Intelligence artificielle

A travers les siècles le capital a su développer une capacité remarquable à attirer les meilleurs cerveaux pour laisser les crétins s’occuper de politique, érodant à coups de petits scandales, à petit feu, la raison d’être de la « res publica ».

Il s’appelle Philipp Amthor, deuxième plus jeune député au Bundestag depuis 2017 et espoir de son parti, la CDU « Christlich Demokratische Union ». Fervent catholique, adversaire de l’avortement et du mariage des couples du même sexe, il se situe à droite du spectre politique, dans les environs de la mouvance de l’AFD (Alternative für Deutschland) qu’il avait d’ailleurs battu haut la main dans son district au Land Mecklenburg-Vorpommern lors des élections fédérales en 2017.   

On ne sait pas quelle mouche a piqué le magazine « Der Spiegel » pour aller fouiller dans les affaires du parti de la Chancelière, mais au mois de mars de cette année, il révèle dans ses colonnes cette affaire de conflit d’intérêts, impliquant le jeune prodige, qui scandalise le monde politique allemand.  

Ayant bien déclaré, comme il se doit, ses activités professionnelles privées, notamment celles, en tant que juriste, pour le cabinet d’avocats d’affaires berlinois « White & Case » et celle en tant que membre du conseil de surveillance d’une société de capital-risque américaine, « Augustus Intelligence », nommé après le célèbre empereur romain, domiciliée à New York, avec des succursales à Menlo Park (Californie), Paris et Munich, spécialisée dans le domaine de l’intelligence artificielle, il avait omis de mentionner la rémunération mensuelle de 3'000 Euros de la part de l’étude d’une part, et de celle sous forme d’une allocation de 2’817 options sur actions, dont on ne connaît pas la valeur, de la part de la société américaine de l’autre, sans compter les nombreux voyages d’affaires et séjours en hôtels de luxe offerts, une faute dit-il.  

Il s’avère, en outre, qu’à l’adresse des bureaux de la « start-up » américaine, vieille de deux ans, 1, World Trade Center, sur le même étage, est également domiciliée la société d’investissement « Spitzberg Partners » de l’ancien Ministre fédéral de la défense, Karl-Theodor Freiherr von und zu Guttenberg, du « parti-frère », la bavaroise CSU « Christlich-soziale Union », mythomane compulsif, forcé à démissionner le 1er mars 2011 à cause d’une affaire de plagiat de sa thèse doctorale, révoquée par l’université de Bayreuth par la suite. Guttenberg figure accessoirement en tant que Président du conseil d’administration de la firme « Augustus Intelligence ».

Sont également de la partie l’homme d’affaires français, Charles-Edouard Bouée, ancien directeur du cabinet munichois « Roland Berger » jusqu’en 2019, un des cabinets de « conseil en stratégie » les plus réputés, en tant que président des affaires commerciales, ainsi que l’investisseur et financier allemand August François von Finck, domicilié en Suisse, accessoirement financier du parti politique d’extrême droite AFD.

La jeune entreprise fut dirigée, jusqu’au 19 juin dernier, par l’homme d’affaires, Wolfgang Haupt (33), une personnalité haute en couleur qui, cherchait également à s’arroger les services de l’ancien chef de l’« Office fédéral pour la protection de la Constitution », Hans-Georg Maassen.

Lors d’un événement du partenariat public-privé « Business France » au mois de février dernier, Haupt déclara sur une vidéo « youtube » que « En tant que CEO de la société « Augustus Intelligence » je suis convaincu que l’intelligence artificielle changera le monde. Ceux qui maîtrisent sa technologie auront un avantage décisif sur les autres. L’Europe n’a pas encore perdu la bataille et la France est bien positionnée. »

Dans une lettre avec entête du Bundestag, révélée par « Der Spiegel », adressée au Ministre fédéral de l’économie, Peter Altmaier (CDU), en automne 2018, le député Amthor sollicita un appui politique, ainsi qu’une rencontre avec le fondateur d’une firme qui, en fin de compte, ne propose aucun produit, ni service spécifique, et qui ne génère pas de chiffres d’affaires (Handelsblatt), Wolfgang Haupt. »

Après la démission précipitée, et inexpliquée au mois de mars dernier, de l’enfant prodige de l’intelligence artificielle, également co-fondateur, Pascal Weinberger (23), la firme ne dispose actuellement plus d’experts en la matière.

Décrocheur scolaire à l’âge de 15 ans, le « Wunderkind » allemand préférait suivre des cours à distance du « Massachusetts Institute of Technology » MIT, jusqu’à ce que la multinationale « Google » engage le teenager dans son équipe d’OCR « Optical character recognition » ou « traduction de textes, figurant sur une image », avant que celui-ci fut débauché par la multinationale de télécommunications espagnole « Telefonica » dans son laboratoire de recherche dans le domaine de l’intelligence artificielle, fondé en 2016, pour la programmation d’une « software empathique et éthique ».

