PRISONNIER D’UN MONDE QUE JE VOUDRAIS VOIR CHANGER

L’engagement sur le terrain des luttes est propre à chacun où David contre Goliath fait de toi un David forçant le respect, dans une issue qui n’est pas forcément celle de l’histoire originelle. L’engagement est un piège. Mais quel monde voulons-nous pour nos enfants, sans avoir tenté d’agir et ainsi, avoir le droit de se regarder dans la glace sans avoir à rougir.

Citoyen engagé, j'ai depuis 2012, troqué ma colère de salon, derrière mon poste de télévision, à une colère de terrain, à m'engager dans des luttes qui m'interpellent. 
Se questionner sur l'après que nous voulons tout en regardant la réalité du moment présent, passé ou à venir, à définir le monde que nous aimerions, je vous invite à lire mon témoignage basé sur mon regard militant au travers de ma propre expérience.

ETRE MILITANT SUR LE TERRAIN : ENTRE SACRIFICE ET RAISON.

La bataille de Notre-Dame-des-Landes est la lutte où je me suis réellement investi pour la première fois. J’avais 39 ans. Comme quoi, il n’y a pas d’âge requis pour se réveiller. Très vite, celle contre le contournement Ouest de Strasbourg (voulu par des élus, offert à Vinci), ce GCO, juste à côté de chez moi, a pris une place de plus importante dans ma vie. En parallèle, je me suis engagé à des degrés divers, sur d'autres luttes, qu'elles soient environnementales ou sociales. 

Dans cet engagement sur le terrain, notamment celui contre le GCO, l’investissement m'a pris beaucoup de temps, trop de temps au point d'avoir à un moment peut-être négligé mon foyer, ma femme et mes enfants. A cette époque, j'étais en recherche d'emploi. Tout en cherchant, j'avais aussi de la disponibilité. Et puis, les aléas de la vie, le manque d'argent, mon progressivement handicapé au fait que j'avais une famille et donc une responsabilité. Etre en lutte, c'est honorable, mais assurer sa propre vie et surtout celles qui reposent sur toi, t'obligent à faire des choix. J’aurais été seul, ces choix auraient certainement été différents.

Aujourd'hui, j'ai retrouvé une stabilité professionnelle et une tranquillité financière qui me permettent d'avancer dans de meilleures conditions. Rien n'est acquis, mais je peux regarder devant moi sans avoir peur.

Dans ce choix de vie, le sacrifice que j'ai dû concéder est de devoir freiner mon envie militante. Tout est arrivé dans un moment crucial dans la lutte contre le GCO. Nous étions en pleine évacuation de la zad du moulin et des semaines qui ont suivi. Quel cruel dilemme. Combien d'instant j'ai culpabilisé de ne plus pouvoir donner de mon temps sur le terrain, prisonnier d'horaires de travail eux-mêmes nécessaire pour assurer une vie à mes enfants et une tranquillité d'esprit à ma femme.

Trouver un équilibre et juste milieu dans ce monde de fous, je peux vous assurer que ce n'est pas simple quand tu as l'esprit ouvert, que tu te rends compte des arnaques dans lesquels les puissants puisent pour assurer leur monde et que ton envie est de voir tout ça, voler en éclat.

Un chapeau, un homme, des convictions ! Un chapeau, un homme, des convictions !

UNE PANDÉMIE COMME AMORCE A UN CHANGEMENT

La pandémie due au covid-19 et le confinement dans lequel l'Etat a contraint le pays ; ma colère au regard de la situation et des mensonges de l'exécutif ; les événements sociaux et pour climat, de ces deux dernières années, s'entremêlent dans l'idée de l'après que nous voulons, partant du principe que le confinement soit la frontière entre l'avant et l'après.

Dans les luttes qui m'interpellent, il y a de bons moments. Certains sont naturels dans l'euphorie du contact humain, d'autres sont de façade quand ton mental cherche à se rassurer pour garder le change vis-à-vis de ton adversaire. A l’inverse, et avec toute franchise, il y a aussi des moments d'amertumes. Voir le chantier du GCO avancer, est un exemple.

Pour autant, même si par moment ton mental (mon mental) peut flancher, je garde en moi une force à croire qu'un demain meilleur est possible. L'utopie des choses que j'évoque souvent. Pourtant, la réalité dans laquelle nous sommes est dure. Dans nos luttes, aussi belles qu'elles puissent l'être (soyons poétiques), elles sont confrontées à un système où les puissants réussissent malgré tout à nous maintenir la tête sous l'eau. C'est ce système qu'il faut changer et pour changer de système, il faut fédérer des personnes autour d'un projet politique inversement proportionnel à la politique libérale pro capitaliste en place depuis trop longtemps. Malheureusement, nous en sommes encore loin. Beaucoup n'ouvrent pas leur esprit à se poser ce genre de question. Dans une lutte locale, contre tel ou tel projet, seul le local compte et quand tu viens à parler de devoir combattre "Et son monde", certains te répondent que ce n'est pas le sujet, alors qu'il est central et transversal à toutes les luttes. Le processus est le même dans ceux qui sont engagés dans des luttes sociales. Parler d'environnement, n'est également pas le sujet pour certains.

L’APRES QUE NOUS VOULONS ? !!

Je n'ai pas de réponse toute faite à comment fédérer pour construire notre monde de l'après, proche de ce qui nous anime... cette recherche d'un environnement meilleur, plus juste, plus humain.
En revanche, ce dont je suis certain, c'est tant que nous n'aurons pas dépassé nos divergences, sur comment y parvenir, les puissants (multinationales et classes qui s'y référent) continueront à mener la danse, protégés par des serviteurs voués au culte du libéralisme pro capitaliste, rendant notre soif d'un monde meilleur, inaccessible.

Je vous renvoie également vers ce texte complémentaire :
"DE L'ABERRATION DU GCO AU MONDE D'APRES, ON FAIT COMMENT?

 

Lutte anti-GCO, ici sur le Spot de Kolbsheim, en juin 2017 © Bruno Dalpra Lutte anti-GCO, ici sur le Spot de Kolbsheim, en juin 2017 © Bruno Dalpra

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