éphémère

TRAJECTOIRES: Des tranches de vie banales...Ou pas!

PLAMP!!!

Le bouchon s'est arraché et est allé frapper le plafond avant de retomber, inerte, sur le sol. Le champagne s'écoule maintenant de verres en verres. Les yeux, les gestes pétillent de toutes parts. Tout comme les bulles, tout s'envole dans un brouhaha, une harmonie générale. Je la regarde. Elle est belle, vivante. Si seulement! Si seulement....

Quel repas! Tous réunis, occasion de se raconter, se découvrir, se redécouvrir. les cris des enfants envahissent la pièce. Insensibles, les grands parlent. Refaire le monde, critiquer untel, propos légers et profonds à la fois. Choses dites, redites, pensées et repensées et que l'on a besoin, encore, de communiquer. D'accord, pas d'accord; pas d'importance. Pas aujourd'hui. Je lui souris. Ouverts, aériens, sincères. La vie est là, présente et abstraite. La belle vie. La pause. La vie pastelle, douce et rythmée comme il faut.

La fumée de cannabis chasse les dernières mauvaises ondes. Tout coule. Comme le café dans les tasses...Mon cœur accuse un pincement. Le café. C'est bientôt la fin. Les plus pressés ne vont plus tarder à partir. Un vent invisible et frais me traverse. Il se lève: Le premier à se sauver. Le début de la fin...Je la regarde, souris, désabusé.

Même le soleil amorce sa descente et nous prévient qu'il ne faudra plus compter sur lui d'ici quelques minutes. Innocents, les enfants propagent leurs rires. l'ultime goutte de champagne disparait au fond de ma gorge. Inconsciemment je viens de sonner la retraite. Deux d'un coup!! Le silence entame une percée et tente de reprendre possession des lieux. La table se retrouve rincée, vide. Désespérément vide. Les derniers récalcitrants se dirigent vers leur veste; je claque la porte. Je voudrais les rappeler, leur dire de revenir, de ne pas me laisser là. Mais qu'est ce qu'ils en savent? Qu'est ce que j'en sais?

Éphémère...

La vie est comme ça. Jamais le temps de s'arrêter. Le temps ne t'attend pas. Chaque seconde est assassine, sans pitié. Le temps passe, indifférent, froid, sans faire cas de tes désirs, de tes besoins.

Le dernier vient de franchir la porte. Mes douces vapeurs d'alcool se font la malle. Tout va très vite. La maison retrouve son rythme lent, morne, habituel. Une fois de plus l'illusion s'est faufilée, glissant parmi les silhouettes riantes. Une fois de plus, j'y ai cru...Seule la lumière bleutée de l'écran attire encore mon regard. Même la télé n'a plus rien à me dire. Quelques cachets suffiront amplement.

Je m'allonge, détendu, dans le noir le plus complet.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.