Le présent en commun

Mon soutien à Jean-Luc Mélenchon et à la France Insoumise.

La postmodernité est notre relation au présent. Jean-Luc Mélenchon est pour moi, le premier homme politique français de la postmodernité. J’aime sa relation au présent, à ce qui nous est offert et dont nous ne pouvons refuser l’héritage et l'héritage scientifique, écologique, géopolitique, anthropologique… Dans un présent en commun, dans le présent d'un peuple-monde, pour reprendre l’expression de Philippe Zarifian, dans un présent qui bifurque, réside aussi notre propre insoumission, réside notre devoir d'insoumission.

Je n'ai guère d'empathie pour la modernité de Mélenchon. Je déteste les relations qu’il crée entre le passé et le futur, comme je déteste la modernité de tous ses adversaires politiques, de gauche, comme de droite. Je déteste les romans nationaux et ces écritures qui peinent à bifurquer...

L’hommage de Jean-Luc Mélenchon à Fidel Castro fut certainement d’un opportunisme crasse… Un hommage aux ardeurs viriles, non révolutionnaires, un hommage, pornographie toute particulière : au pied du buste d’un général, invoquant le spectre de Fidel qui, par omission, m’apparut habillé comme au temps des premières années de la révolution cubaine mais avec des regrets dans la voix, Mélenchon et sa voix de crépuscule, étouffant le cri des contre-révolutionnaires homosexuels et des prêtres persécutés par erreur, accusés de déviance bourgeoise, réveillant la querelle des anciens et des modernes… Obscénité de la voix, obscénité du geste, rendus obscènes par tant de modernité. Chacun honore ses héros, fleurit ses nuits. Paris brûle de mille feux, du feu de toutes ses bougies... La veille, les militants du PCF avaient voté pour soutenir le candidat de la France Insoumise à l’élection présidentielle.

Au temps de l’oppression de l’époque moderne a succédé le temps de l’oppression post-moderne. Il est absurde de vouloir s’identifier aux héros des époques révolues, s’ils ne nous disent rien de notre propre complexité, s’ils ne nous disent rien de la complexité de l’autre. Comme le dit Bruno Latour à propos d’un roman de Richard Powers, il faudrait pouvoir utiliser les sciences pour renouveler les clichés des êtres qui peuplent les romans. Il faudrait pouvoir utiliser les sciences pour renouveler les clichés des êtres qui peuplent le roman de la vie politique.

Ce qui devait nous détruire nous détruit. Le temps de la modernité est révolu. Notre passé-futur est spectral et ce spectre est le spectre de notre propre modernité. Ce qui nous hante n’a aucun sens, aucune signification dans le présent. Ce qui nous hante vient seulement nous hanter…

L’éco-socialisme de Jean-Luc Mélenchon est une foutaise... Je doute que cette contradiction résolue par l’homme politique soit une contradiction pour l’intellectuel, pour tout un chacun et sa portée ne me paraît pas universelle. C’est un simple conflit intra-personnel, un fantôme, autre spectre, érigé en programme politique.

À la planification, à la planification écologique, j'oppose la création volontaire et collective d’une vision partagée du présent sur un temps long.

À l’avenir en commun, au passé en commun, j’oppose le présent en commun.

Je soutiens le projet politique de La France Insoumise parce que c’est un projet de concorde et de paix et qu’il est projet justement, c’est-à-dire qu’il est en tout point ce qu’il dit être et qu’il se manifeste. C’est en définitive, le seul projet porteur d’espérance et d’humanité dans notre présent commun et post-moderne.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.