Sud-Ouest) « pour l’honneur » car ils étaient plutôt démunis face la répression des fusils et des canons ; mais leurs enfants c’est-à-dire nos pères, ceux qui ont eu la lourde charge d’accompagner les Gabonais vers l’ « Indépendance », n’ont pas été à la hauteur de l’événement : ils n’ont pas parlé d’une seule voix et ont privilégié leurs intérêts personnels au détriment des intérêts du nouveau « Peuple » Gabonais apparu le 17 août 1960.

Devant la « faillite » de nos pères aux heures tristes de l’indépendance du Gabon, certains jeunes Gabonais ont pris leurs responsabilités et se sont opposés à une « indépendance » gabonaise sans intérêt pour le Peuple Gabonais. Parmi eux : Joseph Issani Rendjambè. Au-delà du fait historique de son assassinat le 23 mai 1990, la jeunesse actuelle doit surtout comprendre que  c’est le combat et la vision qui ont provoqué la mort de Rendjambè car dans notre pays, il y a toujours eu : ceux qui sont prêts à tout accepter, pourvu qu’ils aient le pouvoir politique et ceux qui, tout en assumant leurs ambitions, luttent pour que les Gabonais vivent mieux, que leur bien-être ne soit plus sacrifié sur l’autel de la bêtise politico-ethnique et pour la conscience panafricaineRendjambè a été de ces jeunes qui ont voté « non » avec la province la Nyanga (Sud-Ouest du Gabon) à un référendum qui avant l’indépendance du 17 août 1960 a gravé dans le marbre que les Gabonais accepteraient de toutes les façons, la misère et la pauvreté pour des siècles encore à cause d’une association déséquilibrée avec le pouvoir du  Général-de-Gaulle.

Dans les années 70’, Joseph Rendjambè alors étudiant en France, est recherché par les services de sécurité du Gabon et par une haute personnalité qui a été vice-président du Gabon puis Premier Ministre. Rendjambè a alors choisi de s’exiler un temps en Tchécoslovaquie. Revenu au Gabon, il connaitra la prison et les tortures. C’est la génération « Rendjambè » avec d’autres qui va préparer la fin du parti unique et la conférence nationale de 1990 de réunions nocturnes en réunions nocturnes.

 

2. UN SEUL JUSTE PEUT SAUVER TOUT L’UNIVERS

 

M. Joseph Rendjambè ne verra jamais le multipartisme puisqu’il a été tué nuitamment dans un hôtel de Libreville, à l’occasion d’un complot dont le Gabon est champion : un médecin franco-guinéen préparera sur ordre un poison mortel (la digitaline) qui sera injecté dans l’abdomen à ce héros par des Gabonais. La « complotite » gabonaise veut toujours que tout meurtre politique se passe avec l’assentiment de certains membres de la famille mais cette époque est désormais révolue à nos yeux.

Au cours de cette nuit tragique, Rendjambè alors Secrétaire Général du parti PGP sera victime d’un véritable guet-apens à l’Hôtel Dowè (rasé depuis) : une équipe de comploteurs l’attendra dans une chambre et le tuera après une lutte acharnée de sa part. L’appât (une belle dame recrutée à l’étranger) prendra l’avion le même jour, le médecin franco-guinéen ira voir sous d’autres cieux et sera remercié très généreusement. Nous avons visité une des maisons de ce étrange médecin en région parisienne qui fait mentir l’adage selon lequel « le crime ne paie pas ». Et ce n’est pas lui qui va m’attaquer en diffamation, il a trop à perdre. Mais bon … une main franco-guinéenne a préparé la digitaline et une main gabono-gabonaise a injecté le poison. Voilà la vérité !

Ceux qui ont tué M. Joseph Rendjambè (un personnage historique qui dépasse désormais ses propres origines) n’ont jamais été inquiétés, sa femme et ses enfants sont injustement tombés dans la disgrâce, sa tombe gagnerait à être mieux entretenue à Omboué dans le territoire du Fernan Vazdont il a été un « roi traditionnel ».  Cela ne couterait pourtant rien aux autorités gabonaises de mieux entretenir la tombe de l’illustre défunt et d’accorder des réparations à la veuve de cet opposant ainsi qu’à ses enfants. Mais au Gabon « la haine vous poursuit jusque dans la tombe » et frappe vos descendants directs sans discernement.

Par l’hommage de ce jour, nous voulons dire qu’il y a un temps pour tout : un temps pour commettre des crimes sans nom et un temps pour la repentance. Même Blaise Compaoré à demandé pardon aux parents de Thomas Sankaraau Burkina Faso. Et le Pape Jean-Paul 2 autour de la « repentance de l’Eglise catholique » à l’approche du troisième millénaire a dit très précisément ceci à l’humanité : offrez le pardon et vous obtiendrez la paix !

Il est temps que les bandits politiques du Gabon fassent des démarches de repentance : il n’y a pas d’autre solution pour solidifier le contrat social entre les Gabonais. C’est mon humble avis !  Omar Bongo Ondimba a commencé cette démarche de repentance au soir de sa vie. Il est temps d’accélérer les actes de repentance en République Gabonaise.

Il y a eu trop de sang, trop de morts inutiles et trop d’innocents sacrifiés. Aucune ambition ne peut justifier qu’on verse le sang de son frère. C’est pourquoi, je souhaite profiter de ce 23 mai 2012 (jour anniversaire de la mort de Joseph Issani Rendjambè) pour dire ceci au Président Ali Bongo Ondimba: M. le Président de la République, du pays des ancêtres du Peuple Gabonais, il est temps pour vous d’écouter la voix des morts qui vous disent dans la pénombre métaphysique : « repentance … repentance … repentance » pour leBien Souverain du Peuple Gabonais.

Si l’on n’est pas sensible au gémissement des vivants … il faut être au moins attentif à la supplication des morts ! Telle est la tradition africaine depuis l’Egypte ancienne.

Bruno Ben MOUBAMBA

bruno@moubamba.com

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