Sentant les flux de revenus de la téléphonie mobile se tarir à petit feu, un phénomène connu du capitalisme qu’on appelle communément « the race to the bottom », le géant espagnol s’investit dorénavant dans le « politiquement correct ». 

Pascal Weinberger : « La technologie, poussant à la consommation est considérée par l’opinion publique comme le « bad guy ». Nous essayons donc de créer une technologie qui « conseille » le consommateur, à l’aide d’algorithmes, en lui proposant des alternatives, tout en analysant son profil personnel en profondeur. Par conséquent, le programme « Siri » apprend à lui suggérer le service adéquat, en fonction de son état d’esprit du moment, la tristesse, la joie, la colère, la peur etc. » Forbes 08.10.2019

Changement de décor. De son côté, l’économiste allemand et disciple du « capitalisme social », Klaus Schwab, fondateur et Président de l’organisation à but non lucratif « World Economic Forum » depuis 1972, prépare son « Meilleur des mondes » à lui.

La croissance économique étant soumis à la dure loi universelle de la gravitation, le capitalisme se doit d’activer la touche « reset » de temps à autre, par l’anéantissement, volontaire ou opportun, d’une partie de son appareil productif, soit par une guerre soit par une pandémie.

L’édition 2021 du traditionnel symposium de Davos du « World Economic Forum » sera donc placée sous la devise « The great reset », un changement de paradigme radical. L’actionnaire, « shareholder », ne pourra plus se contenter de sa fonction de partenaire financier et propriétaire d’un collectif de travail, mais sera dorénavant appelé à assumer, en tant que « stakeholder », l’organisation économique et sociale de la vie en commun, le despotisme éclairé du 18ème siècle.

« La quatrième révolution industrielle ne changera pas le mode de production, elle changera l’homme. » Klaus Schwab.

Les experts de l’outil de gestion de cette nouvelle société, le transhumanisme, (intelligence artificielle, 5G, technologie de chaîne de blocs) seront appelés à débattre des enjeux du 21ème siècle, les inégalités sociales et le réchauffement climatique, au mois de janvier 2021, dans la station huppée de Davos, ou par visio-conférence du monde entier.

Parmi les participants se trouveront, entre autres, Jennifer Morgan, Directrice de l’ONG « Greenpeace », Sharon Barrow, Secrétaire Générale de la « Confédération syndicale Internationale », anticapitaliste, première organisation internationale syndicale, fondée en 2006, dont fait partie, entre autres, également la CGT française et, last but not least, le suédois Ingmar Rentzhog, inventeur et promoteur de l’icône, militante écologiste, Greta Thunberg, via sa « start-up » « We don’t have time », accessoirement président du conseil du « think-tank » « Global Utmaning », crée par Kristina Persson, ancienne Ministre suédoise social-démocrate, chargée du « développement stratégique et de la coopération nordique », fille et héritière du milliardaire Sven Persson, connue pour ses liens avec le programme « Global Shapers » du « World Economic Forum », un réseau de jeunes, engagés en faveur de la société (Libération)

Alex Bates, fondateur de la société « Neocortex Ventures », un fonds d’investissement et laboratoire d’idées dans le domaine de l’intelligence artificielle, partagera également ses connaissances avec les participants. (KenFM)

Pour en avoir un avant-goût on peut se référer à une tribune, publiée dans le magazine « Forbes », dans laquelle il exprime le fond de sa pensée.

« Une étude effectuée par l’entreprise américaine de recherche et conseil, « Gartner Group » de 2019 démontre que le secteur de l’intelligence artificielle générera d’ici 2021 un chiffre d’affaires global de 2'900 milliards USD et de 6'200 milliards d’heures de travail productif. La pandémie du Covid-19 a clairement démontré le besoin de cette technologie pour la société. L’investissement dans les technologies de l’intelligence artificielle amènera une ère de productivité et de succès financier par une symbiose parfaite entre l’homme et la machine. »

« Dans le domaine du traçage géospatial par exemple, il y a la société « Palantir » dont la technologie est très appréciée par les milieux du renseignement. Elle est capable de détecter, entre autres, des modèles de comportement, tels que par exemple des communications fréquentes entre deux individus que les analystes utiliseront pour élaborer des hypothèses. »  Le logiciel propose, l’humain dispose. 

Le partenaire le plus prestigieux et le plus fiable dans ce projet d’élaboration d’un nouveau monde est sans doute « l’Organisation des Nations unies ».

En effet, le 13 juin 2019 le Secrétaire général Antonio Guterres et le Président du « World Economic Forum », Klaus Schwab conclurent un vaste « partenariat stratégique » englobant des questions sociopolitiques, climatique, de santé, d’égalité hommes-femmes, et, bien-sûr la numérisation, sous forme d’un premier protocole d’accord de quatre pages. (Public Eye)

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